La serpe – Philippe Jaenada

la serpe« […] mon but, mon idée de départ, c’est d’écrire un roman policier, un truc sanglant, de résoudre une énigme. »

Dans la nuit du 24 au 25 octobre 1941, un triple meurtre sanglant est commis au château d’Escoire dans le Périgord. Le propriétaire du château, Georges Girard, sa sœur Amélie et leur bonne Louise sont retrouvés assassinés au petit matin, tués à coups de serpe et baignent dans leur sang. Amélie est allongée sur le ventre dans le petit salon, la chemise remontée sur le dos tandis que Louise et Georges sont étendus parterre dans la chambre de ce dernier. Il n’y a qu’un seul rescapé à ce massacre, Henri Girard, le fils unique de la famille, qui a dormi dans une autre aile du château et n’a rien entendu de la nuit. Très rapidement, il est considéré comme le principal et unique suspect et les résultats de l’enquête soulignent sa culpabilité. Après 19 mois d’enquête et d’instruction, Henri Girard est acquitté des charges qui pesaient contre lui : à la surprise générale, il est déclaré non coupable. Pour autant, il est bien considéré comme le coupable dans la mémoire collective périgourdine.

« […] faut que je reste modeste, mais tout de même : amis périgourdins qui ne vous doutez de rien, bientôt, parmi vous, incognito, s’avancera Philippe Colombo, Hercule Jaenada, et on va voir ce qu’on va voir. »

Avant de partager mon ressenti sur cette lecture, il me semble important de préciser que j’avais volontairement repoussé du bout des doigts toutes les critiques le concernant, ne souhaitant pas être spoilée. Ainsi, lorsque j’ai commencé cette lecture en apprenant que Henri Girard avait été acquitté lors de son procès, je me suis imaginée –sans savoir pourquoi- que Philippe Jaenada allait prendre le parti d’expliquer pourquoi il n’aurait pas dû l’être. Ma méprise de départ expliquera ma déconvenue au milieu du récit.

La structure de l’enquête de Philippe Jaenada peut être résumée en trois parties :

  1. Il commence par raconter l’histoire de Henri Girard (son ascendance, son enfance, adolescence, ses études, ses compagnes et épouses, ses voyages, jusqu’à sa mort) en faisant abstraction des meurtres du château d’Escoire.
  2. Il raconte les meurtres et le procès, en insistant sur le fait qu’il est invraisemblable que Henri Girard ait été déclaré innocent avec toutes ces charges. Il souligne à quel point tout l’accablait.
  3. Il reconstruit l’enquête telle qu’elle aurait dû être menée en 1941, afin de prouver l’innocence d’Henri Girard à laquelle personne n’a jamais cru.

« […] foi d’ami de la lecture agréable, je mets les pieds dans le sang et j’essaie de résoudre l’énigme du château, on va bien s’amuser »

C’est cette construction qui m’a particulièrement mise mal à l’aise car Philippe Jaenada n’annonce pas d’emblée que la deuxième partie va être contredite et au contraire, il fait tout pour convaincre le lecteur de la culpabilité d’Henri Girard. Cela m’a posé un vrai problème de positionnement vis-à-vis de P. Jaenada et dès lors, je n’ai plus eu confiance en sa narration. La difficulté était alors telle que je me suis demandé si je serai capable de lire son prochain livre. Petit à petit et sur la fin de l’enquête, j’ai tout de même fini par m’en remettre mais cela m’a vraiment gâché la lecture.

Encore une fois, je ne peux que souligner à quel point Philippe Jaenada manie l’art de la parenthèse avec merveille. Finalement, je crois que je lis d’abord ses livres pour cela, avant de les lire pour leur sujet en eux-mêmes. Les liens qu’il fait entre la famille et l’enquête Girard et celle de Pauline Dubuisson sont très intéressants. Je ne lui tiens jamais rigueur de ces longueurs car les parenthèses sont pleines d’humour et d’anecdotes personnelles et familiales comiques.

La tension de la narration va crescendo, P. Jaenada développant simultanément le récit des meurtres, de l’instruction et du procès et celui de sa propre enquête 70 ans plus tard. Ces deux narrations atteignent leur point final en même temps, avec les conclusions de son enquête et la visite au château d’Escoire. Il faut lui reconnaître un vrai travail de structuration du récit, contrairement à ce que pourraient laisser supposer les nombreuses parenthèses et le ton léger de la narration.

Référence

La serpe, Philippe Jaenada, éditions Julliard, 648 pages

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