La vie magnifique de Frank Dragon – Stéphane Arfi

9782246727910-001-x_0« Dragon, FRANK Dragon, vie sans histoire à raconter selon un langage bien à soi dans un livre sans début sans fin qui n’intéressera personne. »

Le petit garçon narrateur de cette histoire vit l’une des choses les plus difficiles qu’il soit : il est séparé de ses parents. Il vit à Paris pendant l’occupation nazie avec ses parents qui ont fui leur pays d’origine (la Pologne, vraisemblablement). Ils sont juifs et ont conscience du danger que représente le fait de vivre dans le marais à cette époque. Ses parents sont raflés mais le petit garçon arrive à s’échapper grâce à l’aide de sa voisine. Il est envoyé à la campagne, où il vit chez une vieille dame qui devient sa grand-mère-de-la-guerre. Puis, à la fin de la guerre, il est recueilli dans un orphelinat géré par des religieux. 

« J’ai peur de les oublier et de devenir un autre que moi, mais qui ? »

La narration à la première personne du singulier d’une histoire est toujours quelque chose de risqué lorsqu’elle est faite avec la voix d’un enfant. C’est d’autant plus perturbant dans ce roman que Frank est un enfant qui ne parle pas, et qui n’a donc pas l’habitude de choisir des mots. Son récit est donc très peu contraint par les règles de la langue française. Frank a une grande créativité de ce point de vue puisqu’il invente des mots, crée des mots-valises à profusion et utilise des expressions de son cru : « souvenirs-mitrailleuses », « nariner », « coeur-tambour », « respironfler », « vécu-souffert », « lacets lacés », etc. C’est un pari risqué et même s’il ne m’a absolument pas plu (j’ai eu énormément de mal avec, au point de faillir abandonner cette lecture), je dois lui reconnaître beaucoup d’originalité.

L’un des principaux thèmes de ce roman est le rapport au divin, à travers les histoires qui sont racontées à un enfant. On voit, par les mots de Frank, comment un petit garçon s’approprie les contes religieux qui lui sont racontés et comment il met en relation le réel et ce qui est d’ordre métaphysique. Malheureusement, je n’ai pas du tout accroché à ce sujet, pour des raisons d’intérêt et de goût personnels qui m’empêchent de m’y intéresser.

Cette lecture est donc un rendez-vous manqué pour moi et je ne considère absolument pas ce roman comme raté car je suis persuadée que la voix atypique de ce petit garçon et les sujets qu’il soulève toucheront d’autres lecteurs.

Référence

Stéphane Arfi, La vie magnifique de Frank Dragon, éditions Grasset, 272 pages

Merci aux éditions Grasset qui m’ont permis de découvrir Stéphane Arfi, avec ce premier roman.

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5 commentaires sur « La vie magnifique de Frank Dragon – Stéphane Arfi »

  1. Bonjour, je découvre votre blog très sympa par hasard. Et il se trouve que j’ai lu et adoré ce roman. voici mon ressenti. La vie magnifique de Frank Dragon est un roman qui invente une langue, à défaut un langage, cela ne court pas les rayons des librairies. C’est pourtant la prouesse de ce premier roman (??!) de Stéphane Arfi qui signe là un livre étrangement puissant, très maîtrisé, à la fois très simple et très complexe, qui puise à la fois dans l’intime de l’enfance et dans la grande histoire que nous connaissons tous. Nous en sommes à Paris, en 1939, dans le quartier du Marais. Des parents, ceux de Frank Dragon, 6 ans tout juste, vont être raflés par la Police Française, ouvrant ainsi la lugubre opération de déportation vers Drancy puis Auschwitz, voulue par les Nazis autant que par le régime de Pétain. Le petit Frank Dragon parvient à être caché par les voisines de l’immeuble, puis par une rude et bonne grand-mère en Province, une Juste. Histoire connue, déjà racontée maintes fois et pourtant, pourtant ! Tout ici change de perspective, par la seule magie du verbe. Le petit Frank, qui ne parle pas, raconte ce qu’il voit, ce qu’il sent, ce qu’il comprend de cette guerre qui s’empare des âmes et des corps et sème la mort autour de lui. Il voit avec ses yeux d’enfant et la réalité en est toute chamboulée car ses mots ne sont des mots usuels. Porté par une poésie de chaque instant, l’auteur nous promène dans un périple initiatique fascinant, souvent terrible, souvent drôle, souvent obscur, toujours lumineux. Il y a de l’amour, celui du garçon pour sa Béata, princesse juive vêtue comme une reine, de l’amitié, celle de Sauveur Léglise (quel nom !) qui le sauve et se sauve. Il y a le récit halluciné, presque délirant, que fait le père de Frank au sortir des camps de concentration et il y a des rencontres, attendues ou improbables (comme celle avec Inigo, qui l’initie à la lecture des Évangiles, puis avec le Dr Destouches, alias Céline, qui soigne le jeune héros à Meudon). Il y a tant de choses, tant d’inventivité dans ce roman dans lequel on entre avec difficulté (comme un prix à payer ?) et duquel on ne veut plus sortir car il mène vers la lumière et la résurrection. C’est un livre inoubliable, une forêt de mots qui impose des moments de pause pour méditer, réfléchir. Puis y retourner pour savoir où va Frank. On y parle à la toute fin de Dieu et on sort de là étonné, sidéré que cette littérature-là existe encore. Un coup de coeur absolu pour cette Vie magnifique de Frank Dragon a qui l’on remercie d’exister pour toujours.
    Karine

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    1. Je comprends que tu as eu un véritable coup de coeur pour ce roman. Je suis d’accord avec toi, sur le caractère très créatif de la langue utilisée par le narrateur. Je crois que c’est en partie ce qui m’a empêchée d’apprécier ce roman. Mais tu lui rends un bel hommage ! 🙂

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