Celle qui fuit et celle qui reste – Elena Ferrante

product_9782070178407_195x320A la fin des années 1960, Elena a terminé ses études littéraires et épouse un grand professeur de latin qui enseigne à la prestigieuse Université de Florence. Elle vient d’écrire un premier roman qui a énormément de succès en Italie et qui la dépasse totalement : elle-même ne se rend pas compte à quel point ce qu’elle y a mis est à l’avant-garde de la société. Après quelques temps passés à écrire des piges pour des journaux sur les changements sociaux, Elena endosse petit à petit un nouveau rôle, celui de mère de famille et pour cela, elle est contrainte de taire une partie d’elle-même.

« J’étais malheureuse. Je languissais dans mon lit, frustrée par ma condition de mère de famille et de femme mariée ; tout avenir me semblait prisonnier de la répétition des rites domestiques, que ce soit dans la cuisine ou dans le lit conjugal, et ce jusqu’à la mort. » (page 359)

Lila quant à elle vit toujours avec Enzo et élève son fils loin de son père. Elle travaille dans des conditions terribles et doit faire preuve d’une grande force morale et physique pour endurer tout cela. Elena et Lila se voient occasionnellement, s’écrivent parfois et apprennent à se parler par téléphone (LA nouveauté technologique !). Mais comme toujours, leur amitié chancelle régulièrement et Elena a toujours autant de mal à comprendre Lila qui lui échappe sans arrêt.

« A chaque fois que quelque chose semblait établi dans notre relation, tôt ou tard on découvrait que ce n’était en fait qu’une situation provisoire, et bientôt un changement se produisait dans sa tête, nous déséquilibrant elle comme moi. » (p.255)

« […] je souhaitais qu’elle soit véritablement malade et meure. » (p.256)

Quel plaisir de se replonger dans l’histoire d’Elena et de Lila ! A chaque fois, j’ai l’impression de retrouver une amie que je n’ai pas vue depuis longtemps et qui me raconte tout ce que j’ai manqué de sa vie. Dans ce troisième tome de la saga napolitaine, on retrouve bien évidemment des thèmes qui sont chers aux yeux d’Elena Ferrante puisqu’ils sont la trame de fond de ses romans : la place de la ville de Naples, l’héritage social et culturel, le langage, la violence…

« Le langage ordurier de notre milieu d’origine était utile pour agresser ou se défendre mais, précisément parce que c’était la langue de la violence, loin de faciliter les confidences intimes, il les empêchait. » (p.194)

« Par jeu, la nouvelle chair vive copiait l’ancienne, nous formions une chaîne d’ombres qui, depuis toujours, montaient sur scène avec la même charge d’amour, de haine, de désir et de violence. » (p.332)

Et comme dans tous ses romans, ces thèmes sont servis par une langue extrêmement bien travaillée, précise et juste. Elena Ferrante livre les émotions et réflexions d’Elena avec une précision et un détail qui en font une narration on ne peut plus réaliste et humaine. Qu’elle est douée pour l’introspection !

« […] on a trop de trucs à l’intérieur de nous, ça nous fait gonfler et ça nous brise. » (p.394-395)

Mais que trouve-t-on de nouveau dans ce roman ? De nouvelles interrogations et une Elena transformée par son nouveau rôle de mère. Elle s’aperçoit que malgré un époux intelligent, cultivé, ouvert et athée, celui-ci l’enferme dans un rôle de matriarche qui l’empêche de vivre librement, d’écrire.  Elena découvre de nouveaux modes de pensée et découvre le féminisme, qui reste quelque chose d’abstrait pour elle tant elle ne peut pas le mettre en pratique dans sa vie.

Alors bien entendu, j’ai adoré Celle qui fuit et celle qui reste pour toutes ses raisons. Je me suis totalement laissée emporter dans la tête d’Elena et en même temps qu’elle, je me suis questionnée sur la place des femmes dans la société italienne de la fin des années 1960 et 1970, je me suis aussi laissée agacer par Lila que je n’arrivais pas à cerner (Elena n’y arrivant pas elle-même) et j’ai adoré découvrir l’apprentissage politique d’Elena. Bref, je suis toujours autant accro à cette magnifique histoire. Vivement la suite !

 

Référence

Elena Ferrante, Celle qui fuit et celle qui reste, traduction d’Elsa Damien, éditions Gallimard, 480 pages

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6 commentaires sur « Celle qui fuit et celle qui reste – Elena Ferrante »

  1. Je ne lis pas ton billet je viens juste de terminer le Nouveau nom, j’emprunterai bientôt la suite mais je vais attendre un peu parce que j’ai quasiment enchaîné les deux et du coup j’ai un peu peiné sur le deuxième.

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