A l’orée du verger – Tracy Chevalier

G01351_A_L_oree_du_verger.inddRobert Goodenough a grandi dans une famille pauvre et désunie de l’Ohio dans les années 1830. Ses parents passent leurs journées à se disputer violemment. Sa mère ne s’abreuvant que d’eau-de-vie de pommes, elle passe ses journées ivre, est devenue une femme violente et haineuse. Elle en veut terriblement à son mari de refuser de quitter la région du Black Swamp, une zone de marécages qui lui a déjà retiré cinq de ses dix enfants, morts de fièvre. Le père de Robert est passionné par la culture de ses pommiers dont il vit en vendant du cidre et de l’eau-de-vie.

Un drame oblige Robert à quitter précipitamment sa famille et à partir vers l’ouest, et à vivre au jour le jour en vendant sa main-d’oeuvre. Il croise la route d’un botaniste grâce auquel il peut allier travail et passion car comme son père, Robert a une grande curiosité pour les arbres.

Ayant toujours beaucoup apprécié les quelques romans que j’ai lus de Tracy Chevalier, je m’attendais à un véritable coup de cœur pour cette histoire de migrants se déroulant dans l’Amérique du XIXème siècle et touchant à des sujets fort intéressants : la nature, l’identité, la famille, etc.

Tout en ayant passé un agréable moment et sans regretter cette lecture, celle-ci m’a déçue. Il est difficile de s’attacher aux personnages, les parents de Robert étant truffés de défauts, leurs enfants n’occupant qu’une place très minime dans l’intrigue et les personnages annexes n’apparaissant qu’en fin de roman sans être développés. Lire la suite de « A l’orée du verger – Tracy Chevalier »

Le tatoueur d’Auschwitz – Heather Morris

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Au début de la Seconde Guerre mondiale, les familles juives de Slovaquie doivent désigner l’un de leurs membres pour partir travailler dans un camp nazi. Pensant protéger sa famille en se portant volontaire, Lale se rend rapidement compte à son arrivée à Aushwitz qu’il devra redoubler d’efforts et d’inventivité s’il veut se sortir des situations les plus horribles et rester en vie.

C’est ainsi qu’il accepte de travailler comme tatoueur : présent à l’arrivée de tous les convois de trains, il n’en finit plus de tatouer hommes, femmes et enfants. Il « profite » du statut qui lui est donné avec ce travail pour aller et venir dans le camp, découvrir les personnes externes qui sont amenées à y intervenir et lancer un trafic de nourriture et de biens grâce auquel il nourrit plusieurs dizaines de prisonniers.

Alors qu’il n’est tatoueur que depuis peu de temps, il croise le regard d’une jeune femme nommée Gita, qui vient d’arriver au camp et dont il doit tatouer le bras. Cet homme, qui n’a jusqu’à présent jamais aimé une femme mais qui a collectionné les liaisons amoureuses, tombe immédiatement amoureux et sent la réciprocité de ce coup de foudre. De 1942 à la libération du camp en 1945, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour passer du temps avec Gita et la maintenir en vie.  Lire la suite de « Le tatoueur d’Auschwitz – Heather Morris »

L’enfant perdue – Elena Ferrante

FERRANTE« Je conduisais et répondais aux questions des filles tout en ayant en tête cette vision d’un Nino composé de deux parties : une qui m’appartenait et une autre qui m’était étrangère. » (page 269)

Elena vit une histoire d’amour fusionnelle avec Nino, qui la rend totalement aveugle à ses défauts et mensonges. Elle est prête à tout abandonner pour vivre sa passion amoureuse. Elle retourne de plus en plus fréquemment à Naples et renoue avec Lila. Elle qui est devenue une écrivaine à succès, profite de sa notoriété pour écrire sur des sujets d’actualité politique et dénonce ainsi la société napolitaine, restée aux mains d’une mafia très violente.

J’ai repoussé la rédaction de ma chronique, ne sachant trop comment l’aborder. J’ai très rapidement eu une énorme déception en lisant ce dernier tome. La saga prodigieuse prend fin, ce qui me rendait nostalgique dès l’ouverture du roman. Mais très vite, je me suis rendue compte que le livre n’était absolument pas à la hauteur de mes espérances. Pendant les 200 premières pages, je me suis forcée à le lire, ne pouvant me résigner à abandonner Elena Ferrante ! Cette première moitié m’a profondément ennuyée, je l’ai trouvée trop bavarde et il lui manquait un minimum de péripétie, de recul, de réflexion.

