Celui qui va vers elle ne revient pas – Shulem Deen

DEEN

Après avoir vu et adoré la mini-série Netflix Unorthodox il y a quelques semaines, j’ai immédiatement eu envie de me plonger dans ce livre dont Eva m’a parlé depuis quelques temps et qui était un véritable coup de coeur pour elle. J’ai toujours trouvé très intriguantes et fascinantes ces histoires d’hommes et de femmes qui arrivent à s’émanciper d’un milieu social/culturel/religieux oppressant et qui nie leurs libertés individuelles. Rappelez-vous, j’avais particulièrement aimé Une éducation, le récit de Tara Westover.

L’histoire de Shulem Deen se déroule également aux Etats-Unis, à New York. Il vit dans une communauté juive hassidique connue pour son extrêmisme, les skver. Cette communauté vit en marge de la vie moderne et ses membres doivent respecter un grand nombre d’interdits qui les maintient dans une ignorance importante, au point qu’ils sont totalement inadaptés à toute vie en dehors de leur communauté. Leur conception du sens de leur vie est de servir un dieu sans jamais douter de lui, et pour cela ils se doivent de produire autant d’enfants que possible. Traumatisés par la Shoah, ils considèrent qu’ils doivent à tout prix reconstituer leur communauté telle qu’elle existait avant la Seconde Guerre mondiale, et toute évolution serait donc une hérésie.

Alors qu’il est père de cinq enfants et marié à une femme qu’il n’avait vu que quelques minutes avant la cérémonie, Shulem Deen se prend de curiosité pour des choses qui lui sont interdites. A la bibliothèque, il fait des découvertes incroyables au rayon enfants et notamment dans l’encyclopédie. La radio, la télévision puis un ordinateur avec internet lui ouvrent les yeux sur un monde qu’il ne connaissait pas et petit à petit, il se met à douter du sens de la vie telle qu’elle lui est dictée par sa communauté. Pourtant, il aime ses enfants plus que tout et refuse de fuir seul. Ce ne sera que sous la contrainte, après avoir été exclus de sa communauté, qu’il tentera de mener une vie difficile, solitaire mais libre.

Shulem Deen raconte son enfance et son éducation religieuse qui ne laissa de place à aucune autre sorte de connaissance, que ce soit l’anglais ou les mathématiques. Il raconte le bonheur d’avoir des enfants et l’immense tristesse de se voir séparé puis délaissés par ceux-ci. Il raconte également la solidarité d’autres anciens juifs hassidiques qui l’aidèrent à se libérer de sa communauté, sans pour autant réussir à gagner le combat juridique face à une communauté extrêmement bien armée financièrement et politiquement.

Comment ne pas être totalement happé par cette histoire si émouvante ? Shulem Deen maîtriste parfaitement cet équilibre qui lui permet de raconter avec pédagogie le quotidien d’une famille hassidique (les rites, obligations et interdits), tout en partageant sa propre histoire avec beaucoup de pudeur et de respect pour ceux qui l’ont laissé, et ce malgré les différents et les coups bas. Il ne cherche pas à régler des comptes, simplement à raconter son histoire. J’ai été surprise par l’humilité et la simplicité de son récit, qui laissent peu de place à la rancoeur et aucune place à la vengeance.

Il y a dans ce récit beaucoup de choses qui dépassent le cadre religieux hassidique et qui sont universels : les relations d’un père et de ses enfants, la place de l’éducation, la maltraitance infantile, la découverte de la culture… Au-delà de la passionnante histoire de Shulem Deen, la narration de son expérience sur ces thématiques universelles font de ce livre un objet littéraire à part entière.

Alors que le livre m’a semblé long, je n’y ai pas trouvé de longueurs. Shulem Deen donne beaucoup de détails sur la vie des skver et sur sa vie d’après, ce qui passionnera les lecteurs curieux de « récits culturels » comme moi. Voici le genre de livre qui ouvre la voix à d’autres lectures ou découvertes culturelles similaires. Il allume une étincelle de curiosité et de passion. Si c’est votre cas, je ne peux que vous conseiller les oeuvres citées au début de cet article. Elles devraient assez facilement vous passionner.

Référence

Shulem Deen, Celui qui va vers elle ne revient pas, éditions Globe, traduction de Karine Reignier-Guerre, 416 pages

2 commentaires sur « Celui qui va vers elle ne revient pas – Shulem Deen »

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