Cortex – Ann Scott

Cortex-1Une bombe a explosé lors de la cérémonie de remise des Oscars. L’explosion eut lieu dans les premiers rangs, où sont installés tous les représentants des films en compétition et toutes les célébrités du cinéma. La communauté américaine du cinéma est complètement décimée.

Angie, une jeune réalisatrice française accompagnait son ex petit-ami qui assistait à la soirée. Ils s’étaient retrouvés depuis deux jours et ne se quittaient plus. Russ, un vieux producteur, assure la réalisation de cette cérémonie depuis des années et envisageait de s’arrêter après celle-ci, sans savoir de quoi serait fait son quotidien ensuite. Sa femme étant décédée depuis un mois, cette cérémonie le maintenait la tête hors de l’eau et l’empêchait de sombrer. Burt est un humoriste qui partage des podcasts cinglants et moqueurs depuis quelques temps, en cachant son identité derrière un masque. Il était également présent à cette cérémonie et a réalisé un podcast dans le hall du théâtre, pour se moquer de toute cette effervescence et critiquer ce qu’est devenu le cinéma américain.

J’ai été saisie par le réalisme de ce roman, qui est extrêmement puissant. Se retrouver devant plusieurs pages de listes d’acteurs et de réalisateurs très connus décédés a quelque chose de bouleversant, au point que l’on continue de penser à cette liste de décès bien après avoir refermé le roman.

Mais si ce roman est poignant, ce n’est pas uniquement parce qu’il touche des personnes connues et vénérées à travers le monde entier. J’ai été sensible aux trois personnages principaux, Angie, Russ et Burt, qui ont tous des failles et portent en eux des blessures profondes qu’ils ont du mal à guérir : la perte d’une mère, d’une épouse, les échecs sentimentaux, professionnels… Les parties du roman sur le deuil vécu par ces personnages sont très émouvantes et intenses. 

Cortex remet en question l’état actuel du cinéma américain, essentiellement constitué de comédies romantiques et de films d’actions et appauvri en films psychologiques. Ce roman passionnera les cinéphiles, grâce à toutes les références qu’il contient. Si comme moi vous n’êtes pas un grand connaisseur, vous ne serez pas perdu au milieu de toutes ses références et au contraire, ce livre devrait titiller votre curiosité et vous inciter à découvrir tous les grands classiques du cinéma américain. Pour ma part, j’ai très envie de me lancer dans la filmographie de Meryl Streep !

 

Référence

Ann Scott, Cortex, éditions Stock, 310 pages

Merci aux éditions Stock pour cette belle découverte.

Les proies – Thomas Cullinan

Les proies 2Mai 1864, Virginie. Alors qu’elle se promenait dans les bois, Amelia Dabney trouve un soldat Yankee blessé. Cette jeune fille de 13 ans n’est pas perturbée par le fait de croiser un soldat ennemi de la cause des Etats confédérés. Au contraire, elle décide de le secourir et l’amène jusqu’à la pension pour jeunes filles dans laquelle elle est scolarisée.

« C’était la première fois que je me trouvais aussi près d’un Yankee, et je me suis soudain rendu compte de quelque chose. Ils n’ont pas l’air très différents de nos soldats. » (page 12)

La pension de Miss Martha Farnsworth n’accueille plus que cinq demoiselles dans ces temps de guerre civile. En tout, 8 femmes y habitent : les pensionnaires, les deux sœursqui dirigent l’école, Martha et Harriet, et leur bonne Mattie.

John McBurney est un caporal originaire d’Irlande, qui a rejoint l’armée nordiste à peine débarqué aux Etats-Unis. Lorsqu’il se retrouve pris en charge au milieu de tant de jeunes filles, il vit dans un rêve. Chacune d’entre elles cherche à attirer son attention et à le séduire. Il ne sait plus où donner de la tête et les courtise toutes en cachette. Cela créé une véritable pagaille dans ce pensionnat où les adolescentes ont déjà beaucoup de mal à s’entendre en temps normal…

« Je n’avais aucune idée de tout le mal qu’on avait au fond du cœur, nous toutes. » (p.21)

Le pitch de cette histoire a quelque chose de très léger, voire superficiel et pourtant ce roman a une vraie gravité et ne peut pas être résumé en une histoire de séduction et d’amourettes. Thomas Cullinan nous montre la nature humaine, telle qu’elle est, c’est-à-dire difficile à cerner et jamais manichéenne.  A chaque chapitre, le point de vue narratif change, pour offrir au lecteur la vision de l’une des habitantes de la pension. De cette manière, le lecteur est entretenu dans une sorte de confession permanente, où les émotions et un sentiment tragique prédominent.

