Frankie Addams – Carson McCullers

IMG_20170508_093542_320Géorgie, août 1944.

Frankie Addams a 12 ans. Elle passe son été entourée de son cousin John Henry et de la bonne de sa famille, Berenice. Frankie souffre d’un ennui terrible : elle a été exclue du club des jeunes filles de sa ville et n’a donc plus aucune amie avec qui occuper son temps pendant ses vacances. Frankie passe ses journées à tourner en rond dans sa maison et dans son quartier, à broyer du noir. Elle attend avec impatience le jour du mariage de son frère. Ce jour-là, non seulement elle aura le sentiment de faire partie d’une famille, mais elle pourra également en profiter pour ne plus retourner à son quotidien ennuyeux. Elle rêve de s’évader avec son frère et sa belle-sœur après leur mariage.

« Tu sais, dit-elle, c’est difficile pour moi d’admettre que le monde tourne sur lui-même à une vitesse de mille miles à l’heure. »

Ce court roman est d’une richesse que je ne soupçonnais pas. Carson McCullers réussit à écrire une histoire où l’héroïne s’ennuie du matin au soir, sans jamais ennuyer son lecteur ! Elle a un vrai don pour modeler le temps : tantôt elle accélère les moments attendus impatiemment et tantôt elle ralentit les heures d’attente. Elle se sert des journées d’ennui pour dérouler le fil de la pensée d’une jeune fille dont l’âge et le niveau de maturité la situent à la fin de l’enfance et au début de l’adolescence.

Frankie est dotée d’un esprit particulièrement curieux et romanesque. Elle a un vrai goût pour la discussion. A travers ses interrogations et ses échanges avec Berenice, Carson McCullers soulève la question de l’identité pour une jeune fille en pleine construction physique et morale : qui est-elle et quelle est sa place ?

« Je voudrais être n’importe qui excepté moi. »

Les discussions de Frankie et Berenice, qui peuvent sembler simples de premier abord, sont en réalité de vraies réflexions profondes et justes sur l’identité : est-on prisonnier de notre nom, de notre couleur de peau, de notre ville ? Pour Frankie, l’issue est triviale : changer de nom et partir loin de cette vie.

J’ai été très intéressée par le souci de Frankie de bien nommer les choses et de mettre des mots sur les impressions qu’elle ressent. Elle cherche à définir le monde qui l’entoure et à comprendre les événements qui lui arrivent. A travers Frankie, Carson McCullers raconte ce souci de l’écrivain de transmettre une expérience, un vécu, à travers la langue. N’est-ce pas le but de tout écrivain ?

Je crois que c’est tout cela qui a fait de ces quelques heures de lecture de très beaux moment et c’est la raison pour laquelle je vous recommande chaleureusement ce très bon roman.

Référence

Carson McCullers, Frankie Addams, éditions Livre de Poche

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4 commentaires sur « Frankie Addams – Carson McCullers »

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