L’année de la pensée magique – Joan Didion

DIDION2« Les gens qui ont récemment perdu quelqu’un ont un air particulier, que seuls peut-être ceux qui l’ont décelé sur leur propre visage peuvent reconnaître. […] c’est un air d’extrême vulnérabilité, une nudité, une béance. […] Ces gens qui ont perdu un proche ont l’air nus parce qu’ils se croient invisibles. Moi-même je me suis sentie invisible pendant un certain temps, incorporelle. » (page 95)

Joan Didion perdit son mari quelques jours après Noël, mort d’une crise cardiaque dans le salon de leur appartement new-yorkais. L’année qui suivit, elle l’appela « l’année de la pensée magique ». Elle qui est pourtant une femme rationnelle, qui n’est pas touchée par des superstitions et qui n’est pas croyante, use désormais d’un schéma de pensée qui ne fait pas appel à la raison. Elle continue de garder les chaussures de John, pour le cas où il revienne, alors même qu’elle a fait don d’une bonne partie de ses vêtements. Elle a du mal à prendre des décisions sans invoquer son mari, auquel elle continue de parler de sujets pourtant très rationnels. Elle est d’autant plus bouleversée que sa fille Quintana a de graves problèmes de santé et est dans le coma.

« Je suis écrivain. Imaginer ce que quelqu’un dirait ou ferait est pour moi aussi naturel que respirer.

Et pourtant, à chaque fois, cette manière d’invoquer sa présence avait pour seul effet de renforcer en moi la conscience du silence définitif qui nous séparait. » (p. 241)

Joan Didion a lu énormément d’ouvrages littéraires mais aussi médicaux sur le deuil et sur la mort pour nourrir l’écriture de ce livre. Cela donne au récit une tonalité très littéraire, il prend parfois plus la tournure d’un essai que d’une narration autobiographique. Alors que je craignais de lire quelque chose d’extrêmement émouvant et de bouleversant, j’ai été surprise par le recul de Joan Didion. L’introspection n’a pas pour effet de livrer des émotions « à chaud » : tout est savamment analysé, décortiqué, avec une méthodologie presque froide. Cela peut être très étonnant, voire perturbant et mieux vaut en être averti. C’est la raison pour laquelle je n’ai probablement pas d’avis très tranché, n’arrivant pas à trouver d’autres qualificatifs que « intéressant », « bien écrit », « fin », pour décrire L’année de la pensée magique.

Référence

Joan Didion, L’année de la pensée magique, éditions Grasset, traduit par Pierre Demarty, 282 pages

2 commentaires sur « L’année de la pensée magique – Joan Didion »

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