Mon bilan de novembre et décembre

Poour raison de pouponnage, mon bilan de lectures de novembre et décembre est assez ténu et risque encore de l’être en janvier même si j’ai repris la lecture depuis quelques jours. Sur le peu que j’ai lu, j’ai eu un coup de coeur pour le très bon roman de mon amie Coralie Bru. Je vous encourage vraiment à le lire. Pour cela, vous pouvez le commander chez votre libraire ou bien sur le site internet de Librinova.

Mes coups de coeur

Mes autres jolies lectures

Dans les prochaines semaines, j’essaierai de publier un bilan de mes lectures 2020.

Radicales – Coralie Bru

Julia a la cinquantaine, elle est correctrice. Un jour, elle a le pressentiment que quelque chose ne va pas dans la vie de sa fille et adolescente Lucie. Son instinct est le bon et celle-ci lui confie un secret et lui demande de l’aider, sans rien dire à leur entourage familial proche. Ce secret lui révèle sa fille, dont elle ne soupçonnait pas la force, tout en ouvrant la porte à d’autres secrets tus.

J’ai mis beaucoup de temps à me lancer dans l’écriture de cet article car je craignais qu’il ne soit pas à la hauteur du roman. J’ai en effet été très touchée par la finesse de Coralie Bru, sa manière de parler de sujets importants et trop peu abordés dans la littérature. Ce qui m’a le plus émue est bien entendu le thème de l’interruption de grossesse (que celle-ci soit volontaire ou médicale), et aussi celui de la manière dont les enfants échappent à leurs parents en grandissant. J’ai été surprise par le fait que ce sujet me touche autant. Il y a une émotion et un tel recul dans la voix du personnage principal, qui m’a permis de me mettre à la place de mes propres parents et de ressentir les émotions qu’ils ont certainement dû éprouver en voyant leurs enfants grandir puis partir de la maison. Même si c’est exactement ce que je recherche dans la littérature, il est rare qu’un roman me fasse un tel effet empathique, jusque dans ma propre vie. Et c’est bien là la puissance de Radicales : les personnages incarnent parfaitement la réalité vécue par les femmes à propos de leur grossesse, qu’elles décident de l’interrompre ou bien qu’elles subissent une perte tragique. Il y a une telle justesse dans ces personnages, leurs dialogues, leur vécu, qu’il est impossible de ne pas faire le lien avec nos histoires personnelles ou celles de nos proches. A peine refermé, c’est un roman que l’on a alors envie d’offrir aux femmes qui nous entourrent.

J’ai beaucoup apprécié la tonalité de Radicales, qui aborde des sujets douloureux avec délicatesse mais aussi avec une touche d’humour. Plusieurs fois, j’ai souri devant certains détails, ce qui m’arrive habituellement peu en lisant. Je crois que je fait que la narration soit écrite du point de vue de Julia y est pour beaucoup. Cela apporte beaucoup d’humanité, d’émotion, Julia ayant à la fois une forme de sagesse et aussi une naïveté sur certaines choses.

Radicales est le roman de Coralie Bru qui m’a le plus touchée et je vous le recommande de tout mon coeur.

Référence

Coralie Bru, Radicales, Librinova, 247 pages

Antonia, Journal 1965-1966 – Gabriella Zalapi

Antonia s’est mariée jeune à un palermois riche avec qui elle a eu un garçon peu de temps après le mariage. Elle raconte, de 1965 à 1966, son quotidien de mère et d’épouse enfermée dans un carcan.

Antonia est une femme à l’histoire familiale riche et complexe, qui l’empêche de s’appuyer et de confier sa solitude auprès de ses aïeux. Elle trouve ainsi refuge dans son journal, où elle écrit sa peine de manière très concise et à un rythme plutôt irrégulier. Elle est dépossédée de toute autonomie, que ce soit dans l’éducation de son fils (qui est entièrement confiée à une nounou) ou dans toute possibilité d’entreprendre en dehors de son foyer. Elle s’ennuie ainsi profondément et m’a beaucoup fait penser à un autre personnage littéraire connu, celui de Thérèse Desqueyroux.

Ce petit texte se dévore assez rapidement et l’empathie éprouvée pour Antonia est grandissante au fur et à mesure de la découverte de son histoire familiale violente et des confessions qu’elle livre. J’ai été assez étonnée de voir qu’un texte aussi court et simple pouvait se révéler être aussi riche. Gabriella Zalapi maîtrise l’art des ellipses narratives, des flash-backs et des silences, ce qui confère au livre beaucoup de mystère et une certaine intensité. Voici donc une jolie lecture où je me suis laissée surprendre.

Référence

Gabriella Zalapi, Antonia, Journal 1965-1966, éditions Livre de Poche, 160 pages

Merci aux éditions Livre de Poche pour cette belle découverte.

Au bonheur des dames – Agnès Maupré

Denise Baudu est contrainte de partir de sa Normandie natale pour Paris, espérant y trouver du travail comme vendeuse dans le magasin de son oncle. Malheureusement, le petit magasin de celui-ci va mal, ce qui l’oblige à se faire embaucher dans le grand magasin qui concurrence celui familial : Le Bonheur des Dames. Elle y fait la découverte d’un monde dur, sans pitié, où elle est malmenée par ses collègues et sa hiérarchie.

