Cristallisation secrète – Yoko Ogawa

OGAWA2« Et si les mots disparaissent, que va-t-il se passer ? » (page 36)

Dans cette île japonaise, une police secrète veille à l’application d’un phénomène mystérieux : la disparition d’objets, de choses. Régulièrement, les insulaires se réveillent le matin avec la sensation que quelque chose n’existe plus : les roses, le parfum, les chapeaux, les romans, leur jambe gauche… Cette disparition n’est pas uniquement physique puisque le souvenir de la chose en question disparaît avec, et toutes les émotions qui lui sont rattachées. La police secrète traque les personnes qui gardent dans leur coeur le souvenir de ces objets. La narratrice de cette histoire est une jeune romancière. Elle raconte comment elle vit avec toutes ces disparitions et à quel point elle regrette de s’en accomoder. Elle en vient à cacher chez elle son éditeur, qui fait partie de ceux qui ne peuvent oublier les sensations de ces choses disparues.

Cette très belle dystopie sur les régimes totalitaires et les résistances a une tonalité particulièrement douce et lugubre. J’ai d’abord été frappée par la voix de la narratrice, qui s’installe à travers des phrases simples, qui sonnent justes.  J’ai été très touchée par le thème de ce roman, qui fait prendre conscience de l’importance que jouent les objets dans notre vie. En ce sens, j’ai beaucoup pensé à des lectures de concentrationnaires et notamment à Charlotte Delbo. Je me suis rappelée à quel point dans ces textes, les personnes ayant connu l’horreur des camps de concentration, retrouvent de la vie et des émotions en gardant un objet au creux de leur main. Et l’on fait rapidement le lien entre les disparitions d’objets sur cette île et les confiscation des effets personnels à l’arrivée des camps de concentration.

Cette lecture est puissante car elle allie la douceur de la narration et la semi-résistance-résignation du personnage principal dans un monde cruel dont on ne sait pas grand chose et que l’on observe de l’extérieur. C’est glaçant et à ne pas manquer.

Référence

Yoko Ogawa, Cristallisation secrète, éditions Actes Sud, traduction de Rose-Marie Makino, 342 pages

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