La petite danseuse de quatorze ans – Camille Laurens

DegasMarie Van Goethem est née à Paris le 7 juin 1865. Elle ne fut jamais connue sous ce nom et l’Histoire n’aurait rien retenu d’elle si Edgar Degas ne s’en était pas inspirée comme d’un modèle pour réaliser sa sculpture très connue exposée aujourd’hui à la National Gallery of Art de Washington.

« Savait-elle, quand elle posait dans son atelier, que grâce à lui elle mourrait moins que les autres petites filles ? Stupide question, comme si l’oeuvre comptait plus que la vie. »

Camille Laurens a toujours été très touchée par cette sculpture en cire, qui fut pourtant source de polémique et de nombreuses critiques lors de son exposition en 1881. En effet, elle ne correspondait absolument pas aux normes de beauté de l’époque et choqua la bourgeoisie. L’écrivaine se pose la question des intentions d’Edgar Degas en choisissant ce sujet et en le modelant de la sorte : cherche-t-il à donner foi aux théories physionomistes de l’époque, à dénoncer les conditions de travail des petits rats de l’opéra qui finiront pour la plupart prostituées ? 

Pour répondre à ces questions et reconstituer la vie de Marie Van Goethem, Camille Laurens mène une enquête qui l’amène à lire un nombre considérable d’ouvrages sur Edgar Degas et son oeuvre mais aussi à effectuer des recherches dans l’état civil, telle une généalogiste. Parler de Marie l’oblige nécessairement à parler de cette époque et donc à placer son sujet dans un contexte de misère sociale : dureté des conditions de travail de ces fillettes, proxénétisme et pédophilie encadré par les mères, conditions sanitaires déplorables…

« En choisissant Marie Van Goethem et en précisant son âge, quatorze ans, Degas souligne ce qui devrait frapper les esprits : c’est une enfant. Une petite fille à peine pubère et déjà perdue aux yeux de tous. »

Voici une lecture qui m’a beaucoup intéressée et m’a ouvert les yeux sur le monde de l’opéra au XIXème siècle, dont je ne connaissais absolument rien. J’étais loin de m’imaginer cette exploitation d’enfants, dont l’espoir d’ascension était vain et dont la seule issue était la prostitution. Les parenthèses de Camille Laurens sur l’époque et ses comparaisons avec les autres peintres et sculpteurs contemporains de Degas donnent du relief à ses propos. Cet essai est à la portée de tous et intéressera tout autant les amateurs de Degas comme les non connaisseurs ; il ravira tous les curieux d’Histoire et d’art.

Référence

Camille Laurens, La petite danseuse de quatorze ans, éditions Stock, 176 pages

Merci aux éditions Stock pour cette découverte.

2 commentaires sur « La petite danseuse de quatorze ans – Camille Laurens »

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