L’incandescente – Claudie Hunzinger

cover90182-mediumLa narratrice de ce roman, la fille d’Emma, entreprend l’écriture du roman d’Emma et de Marcelle. Elle a découvert la correspondance de sa mère et de Marcelle, une femme qu’elle n’a jamais connu. Marcelle fut la meilleure amie et l’amante d’Emma pendant leurs années d’études. Elles durent se séparer physiquement lorsque Marcelle fut nommée institutrice alors qu’Emma n’avait pas encore fini ses études. Néanmoins, elles s’écrivirent régulièrement car malgré la distance, elles continuaient de s’aimer.

Marcelle est atteinte de la tuberculose. A la fin des années 1920, cette maladie ne se guérit pas vraiment mais se soigne en allant en cure. Emma envoie Marcelle dans un lieu qui devient une prison pour elle. Elle continue d’écrire à Emma très régulièrement, des pages de lettres presque quotidiennes. Emma quant à elle, ne lit écrit que très peu. Marcelle se lie avec deux autres jeunes filles malades, Hélène et Marguerite. De son côté, Emma se lie avec une autre étudiante, Thérèse.

La fille d’Emma redonne vie à la jeunesse de sa mère : « il faut les sortir de là, ces jeunes filles stoppées net ; il faut leur rendre leurs bras blacs, leurs cuisses souples, leur cou frêle, leur regard écarquillé ; les hisser dans le roman comme dans un bateau de pêche, les convoyer d’une rive à l’autre. Les sauver. » En lisant les lettres de Marcelle, la narratrice l’entend lui parler : « Ecris mon roman. Rends-moi la vie […] Prend mon désordre. Mon manque de logique. Déplie mes souvenirs. Délivre leurs secrets. Accomplis leurs promesses. » Elle est fascinée par Marcelle, dont elle se sent proche. Marcelle est l’exact opposé de sa mère. Alors qu’Emma est une femme de raison, d’équilibre, Marcelle est dans l’excès et l’émotion.

« La mémoire peut faire revenir les morts. »

Claudie Hunzinger mêle les voix d’Emma, de Marcelle et de la narratrice sans les dissocier. Par ailleurs, elle n’utilise ni guillemet ni tiret. Leurs voix s’entremêlent en un chant mélodieux mais lourd.

Même si je n’ai pas bien compris si cette narratrice était Claudie Hunzinger et si son projet était réel, j’ai lu ce texte comme un roman et je l’ai apprécié tel quel. Sa construction originale -la narration et l’analyse d’une relation épistolaire- le démarque des autres romans épistolaires. Il a une originalité littéraire certaine : on lit la correspondance entre deux femmes à travers les yeux de la fille de l’une d’entre elles. Cette narratrice a comme un ressentiment, une histoire particulière en tout cas, vis-à-vis de sa mère, qui était très froide avec elle. Cela lui fait d’autant plus aimer Marcelle qu’elle est l’exact opposé de sa mère.

Etrangement, je crois que ce que je retiendrai de ce roman est un sentiment paradoxal : quelque chose à la fois doux et lourd.

Référence

Claudie Hunzinger, L’incandescente, éditions Grasset, 196 pages

Merci aux éditions Grasset pour cette découverte.

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