Dès le début du roman, le pressentiment d’une tragédie à venir est très fort et tient en haleine. Le suspense que j’ai ressenti a toutefois fini par s’émousser grandement au bout de 300 pages, lorsque je n’avais plus espoir d’un rebondissement ou d’une action qui pourrait me réveiller. Je suis venue à bout de cette lecture en espérant y trouver de quoi me contenter mais ce fut loin d’être le cas. Les proies est un roman bien écrit, avec des personnages profonds et des situations très bien racontées. Mais quel ennui pendant sa seconde partie ! Les quelques rebondissements restent bien trop sages à mon goût : même si dans les faits ils sont très forts, il n’en reste pas moins que beaucoup de scènes sont tues. Oui, j’aurais voulu de vraies scènes d’amour et pourquoi pas des scènes gores. Il m’aurait vraiment fallu quelque chose pour pimenter ce roman.

Référence

Thomas Cullinan, Les proies, éditions Rivages/Noir, traduction de Morgane Saysana, 679 pages

Cartes postales de Grèce – Victoria Hislop

20170708_153718Ellie est une jeune anglaise. Régulièrement, elle trouve une carte postale grecque dans sa boîte aux lettres, adressée à une personne qui devait très probablement être la précédente occupante de son appartement. Un jour, elle ne reçoit pas une simple carte postée de Grèce, mais un carnet contenant des notes très personnelles : un homme y raconte son voyage à travers toute la Grèce mais surtout la façon dont il essaie tant bien que mal de surmonter un abandon amoureux.

« Certaines choses ne peuvent être détruites, comme l’hospitalité et l’art du récit grecs. » (page 407)

Ce mystérieux homme alterne le récit de son propre séjour en Grèce et la narration des histoires qui lui sont racontées par les personnes qu’il croise sur son chemin. C’est un collectionneur d’histoires individuelles, qui font de ce livre un mélange de roman et de recueil de nouvelles. Quel merveilleux concept ! Dans ces nouvelles on y croise toutes sortes de personnages : un maraîcher qui tombe amoureux d’une statue d’Aphrodite, deux touristes français en lune de miel, des frères qui se battent pour la réussite professionnelle… Les tons sont variés, tantôt léger voire romantique, tantôt tragique et cruel.

 

Le narrateur-auteur de ce carnet collectionne les histoires des personnes qu’il croise sur son chemin un peu comme il collectionne les cartes postales. Toutes ces histoires sont indépendantes les unes des autres mais ont pour point commun de tisser le canevas de l’identité grecque : on y découvre sa culture hellénique, son attachement à la religion et aux traditions, l’importance de la superstition mais aussi l’ancrage de la haine pour les turcs et les étrangers plus généralement, le sexisme… Victoria Hislop raconte ce pays sans en faire un portrait idyllique. Elle présente la Grèce sous toutes ses formes, que cela soit favorable ou défavorable à ce magnifique pays, mais sans jamais présenter de jugement.  Lire la suite de « Cartes postales de Grèce – Victoria Hislop »

Géopolitique du moustique – Erik Orsenna

9782213701349-001-X_0Les moustiques sont une illustration très parlante et concrète de la mondialisation : ils sont présents partout dans le monde mais ne causent pas les mêmes dégâts dans les régions où on les trouve. Le moustique est un insecte qui a tout compris du manuel de survie dans une ère globalisée : il est petit, mange de tout, habite partout, se reproduit à une vitesse folle, est sociable et aime la diversité. Il s’adapte donc à tout pour survivre.

Le problème est que le moustique est l’être vivant qui tue le plus sur Terre : il est le vecteur d’un nombre impressionnant de maladies (chikungunya, paludisme, Zika, fièvre jaune, fièvre japonaise, dengue…). Le paludisme à lui seul tue plus de 400 000 personnes chaque année. Lire la suite de « Géopolitique du moustique – Erik Orsenna »

Toxique – Samanta Schweblin

A19781 (1)Amanda est hospitalisée. Elle est prise dans une urgence, celle de raconter son histoire à David. Alors qu’elle était en vacances à la campagne, dans une maison qu’elle louait, Amanda croisa le chemin de Carla, la mère de David. Celle-ci lui raconta alors sa propre histoire, pleine de mystère : lorsqu’il était un tout petit enfant, David fut gravement malade. Il s’empoisonna dans une rivière et Carla dut avoir recours aux services d’une guérisseuse pour le sauver.

« Je ne peux pas croire en une telle histoire, mais à quel moment de l’histoire faut-il le dire ? »

Amanda raconte donc à la fois l’histoire de sa fille Nina mais aussi celle de Carla et David. Les histoires de ces deux mères et enfants se croisent et se recoupent. Samanta Schweblin maintient le lecteur dans un état de tension permanente extrêmement forte. Il est pratiquement impossible de reposer ce livre tant son mystère est saisissant. Bien que je ne sois pas une adepte des romans mêlant réalisme et magie, j’ai été totalement emportée par celui-ci, sans que je n’arrive vraiment à me l’expliquer. Le rythme de la narration d’Amanda y est certainement pour beaucoup puisque l’on sent qu’elle joue sa vie mais que d’autres vies sont également en jeu dans son témoignage. Lire la suite de « Toxique – Samanta Schweblin »

Bibliomaniacs #40

Pour notre 40ème émission, l’émission avant la pause des vacances, nous espérons que vous trouverez votre bonheur parmi les titres dont nous parlons :

  • Toxique de Samanta Schweblin, traduit de l’argentin par Aurore Touya, aux éditions Gallimard
  • Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras, aux éditions Folio
  • Les proies de Thomas Cullinan, traduit de l’américain par Morgane Saysana, aux éditions Rivages/Noir

Bonne écoute !

