Louis parmi les spectres – Isabelle Arsenault et Fanny Britt

Louis est un petit garçon triste. Il est tiraillé entre son père et sa mère, qui se sont séparés à cause de la maladie de son père, qui est alcoolique. Louis exprime peu ses sentiments, il est plein de solitude et de nostalgie pour les années que l’on devine heureuses lorsque ses parents n’étaient pas séparés et que son père ne buvait pas.

« J’ai fermé les yeux très fort, pour me boucher les oreilles. » (page 81)

Les couleurs d’Isabelle Arsenault reflètent parfaitement l’état des émotions de Louis : elle utilise ainsi toute sa palette de couleur, allant du noir et blanc aux couleurs les plus vives. Les dessins sont d’une grande douceur et poésie. L’association d’Isabelle Arsenault et Fanny Britt est une réussite, une fois de plus. On retrouve la capacité de la dessinatrice et de la scénariste à mettre en histoire tous les non-dits au sein d’une famille.

Voici de nouveau un magnifique album, qui n’est pas destiné qu’aux adultes. Je continuerai à suivre cette grande dessinatrice avec plaisir.

 

Référence

Isabelle Arsenault et Fanny Britt, Louis parmi les spectres, éditions La Pastèque, 160 pages

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La petite danseuse de quatorze ans – Camille Laurens

DegasMarie Van Goethem est née à Paris le 7 juin 1865. Elle ne fut jamais connue sous ce nom et l’Histoire n’aurait rien retenu d’elle si Edgar Degas ne s’en était pas inspirée comme d’un modèle pour réaliser sa sculpture très connue exposée aujourd’hui à la National Gallery of Art de Washington.

« Savait-elle, quand elle posait dans son atelier, que grâce à lui elle mourrait moins que les autres petites filles ? Stupide question, comme si l’oeuvre comptait plus que la vie. »

Camille Laurens a toujours été très touchée par cette sculpture en cire, qui fut pourtant source de polémique et de nombreuses critiques lors de son exposition en 1881. En effet, elle ne correspondait absolument pas aux normes de beauté de l’époque et choqua la bourgeoisie. L’écrivaine se pose la question des intentions d’Edgar Degas en choisissant ce sujet et en le modelant de la sorte : cherche-t-il à donner foi aux théories physionomistes de l’époque, à dénoncer les conditions de travail des petits rats de l’opéra qui finiront pour la plupart prostituées ?  Lire la suite de « La petite danseuse de quatorze ans – Camille Laurens »

Un bruit de balançoire – Christian Bobin

« Les livres sont des âmes, les librairies des points d’eau dans le désert du monde. »

IMG_20170728_000916_844Christian Bobin a découvert Ryokan, un poète japonais du début du XIXème siècle. Habité par sa lecture de ce moine japonais, il écrit des lettres poétiques destinées à un inconnu, à sa mère, à un ami…

Dans un monastère zen chaque moine, à la fin du repas, laisse quelques grains de riz dans son assiette pour les oiseaux. L’écriture est ce geste. » (page 14)

Ce recueil de poèmes est une source d’émerveillements constants, au point où on en viendrait presque à recopier tout le livre à force de noter des citations. J’ai été surprise par la justesse et la finesse de ces textes alors même que je connaissais ce poète. Il me surprend systématiquement au travers de mes lectures. J’ai dégusté la centaine de pages d’Un bruit de balançoire, le sourire aux lèvres… Lire la suite de « Un bruit de balançoire – Christian Bobin »

Culottées 2 – Pénélope Bagieu

Quel est le point commun de Cheryl (athlète marathonienne), Sonita (jeune rappeuse afghane), Phulan (reine des bandits indienne), Peggy Guggenheim (grande mécène d’art moderne) et des 11 autres femmes racontées dans cette BD ?

Ce sont des femmes à la vie peu ordinaire et mouvementée mais ce sont surtout des femmes qui ne se laissaient pas marcher sur les pieds et faisaient leurs propres choix de vie. Des femmes culottées !

Sur le même concept que dans le tome 1, Pénélope Bagieu raconte en quelques pages l’histoire incroyable de chacune de ces femmes, en usant de tout l’humour qu’on lui connaît. J’ai autant aimé ce second tome que le premier et j’ai encore une fois adoré découvrir les vies de ces femmes dont on n’entend malheureusement pas suffisamment parler. Lire la suite de « Culottées 2 – Pénélope Bagieu »

Cet être exceptionnel – Coralie Bru

 

IMG_20170807_135130_153« C’est enfin le début de la fin. » (page 160)

Esmée et Maxime s’aiment depuis plusieurs années. Ils vivent à Paris dans une routine qui semble leur convenir. Maxime travaille dans une agence bancaire et Esmée est employée dans une société de construction comme géologue. Un jour, les médias se font le relais d’une grande opération de recrutement de citoyens lambda prêts à partir dans l’espace, pour découvrir une nouvelle planète.