Et soudain, à la moitié du roman, la grâce est revenue, comme par magie. On retrouve subitement une Elena plus humaine, qui fait des erreurs, qui a des défauts, mais qui cherche à s’en sortir et à être heureuse. Lila reste insaisissable et je n’ai pu m’empêcher de l’aimer tout en la détestant parfois. Bref, je me suis totalement réconciliée avec Elena Ferrante à la fin de ce dernier tome.

Référence

Elena Ferrante, L’enfant perdue, éditions Gallimard, traduction d’Elsa Damien, 550 pages

Bye bye blondie – Virginie Despentes

DESPENTES4« La rage s’épaississait en elle, prenait racine au fond du cœur, s’enfonçait. » (page 80)

A la fin des années 1980, Gloria est adolescente. Elle n’arrive pas à se faire une place dans son foyer et le dialogue avec ses parents est rompu. Elle passe son temps à traîner en bande, avec ses amis du lycée. Face à la violence physique qui déborde de Gloria, ses parents décident de la faire interner dans un hôpital psychologique. Elle y fait la connaissance d’Eric, avec lequel elle vit sa première histoire d’amour. Une dizaine d’années plus tard, elle croise la route d’Eric, tout à fait par hasard. Cela réveille les souvenirs de sa jeunesse : les semaines passées à l’hôpital, celles passées à dormir dans la rue et à aller de concert en concert.

« Elle était déchiquetée, ça faisait tellement mal d’être dans sa peau à elle qu’elle ne sentait plus aucune variation dans la douleur. » (p. 137)

J’ai retrouvé la Virginie Despentes que j’avais découverte à travers un essai, King Kong Théorie : dans Bye bye Blondie, on y trouve la même force dans la langue, le même style extrêmement puissant. Cette quasi violence dans l’écriture ne retire en rien à ce roman sa sensibilité. Lire la suite de « Bye bye blondie – Virginie Despentes »

Le gang des rêves – Luca Di Fulvio

FULVIOEn 1909, Cetta Luminita est une toute jeune femme lorsqu’elle foule le sol américain, avec son bébé Christmas dans les bras. A Ellis Island, cette belle et fragile jeune fille est immédiatement repérée par des mafieux, qui s’empressent de la prendre en main. Cetta est conduite dans un appartement miteux, où on lui propose d’être hébergée gratuitement par un vieux couple italien, qui gardera son enfant pendant qu’elle travaillera. Elle est persuadée qu’elle pourra offrir une meilleure vie à son fils à New York, elle est prête à tous les sacrifices. Elle accepte ainsi, sans aucune difficulté, de travailler comme prostituée dans un bordel tenu par la mafia italienne, tout en élevant son fils comme si elle avait un travail des plus ordinaires.

Christmas est un petit garçon plein de ressources, à l’imagination foisonnante. Dans les années 1920, il passe une grande partie de son temps à jouer dans la rue. Il s’y fait des amis et des ennemis, et y développe à la fois le rêve de réussir sa vie en étant un vrai américain, et de devenir un caïd. Un soir, il découvre dans la rue une jeune fille battue et violée, laissée pour morte. En prenant le risque de l’amener à l’hôpital, il la sauve et acquière ainsi la reconnaissance de sa famille. A l’occasion de ses visites, il découvre que Ruth est une jeune fille de la bourgeoisie juive new-yorkaise et se rend compte à quel point leur éducation fut opposée. Il en tombe très rapidement amoureux et lorsque Ruth part vivre en Californie avec ses parents, il se fait la promesse de tout faire pour la retrouver un jour, persuadé qu’elle est le grand amour de sa vie.

