D’acier – Silvia Avallone

AVALLONE« Elle n’y arriverait jamais, à s’enfuir. Il l’en empêcherait, il la retrouverait partout. » (page 57)

Francesca et Anna sont deux amies inséparables qui vivent leur adolescence dans les années 2000 à Piombino, dans la province de Livourne. Cette ville de la côte toscane est loin d’être un paradis, contrairement à l’île d’Elbe, située juste en face. A Piombino, il n’y a nul tourisme, l’économie de la ville étant entièrement tributaire des hauts fournaux de la grande aciérie. Chaque famille a au moins l’un de ses membres qui y travaille. Le quotidien des habitants de cette ville populaire est fait de dur labeur, de violence, et de défonce. Cette misère ne s’est pourtant pas inflitrée dans les coeurs de Francesca et Anna, qui commencent à profiter du peu de liberté laissée par leurs parents pour sortir, rencontrer des garçons et s’amuser à la plage.

Malgré la tristesse de leur quotidien, les deux amies ont foi dans leur avenir, qu’elle imaginent fait d’amour et de succès professionnel. L’une espère s’en sortir grâce à sa beauté et l’autre grâce à son intelligence. Leur amitié m’a énormément rappelé celle d’Elena et Lila (L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante), faite d’un profond amour au sein duquel une faille grandit peu à peu. Tout du long, les éléments de ressemblance avec la saga prodigieuse étaient si nombreux que je n’ai pas pu m’empêcher de faire naturellement la comparaison : amitié, amours, violence, misogynie, apprentissage… L’incroyable réussite de ce roman est que la comparaison tient bien la route, même si le niveau de l’écriture n’atteint pas celui d’Elena Ferrante. Le seul reproche que je puisse faire à ce roman est en effet que le style soit trop appuyé et trop répétitif.

La force de Silvia Avallone est d’avoir construit des personnages principaux très profonds et très réalistes, au point qu’elle continuent d’exister en dehors du roman. Francesca et Anna procurent une impression de proximité et un attachement très fort, rendant la lecture addictive. Les autres personnages qui gravitent autour d’elle ont le grand intérêt de montrer à quel point elles sont emprisonnées dans cette ville, n’étant que les maillons d’une chaîne qui les maintient prisonnière d’une famille dominée par le patriarcat et d’un système économique et politique aux mains de la reproduction sociale. Pour autant, alors que tout semble sans espoir, D’acier est un roman étonnamment lumineux, une vraie pépite.

Référence

Silvia Avallone, D’acier, éditions Liana Levi, traduction de Françoise Brun, 387 pages

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7 commentaires sur « D’acier – Silvia Avallone »

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