Esmée est immédiatement enthousiasmée et obsédée par l’idée, qui ne la quitte plus une minute. Elle n’envisage plus sa vie autrement que dans l’espace. Et pourtant, cela signifie qu’elle devra mettre un terme à sa relation amoureuse avec Maxime, les candidats au départ n’ayant pratiquement aucune chance de revenir sur Terre.

J’ai immédiatement été prise dans ce roman qui m’a passionnée. Lire la suite de « Cet être exceptionnel – Coralie Bru »

« Je me promets d’éclatantes revanches » – Valentine Goby

IMG_20170723_211929_859Lorsqu’elle eut le projet d’écrire le roman qu’elle intitula Kinderzimmer, Valentine Goby ne connaissait pas Charlotte Delbo. Elle entendit son nom pour la première fois en écoutant la femme dont la vie lui inspira Kinderzimmer.

Valentine Goby se mit alors à lire toute l’oeuvre de Charlotte Delbo à la médiathèque. En effet, elle fit immédiatement le constat qu’il était difficile de se procurer ses livres, d’autant plus qu’il n’ont jamais été publiés au format poche. Elle est immédiatement happée par son écriture, tout en étant incapable de s’expliquer cette fascination.

Charlotte Delbo est une rescapée des camps de concentration et d’extermination nazis, où elle fut envoyée pour faits de résistance. Après son retour de Pologne, elle écrivit une quinzaine de textes, allant du récit au théâtre, sur ces terribles années.

Trois ans après la publication de Kinderzimmer aux éditions Actes Sud, Valentine Goby publie cet essai littéraire, où elle raconte sa découverte de cette écrivaine et s’interroge sur sa propre réception de cette oeuvre littéraire.

« Charlotte Delbo incarne évidemment une page d’histoire, mais surtout l’incroyable capacité de la langue à se renouveler, à révéler les mondes invisibles, à faire entendre les voix muettes. » (page 81)

Valentine Goby transmet à ses lecteurs cette fascination pour les textes de Charlotte Delbo avec un très grand soin et une émotion très forte. Elle raconte la façon dont certains textes l’ont touchée, comme celui sur la soif, touchant ainsi ses propres lecteurs. Il est évident que l’on ressort nécessairement de cette lecture avec le besoin de se plonger dans l’oeuvre de Charlotte Delbo. C’est ainsi une belle revanche qu’elle offre à cette grande écrivaine française qui a malheureusement tendance à être oubliée et qui ne fit pas l’unanimité de son vivant.

Je vous recommande fortement cette lecture et la conclus en vous laissant cette courte phrase de Valentine Goby, qui synthétise de la manière la plus simple qu’il soit la femme que fut Charlotte Delbo :

« Incarner plus que soi-même, porter l’humanité en soi. » (p.118)

Référence

Valentin Goby, « Je me promets d’éclatantes revanches », éditions L’iconoclaste, 178 pages

 

Un immense merci aux éditions de L’iconoclaste pour cette lecture.

Le jour d’avant – Sorj Chalandon

ChalandonMichel Flavent raconte l’histoire de sa famille, marquée par la tragédie. Son frère Joseph est entrée à la mine dans les années 1960, alors qu’il n’avait que 20 ans. Il aurait pu être mécanicien ou bien agriculteur comme son père mais par fierté, par besoin de prouver sa virilité et d’appartenir à une communauté avec une identité forte, il est devenu mineur malgré l’avis de ses parents.

« Tu sais quoi ? disait mon père. Tu n’iras pas au charbon, tu iras au chagrin. »

Michel raconte le décès de son frère, alors qu’il n’a que 30 ans, des suites d’un coup de grisou qui tua 42 mineurs en 1974. Il vécut avec le souvenir douloureux d’un jeune homme plein de vie qui n’eut pas le temps de construire sa propre famille. Michel érigea un mausolée pour son frère et les mineurs de Liévin, en transformant son garage en un musée où il rassemblait tous les documents et pièces relatifs à la mine de Liévin et à cette catastrophe.

Pendant des décennies, il vécut avec l’idée que les coupables n’avaient jamais été punis, encore moins le véritable coupable : Lucien Dravelle, l’agent de maîtrise qui était notamment en charge de la sécurité des mineurs. Pour des raisons de rendement, la sécurité de la fosse n’avait pas été assurée au retour des vacances de Noël 1974. En 2014, à la mort de sa femme Cécile des suites d’une maladie, Michel décide de retourner à Liévin et de retrouver Lucien Dravelle. Lire la suite de « Le jour d’avant – Sorj Chalandon »

C’est la rentrée ! #RL2017

De retour après une grosse coupure d’un mois, je vous présente en image tous les livres que j’ai repérés pour cette rentrée littéraire. J’en ai déjà lu une partie, avec des coups de cœur et des déceptions. Je vous en ferai un bilan en images dans quelques jours…

Ceux déjà lus…

 

…et ceux mis au programme des prochaines semaines

 

Et vous, en avez-vous repéré d’autres ?