L’homme qui mit fin à l’Histoire – Ken Liu

51-uskAomXL._SX343_BO1,204,203,200_Akemi Kirino a participé à la découverte des particules Bohm-Kirino, et ainsi à la création d’une procédure scientifique permettant de retourner dans le passé. L’historien Evan Wei utilisa ce procédé dans le but de recherches qu’il mena sur l’Unité 731. Il s’agit d’une unité militaire japonaise basée en Mandchourie dans les années 1930 et 1940, qui réalisa des expérimentations abominables sur des hommes et femmes chinois et qui eut pour conséquence le meurtre de masse de plusieurs centaines de milliers de personnes.

La particularité de la procédure de retour dans le passé d’Akemi Kirino est qu’une fois une personne envoyée à un endroit et à un moment du passé, il n’est plus possible de renvoyer une autre personne aux mêmes conditions. Ainsi, ce qu’une personne a pu observer du passé sera ensuite effacé à jamais.

Ce procédé physique soulève beaucoup de questions très intéressantes : à qui appartient l’Histoire ? Qui a la souveraineté du passé et notamment celui de la Mandchourie à cette époque ? En quoi consiste le Droit international de la gestion du passé, de l’Histoire et de la Mémoire ? Le fait que ce petit roman soit écrit comme le script d’un documentaire TV aide beaucoup dans la mise en avant de ces questions. C’est d’ailleurs la grande originalité de ce livre : on se situe à la fois dans un roman et dans un récit historique. Les questions soulevées par Ken Liu sont intéressantes et pertinentes et je ne pense pas qu’il aurait pu les traiter aussi bien sous un autre format.

Le principal intérêt de L’homme qui mit fin à l’Histoire est de traiter des expérimentations inhumaines et des tueries opérées par les soldats japonais sur la population chinoise. Il s’agit d’années terribles pour l’Histoire, qui sont relativement peu connues en Occident. La Mémoire occidentale étant plus tournée sur la Seconde Guerre mondiale et ses carnages en Europe, la littérature européenne en est le reflet. Il est donc assez remarquable de réussir en si peu de pages à inventer des questionnements autour de la souveraineté et de la juridiction du passé, tout en réalisant un travail de mémoire aussi percutant et nécessaire.

 

Référence

Ken Liu, L’homme qui mit fin à l’histoire, éditions Le Bélial, 107 pages

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2 commentaires sur « L’homme qui mit fin à l’Histoire – Ken Liu »

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