A travers cette adaptation BD, Agnès Maupré s’attaque à un grand classique littéraire qui m’avait profondément marquée il y a quelques années, et qui m’avait réconciliée avec Emile Zola. J’ai été attirée par l’idée d’une adaptation BD de cette oeuvre et par les couleurs chatoyantes de sa couverture. Il faut dire que ces couleurs sont un vrai point fort de ce livre, même si j’aurais trouvé plus juste de les employer avec plus de parcimonie lorsqu’il s’agissait de reproduire les intérieurs plus sombres et pauvres des petites boutiques en train de pérécliter.

Malheureusement, j’ai été très déçue par cette adaptation. J’imagine que plus une oeuvre est grande et belle et plus le risque d’être déçu est important. Je n’ai pas du tout apprécié le coup de crayon d’Agnès Maupré et sa manière de dessiner les visages, mais ceci n’est qu’une question de goût personnel. Ce qui m’a bien plus gênée est la manière dont est reproduit l’un des principaux personnages du roman, le Directeur du grand magasin, M. Mouret. Celui-ci ne ressemble aucunement à mes souvenirs de lecture puisqu’il est peint de manière très caricaturale dans la BD : il est absolument antipathique, sans aucune retenue ou pudeur pour cette époque. Sa reproduction est caricaturale au point d’en être risible et agaçante. Bien que j’imagine qu’il soit complexe d’adapter un tel pavé en une BD, le pauvre niveau des dialogues laisse franchement à désirer. Bref, je ne vois rien dans cette BD qui m’incite à la recommander, y compris pour des personnes qui auraient des craintes à se lancer dans la lecture de l’oeuvre originale. Au contraire, même si vous n’avez pas l’habitude de lire de gros pavés, je vous invite vraiment à vous plonger dans l’oeuvre originale d’Emile Zola. Passez votre chemin avec cette BD.

Référence

Au bonheur des dames, Agnès Maupré, éditions Casterman, 136 pages

Mon bilan d’octobre

Le mois d’octobre ayant été synonyme pour moi de temps, j’ai pu faire plus de lectures que d’ordinaires. Je me suis notamment tournée vers des livres jeunesse, en vue de la préparation d’un épisode de Bibliomaniacs avec Claire (épisode que nous devrions enregistrer et diffuser en début d’année prochaine). Même si je n’ai abandonné aucune lecture en cours de route, je réalise en faisant ce bilan que j’ai eu pas mal de déceptions, m’attendant à être bien plus intéressée et transportée par un certain nombre de lectures.

Mes coups de coeur

Mes autres jolies lectures

Mes déceptions

Même si je ne suis absolument pas certaine de continuer à lire autant dans les prochains mois, mon mois de novembre commence plutôt bien de ce côté… Rendez-vous dans quelques semaine pour mon prochain bilan !

Leurs enfants après eux – Nicolas Mathieu

En 1992, Anthony a 14 ans et passe son été à tourner en rond dans sa ville de l’est de la France. Il occupe ses journées avec son cousin, essaie tant bien que mal de s’amuser dans les soirées estivales organisées par ses amis. Le vol de la moto de son père à l’occasion de l’une de ces soirées lui fait prendre le virage dangereux de la vengeance et de la violence, qui ne le quitteront pas pendant plusieurs années.

Nicolas Mathieu raconte ainsi l’histoire banale d’Anthony, adolescent vivant dans un milieu populaire et dans une famille meurtrie par la violence paternelle. Même si Anthony est le personnage central autour duquel tous les autres personnages gravitent, Leurs enfants après eux est constitué d’une myriade d’autres personnages, tous aussi profonds les uns que les autres. Pendant quatre étés, ces personnages évoluent dans leur rapport aux autres et dans leurs ambitions, qui restent toutefois fortement contraintes par le poids de l’héritage social. Il y a notamment ce petit groupes d’amis vivant dans la cité de la ville, qui, comme Anthony, s’ennuient particulièrement pendant leurs vacances. Il y a aussi les adolescents plus privilégiés, et notamment deux copines, qui découvrent l’amour et la sexualité pendant ces étés.

Nicolas Mathieu a un véritable don pour brosser le portrait d’une jeunesse ordinaire. Tout le roman est emprunt d’un profond réalisme, que ce soient les descriptions des personnages ou de la ville, mais aussi les dialogues. L’équilibre entre dialogues et narration/description est parfait, donnant un rythme appréciable au livre. Aucun personnage n’est caricatural et ils ont tous quelque chose d’attachant. Quant à l’idée de les suivre sur quatre étés entre 1992 et 1998, c’est tout simplement brillant : on les voit ainsi grandir grâce aux ellipses narratives. Je n’ai eu qu’une seule difficulté dans cette lecture, c’est un moment de flottement : je ne comprenais pas où l’auteur voulait en venir et cherchais des rebondissements ou une intrigue particulière, jusqu’à ce que je comprenne que l’intérêt de celui-ci était d’abord de suivre le quotidien estival de ces jeunes. Bien évidemment, on finit par comprendre qu’il y a bien un fil rouge, celui du vol de la moto et de ses répercussions, mais ce n’est finalement qu’une excuse pour faire interagir les personnages et voir leur évolution.

