Le gang des rêves – Luca Di Fulvio

FULVIOEn 1909, Cetta Luminita est une toute jeune femme lorsqu’elle foule le sol américain, avec son bébé Christmas dans les bras. A Ellis Island, cette belle et fragile jeune fille est immédiatement repérée par des mafieux, qui s’empressent de la prendre en main. Cetta est conduite dans un appartement miteux, où on lui propose d’être hébergée gratuitement par un vieux couple italien, qui gardera son enfant pendant qu’elle travaillera. Elle est persuadée qu’elle pourra offrir une meilleure vie à son fils à New York, elle est prête à tous les sacrifices. Elle accepte ainsi, sans aucune difficulté, de travailler comme prostituée dans un bordel tenu par la mafia italienne, tout en élevant son fils comme si elle avait un travail des plus ordinaires.

Christmas est un petit garçon plein de ressources, à l’imagination foisonnante. Dans les années 1920, il passe une grande partie de son temps à jouer dans la rue. Il s’y fait des amis et des ennemis, et y développe à la fois le rêve de réussir sa vie en étant un vrai américain, et de devenir un caïd. Un soir, il découvre dans la rue une jeune fille battue et violée, laissée pour morte. En prenant le risque de l’amener à l’hôpital, il la sauve et acquière ainsi la reconnaissance de sa famille. A l’occasion de ses visites, il découvre que Ruth est une jeune fille de la bourgeoisie juive new-yorkaise et se rend compte à quel point leur éducation fut opposée. Il en tombe très rapidement amoureux et lorsque Ruth part vivre en Californie avec ses parents, il se fait la promesse de tout faire pour la retrouver un jour, persuadé qu’elle est le grand amour de sa vie.

« […] le temps avait été inventé pour torturer les amoureux. » (page 817)

L’intrigue de ce roman avait tout pour me plaire, étant particulièrement friande des fictions se déroulant aux Etats-Unis et impliquant les sujets de l’immigration et de l’identité. L’histoire de Cetta est triste et son abnégation à offrir un meilleur avenir à son fils est touchante. Pendant les près de 1000 pages de ce roman, Luca Di Fulvio apporte un grand nombre de rebondissements, empêchant le lecteur de s’ennuyer. 

Malheureusement, il y a dans Le gang des rêves beaucoup trop de défauts majeurs, qui déséquilibrent totalement le roman. J’ai apprécié le choix de Luca Di Fulvio d’alterner narrations et dialogues car cela donne beaucoup de vie et de dynamisme à cette lecture. Néanmoins, ces dialogues auraient grandement mérités une réécriture (voire à être raccourcis) tant ils étaient mal écrits et sonnaient faux. Les paroles empruntées par certains gangsters sont tout simplement invraisemblables, et retirent toute crédibilité à un certain nombre de personnages.

J’ai également été stupéfaite du nombre de répétitions se trouvant dans la narration, et ce à des intervalles particulièrement courtes. Cela accroît cette impression d’un roman écrit d’un jet, sans relecture et sans travail éditorial digne de ce nom.

Alors que le sujet de l’immigration et du rêve américain au début du XXème siècle aurait pu être l’occasion de développer un aspect historique particulièrement passionnant dans le roman, Luca Di Fulvio peine à raconter ce contexte historique. Pour situer historiquement son roman, il se contente de mentionner des faits de l’époque, comme la Prohibition, les flappers, le mafieu Rohstein, Hollywood… Or, c’est bien loin d’être suffisant puisque ces faits ne se retrouvent pas dans la narration du quotidien des personnages et dans celle de la ville de New York : on ne sait rien de leurs habits, il n’y a aucune description de l’architecture de cette ville qui est pourtant en pleine construction. Enfin, l’aspect politique et économique est quant à lui à peine effleuré. Quel dommage et quelle frustration, pour un roman de 944 pages !

Je n’ai également pas compris l’objectif recherché par l’auteur en truffant son roman de violence et notamment de violences sexuelles à l’égard des femmes. Certes, il s’agit d’une époque très dure pour la condition féminine, mais fallait-il pour autant écrire autant de scènes de viols ? Cette problématique est assez emblématique des critiques que je formule à l’égard du Gang des rêves puisqu’elle révèle un manque d’équilibre tant sur le fond que sur la forme.

J’ai toutefois eu beaucoup d’encouragements et reçu tant de mots positifs à l’égard de ce roman dont les personnages sont, il faut le reconnaître, très attachants, que je ne vous le déconseille pas. Faites-vous votre propre idée et partagez-la moi !

Référence

Luca Di Fulvio, Le gang des rêves, éditions Pocket, traduction d’Elsa Damien, 944 pages

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3 commentaires sur « Le gang des rêves – Luca Di Fulvio »

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