Heather, par-dessus tout – Matthew Weiner

WEINERMark et Karen se sont rencontrés un peu par hasard, par amis interposés. Karen avait retenu le conseil de ses amies mariées, à savoir à quel point il était important d’épouser un homme avec un minimum de moyens financiers ou bien avec beaucoup de potentiel en la matière. Mark travaillait pour une société financière new-yorkaise et était particulièrement bien placé pour évoluer vers les postes les plus convoités. Leur couple s’est construit sans grande passion et sans qu’ils se posent vraiment de questions sur leur amour… un peu par opportunisme. Mais ils étaient bien, ensemble. Lorsqu’ils eurent leur fille Heather, Karen en fit une excuse pour se désinvestir de sa relation avec Mark. Son unique préoccupation fut l’éducation de celle-ci.

Bobby est un jeune homme qui vécut dans la misère financière et la tristesse affective : enfant d’une junkie, il n’avait que très peu de chance de sortir de ce milieu, fait de violences quotidiennes. Un jour, alors qu’il travaille sur un chantier dans l’immeuble de Mark et Karen, son regard est attiré par Heather, cette adolescente dont le corps le rend fou de désir.

Karen et Mark constituent le parfait exemple du couple malheureux qui vit dans le déni et pour qui il est de plus en plus difficile de défaire des années de malheur au fur et à mesure que le temps passe, comme si chaque année supplémentaire était un argument de plus dans le maintien de leur médiocrité amoureuse. L’intrigue autour de leur couple et de la façon dont Heather leur sert de justificatif pour ne pas se séparer m’a beaucoup fait penser à Un bonheur parfait de James Salter et au Monde selon Garp de John Irving. La grande réussite de Matthew Weiner est d’installer le lecteur dans cette thématique du couple malheureux mais aussi cette atmosphère très américaine de la famille parfaite (un peu comme dans Némésis de Philip Roth).

Lire ce court roman, c’est être assailli par les souvenirs de lecture de cette grande littérature américaine, et ce de manière assez frappante, car condensée. A tout cela, ajoutez une ambiance de plus en plus tendue, et vous aurez l’impression d’entrer dans un roman de Laura Kasischke.

Ne passez pas à côté de cette expérience de lecture !

 

Référence

Matthew Weiner, Heather, par-dessus tout, éditions Gallimard, traduction de Céline Leroy, 144 pages

Merci au éditions Gallimard pour cette découverte.

Publicités

2 commentaires sur « Heather, par-dessus tout – Matthew Weiner »

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s