L’autre qu’on adorait – Catherine Cusset

cussetDans ce récit, qui est en partie un roman et en partie une biographie, Catherine Cusset raconte l’histoire de son ami Thomas, qui s’est suicidé à l’âge de 39 ans. Thomas était un jeune homme brillant, passionné de littérature et fou amoureux de chacune de femmes qui entrèrent dans sa vie.

Après une classe prépa, il échoue deux fois au concours de l’ENS alors que tous ses amis -pourtant moins brillants que lui- réussissent le concours d’entrée. Après un diplôme à Sciences Po, il fait des études prestigieuses à Columbia aux Etats-Unis, où il obtient un Master en littérature française. Une fois ce diplôme obtenu, sa vie est aux Etats-Unis, où il commence à enseigner à l’Université en même temps qu’il prépare un doctorat. Il développe une vie sociale et culturelle trépidante à New York. Pour des raisons qui lui sont extérieures, il n’arrive pas à se faire embaucher à Yale et trouve un poste dans une plus petite université, Reed, où il est heureux malgré tout.

« Tu t’installeras le moins possible. Tu aimes par-dessus tout la condition de touriste et d’ami. Tu seras le braconnier du temps, le voyageur de Baudelaire au cœur léger semblable à un ballon, celui dont le désir a la force des nuées. » (page 114)

Thomas est un homme qui se fait facilement un grand nombre d’amis et de petites amies. Elles ont beaucoup de points communs : bien souvent, il s’agit de belles étudiantes en lettres françaises et qui ne sont pas françaises. Ses relations amoureuses sont perturbées par des relations longues distance, ses petites amies finissant souvent par partir en France pour poursuivre leurs études.

« Vous n’avez pas perdu votre année puisque la souffrance a produit la certitude. […] Peut-être l’amour, dialectique, a-t-il besoin de sa négation pour s’épanouir. » (p. 86)

L’écriture de Catherine Cusset est enveloppante comme une couverture chaude d’hiver, c’est un baume au cœur, un souffle de tendresse. Elle protège, fait du bien. Je suis fascinée par l’effet que produit son tyle : c’est un sentiment si fort ! Sa voix est bienveillante, douce et empreinte d’une profonde amitié. Elle s’efface totalement pour parler de Thomas.

L’autre qu’on adorait est un roman d’une grande poésie. Catherine Cusset met beaucoup de finesse et de délicatesse dans la description des petites amies et compagnes de Thomas. Elle sait parfaitement raconter les moments où il déborde d’amour et tombe amoureux. Elle rend complètement accessibles les sentiments de Thomas, sa vie intérieure.

Dans ce roman, elle raconte que Thomas lui en avait voulu d’avoir essayé d’écrire un texte sur lui et il lui avait reproché de ne pas se rendre compte de la richesse de sa vie intérieure. De ce point de vue, L’autre qu’on adorait est une façon de rendre justice à Thomas, de corriger l’erreur passée de Catherine Cusset : son regard est juste et sans jugement, profondément respectueux.

Ce magnifique roman est l’un des plus beaux de la rentrée littéraire de septembre 2016 et passer à côté serait vraiment dommage. Lisez-le absolument !

 

Référence

Catherine Cusset, L’autre qu’on adorait, éditions Gallimard, 293 pages

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12 commentaires sur « L’autre qu’on adorait – Catherine Cusset »

    1. Je crois que je n’ai jamais vu l’auteure à la télé donc je n’avais pas d’a priori lié à cela. En revanche, j’avais entendu beaucoup de bien sur ce roman avant de le lire, ce qui m’a incitée à l’ouvrir. Je l’ai vraiment trouvé exceptionnel. Tu devrais peut-être essayer malgré tes réticences…? 🙂

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