Dans les angles morts – Elizabeth Brundage

brundage« Maintenant elle était morte, et il lui en voulait terriblement. Il faisait des efforts pour se souvenir d’elle, de sa beauté dans ses vêtement du dimanche, de sa grimace quand elle fumait, mais les images dans sa tête ne réussissaient qu’à l’attrister. » (page 60)

La famille Clare a emménagé dans une ancienne ferme de l’Etat de New-York à la fin des années 1970. Catherine Clare, la jeune mère de famille, est retrouvée assassinée à la hache dans sa chambre un soir. Sa fillette de trois ans a passé la journée seule dans la maison avec sa mère morte à proximité.

Cette ferme appartenait aux Hale, des fermiers extrêmement pauvres, dont les vaches avaient été saisies et qui n’arrivaient plus à payer leurs factures. Les parents ont fini par se suicider ensemble, laissant ainsi leurs trois garçons adolescents orphelins. Ils sont recueillis par leur oncle, et ne peuvent s’empêcher de retourner sur les lieux de leur enfance. Sans connaître leur passé, Catherine Clare les embauche pour des petits travaux et noue des liens amicaux voire maternels avec le plus jeune, Cole.

Elizabeth Brundage a l’idée brillante de commencer sa narration par le meurtre de son personnage principal, Catherine Clare. De là, débute véritablement le roman, emmenant le lecteur dans la jeunesse de Catherine. Etudiante, elle est amoureuse de George, dont elle tombe enceinte. Pour de tristes raisons de bienséance, ils se marient et elle arrête ses études. George commence une carrière universitaire de professeur d’histoire de l’art, sans grand succès. Affecté dans une petite université de l’Etat de New-York, il ne laisse pas tellement de choix à Catherine en décidant de s’installer dans cette ancienne ferme froide où elle ne se sent pas chez elle.

En parallèle de cette histoire de couple malheureux et de femme dominée par son époux, l’écrivaine nous raconte également l’histoire triste de ces trois orphelins. En arrière fond, c’est bien l’Histoire économique et sociale des Etats-Unis et de ces petits fermes qui ferment les unes après les autres à la fin des années 1970. Elizabeth Brundage s’en tient toutefois à la narration d’histoires individuelles, du deuil, de l’amour maternel, de la reconstruction, de l’émancipation. C’est son talent pour parler de choses aussi intimes avec autant de finesse, qui m’a tellement touchée. Il y a dans certains passages beaucoup de justesse, et parfois de la poésie.

« Alors que la pluie tambourinait, ils restèrent ainsi dans la vieille cuisine de sa mère, sans bouger, sans bouger. » (p.166)

Tout au long de son roman, on ressent et on partage son profond amour pour ses personnages : Catherine, Cole, Eddy, Justine. Dans les angles morts est un roman magnifique et pas seulement un livre qui commence comme un polar, ce genre n’étant presque qu’un prétexte pour raconter la triste histoire de ces hommes et de ces femmes.

Référence

Elizabeth Brundage, Dans les angles morts, traduction de Cécile Arnaud, éditions Quai Voltaire, 514 pages

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4 commentaires sur « Dans les angles morts – Elizabeth Brundage »

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