« […] le temps avait été inventé pour torturer les amoureux. » (page 817)

L’intrigue de ce roman avait tout pour me plaire, étant particulièrement friande des fictions se déroulant aux Etats-Unis et impliquant les sujets de l’immigration et de l’identité. L’histoire de Cetta est triste et son abnégation à offrir un meilleur avenir à son fils est touchante. Pendant les près de 1000 pages de ce roman, Luca Di Fulvio apporte un grand nombre de rebondissements, empêchant le lecteur de s’ennuyer.  Lire la suite de « Le gang des rêves – Luca Di Fulvio »

D’acier – Silvia Avallone

AVALLONE« Elle n’y arriverait jamais, à s’enfuir. Il l’en empêcherait, il la retrouverait partout. » (page 57)

Francesca et Anna sont deux amies inséparables qui vivent leur adolescence dans les années 2000 à Piombino, dans la province de Livourne. Cette ville de la côte toscane est loin d’être un paradis, contrairement à l’île d’Elbe, située juste en face. A Piombino, il n’y a nul tourisme, l’économie de la ville étant entièrement tributaire des hauts fournaux de la grande aciérie. Chaque famille a au moins l’un de ses membres qui y travaille. Le quotidien des habitants de cette ville populaire est fait de dur labeur, de violence, et de défonce. Cette misère ne s’est pourtant pas inflitrée dans les coeurs de Francesca et Anna, qui commencent à profiter du peu de liberté laissée par leurs parents pour sortir, rencontrer des garçons et s’amuser à la plage.

Malgré la tristesse de leur quotidien, les deux amies ont foi dans leur avenir, qu’elle imaginent fait d’amour et de succès professionnel. L’une espère s’en sortir grâce à sa beauté et l’autre grâce à son intelligence. Leur amitié m’a énormément rappelé celle d’Elena et Lila (L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante), faite d’un profond amour au sein duquel une faille grandit peu à peu. Tout du long, les éléments de ressemblance avec la saga prodigieuse étaient Lire la suite de « D’acier – Silvia Avallone »

La femme de Gilles – Madeleine Bourdouxhe

BOURDOUXHE3Elisa est une jeune femme, mère de deux enfants et enceinte de son troisième au début de ce roman qui se déroule vraisemblablement en Belgique dans les années 1930. Elle et son mari Gilles ont une vie des plus simples mais heureuse. Gilles a un travail manuel et Elisa s’occupe de leur foyer. Elle consacre toute sa vie à leur famille et à leur maison.

Un jour, elle réalise que Gilles a une liaison avec sa petite sœur Victorine. Dévastée par cette découverte, elle estime plus stratégique de jouer le rôle de confidente de Gilles, plutôt que de le blâmer ou de le quitter (ce qu’elle n’envisage d’ailleurs absolument pas). Elisa espère ainsi qu’il retombera amoureux d’elle et oubliera Victorine.

Voici un très court roman (environ 120 pages) qui se lit extrêmement facilement et avec fluidité. J’ai malheureusement été contrainte de le lire dans sa traduction anglaise, ce livre étant difficilement disponible en librairie ou en bibliothèque (sauf sur commande). Pour autant, cela ne m’a absolument pas dérangée alors que je n’ai l’habitude de lire qu’en français. L’intrigue peut sembler au premier abord assez incroyable et pourtant, Madeleine Bourdouxhe arrive à en faire une histoire qui reste vraisemblable.  Lire la suite de « La femme de Gilles – Madeleine Bourdouxhe »

Les huit montagnes – Paolo Cognetti

COGNETTILes parents de Pietro sont originaires de Vénétie et sont des habitués des montagnes, amoureux des Dolomites. Avant sa naissance, ils partent vivre à Milan, où le père travaille dans une grande usine de l’industrie chimique. 

En 1982, alors que Pietro a une dizaine d’années à peine, sa mère décide de louer tous les étés une maison dans un minuscule village alpin. Ils y passent tous leurs étés et Pietro s’y fait un ami, Bruno. Ce dernier vit toute l’année dans le village de Grana et il aide son oncle à l’alpage, où il garde les vaches et prépare la tomme. La mère de Pietro, scandalisée d’apprendre que Bruno n’est plus scolarisé, met tout en oeuvre pour le faire retourner à l’école et lui faire passer son brevet.

« L’avenir m’éloignait de cette montagne d’enfance, c’était triste, et beau, et inévitable, et de ça, oui, je me rendrais déjà compte. » (page 120)

A 16 ans, ils passent leur dernier été ensemble, avant de se perdre de vue. Une quinzaine d’années plus tard, ils se retrouvent et refondent leur amitié.  Lire la suite de « Les huit montagnes – Paolo Cognetti »