Mon bilan de juin en images

Que de coups de cœur en juin ! 6 livres sur 10, un beau record ! Je préfère vous prévenir, je n’ai pas de recette miracle pour avoir autant de coups de cœur : j’écoute beaucoup les conseils et avis des blogueurs, je ne me force pas à prendre des romans dont la thématique ne m’attire pas et puis j’ai probablement un peu de chance…

Mes coups de cœur

Les autres belles lectures

Une petite déception

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Et pour juillet, quel est le programme ?

 

Mes vacances ne démarrant qu’à la fin du mois de juillet, il me reste un mois pour décider des titres que j’emmènerai dans ma valise. Et vous que comptez-vous lire cet été ?

Défaite des maîtres et possesseurs – Vincent Message

IMG_20170530_075624_707« Alors que nous venions en paix, nous étions devenus ceux qui tuent, et eux ceux qui se savent condamnés à mourir. » (page 76)

De nos jours (ou presque), dans un pays qui ressemble à la France, les êtres humains ne dominent plus la chaîne alimentaire mais font partie intégrante de celle-ci. Après avoir pris contact avec des êtres vivants au-delà du système solaire, les êtres humains ont connu une pandémie inexpliquée et la guerre. Ces êtres, qui se surnomment eux-mêmes les « Démons », ont pris le contrôle de la Terre et sont devenus les maîtres des humains.

« Il y a, pour résumer, trois catégories d’hommes : ceux qui travaillent pour nous ; ceux qui s’efforcent de nous tenir compagnie ; ceux que nous mangeons. » (p. 101)

Malo Claeys est l’un de ces êtres non humains et il est le narrateur de cette histoire. Iris, la jeune femme qui vit chez lui en tant qu’être humaine de compagnie vient de subir un accident et a besoin de se faire opérer de toute urgence. Mais pour cela, Iris doit avoir des papiers certifiant qu’elle est bien destinée à être une humaine de compagnie. Malo est confronté à son passé : en racontant son combat pour lui obtenir les documents nécessaires, il nous parle du passé d’Iris et de son propre passé. En effet, avant de devenir un conseiller juridique et défenseur du droit des humains, il fut inspecteur dans des abattoirs. Lire la suite de « Défaite des maîtres et possesseurs – Vincent Message »

Je viens d’Alep – Joude Jassouma

IMG_20170525_175845_256« On disait d’Alep qu’elle était la plus belle ville du Moyen-Orient… »

Joude Jassouma raconte son long périple depuis Alep jusqu’en Bretagne où lui et sa femme ont trouvé un refuge pour élever leurs enfants en paix.

Il était un petit garçon passionné par l’école mais surtout par la lecture. Il se sentait en sécurité au milieu des livres, protégé par Le Petit Prince de Saint-Exupéry et Le Silence de la mer de Vercors. Pour pouvoir continuer sa scolarité, il devait travailler et gagner de l’argent pour aider sa famille. Sa pugnacité a porté ses fruits puisqu’il réussit à entrer à l’Université, où il apprit le français et où il rencontra sa femme.

« […] je savais par cœur « Liberté » de Paul Eluard. Ce poème était fait pour moi, tant je me sentais prisonnier de mon père, de ma famille. Je me percevais tellement différent. Je voulais être indépendant, décider par moi-même de ma vie. Je voulais être libre. Paul Eluard était mon maître. »

Dans ce récit, Joude Jassouma raconte à la fois ses années d’enfance et d’adolescence mais aussi tous les obstacles qu’il dut affronter pour assurer sa survie Lire la suite de « Je viens d’Alep – Joude Jassouma »

Ecoute-moi bien – Nathalie Rykiel

ecoute moi bienSonia Rykiel est décédée à 86 ans en août 2016 de la maladie de Parkinson, dont elle était atteinte depuis une vingtaine d’années. Cette grande couturière française est connue pour la nouveauté qu’elle apporta à la mode française, et notamment pour ses tricots. Sa fille Nathalie décide de raconter sa mère à travers leur relation si particulière : d’abord enfant de Sonia Rykiel, Nathalie est peu à peu devenue sa mère lorsque la maladie a progressé.

Nathalie Rykiel raconte sa mère : une femme libre, qui réussit à s’imposer dans un milieu où les créateurs étaient plutôt des hommes, mais aussi une femme libre de ses amours, qui collectionna les conquêtes masculines et aimait plaire. Lire la suite de « Ecoute-moi bien – Nathalie Rykiel »