Référence

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, éditions Actes Sud, 432 pages

Chavirer – Lola Lafon

Dans les années 1980, Cléo est une adolescente ordinaire, passionnée de danse. Elle espère pouvoir percer dans ce domaine très compétitif et en faire son métier. Ainsi, lorsqu’une femme l’aborde à l’issue d’un cours de danse, pour lui proposer de candidater au sein d’une fondation qui pourra l’aider à devenir une danseuse reconnue, elle mord à l’hameçon. Cléo est immédiatement séduite par les promesses de gloire et par les magnifiques cadeaux que lui fait cette femme, sans prendre garde. Elle entre ainsi, petit à petit, dans un réseau de pédocriminalité dont elle a beaucoup de mal à sortir, au point d’en devenir un rouage à part entière. En effet, Cléo devient « recruteuse » de jeunes collégiennes pour la « fondation », ce qui lui offre à la fois des revenus mais aussi l’espoir de bénéficier des aides de celle-ci dans sa quête de reconnaissance.

Une trentaine d’années plus tard, une enquête policière est lancée concernant un réseau mêlant escroquerie et prédocriminalité. Des témoins sont recherchés pour nourrir l’enquête et débusquer les anciens responsables et membres de la dite « fondation ».

J’ai dévoré ce roman à une vitesse folle, me laissant entièrement engloutir dans cette histoire particulièrement réaliste et jamais voyeuriste. De la même manière que Cléo se fait aspirer par la « fondation » et que l’engrenage se met en route sans jamais s’arrêter, j’ai ressenti cet effet « rouleau compresseur » en tant que lectrice : impossible de reposer le livre, j’étais sous l’emprise de cette histoire. Au-delà de l’histoire en tant que telle et des personnages, le rythme de l’écriture de Lola Lafon y est certainement pour beaucoup : on a le sentiment que tout s’enchaîne avec une fluidité et une rapidité déconcertantes, probablement grâce à un dosage parfait entre narration et dialogues. Petit à petit, de plus en plus de personnages viennent étoffer le roman. Ils apportent tous une touche utile même si leur nombre ne me permettra pas de me souvenir de tous.

Une fois de plus (comme pour La petite communiste qui ne souriait jamais), Lola Lafon excelle à raconter le corps des femmes, que ce soit à travers cette tragédie de pédocriminalité mais aussi et surtout à travers la passion de Cléo pour la danse. Les chapitres sur sa vie d’adulte en tant que danseuse professionnelle sont passionnants. On y découvre des vérités que l’on soupçonnait, à savoir la précarité de ce métier mais aussi les souffrances physiques qu’il engendre.

Tout m’a absolument plu dans Chavirer et je ne saurais pas trouver un quelconque bémol. Je pense qu’il est à la portée de tous et plaira autant à des lecteurs occasionnels qu’à de grands lecteurs. Voici une belle pépite de cette rentrée littéraire.

Référence

Lola Lafon, Chavirer, éditions Actes Sud, 352 pages

Les dépossédés – Ursula K. Le Guin

Le roman se déroule dans un futur situé plusieurs centaines d’années après notre ère actuelle, sur des planètes lointaines de la notre. Sur Anarres, des hommes et des femmes ont construit une société nouvelle, de type anarchiste. Ils ont quitté la planète d’Urras, qui ne leur permettait pas de vivre selon des principes de liberté absolue. Les habitants des deux planètes ne communiquent pratiquement plus et un physicien renommé de la planète d’Anarres, Shevek, décide un jour de se rendre sur Urras pour tenter de renouer le dialogue. Il se heurte à des incompréhensions culturelles, du fait de la complexité des différences linguistiques mais surtout des normes comportementales, sociologiques, politiques. Ursula K. Le Guin bâtit sa narration sur plusieurs temporalités, celle du présent -la découverte par Shevek d’Urras- et celle du passé -la jeunesse de Shevek et sa construction en tant que citoyen et physicien.

La lecture de ce roman fut pour moi une corvée telle que je me suis arrêtée au bout d’un tiers. Les deux premiers chapitres demandent à la fois une certaine concentration mais aussi un lâcher-prise car il n’est tout simplement pas possible de réussir à intégrer toutes les informations liées à ces mondes. Ursula K. Le Guin fait le choix de placer son lecteur au beau milieu de ces planètes et de le laisser se débrouiller pour comprendre leur complexité. Elle ne lui tend pas la main, ne fait pas la moitié du chemin pour l’aider dans sa lecture. C’est un choix d’écriture avec lequel il m’arrive de manière générale d’avoir du mal et je dois dire que dans un contexte de récit utopique-SF, cela m’a totalement découragée.

Pour ceux qui s’accrochent, les deux chapitres suivants sont moins ardus, notamment parce qu’on observe la découverte d’Urras par Shevek, qui, comme le lecteur, ne comprend pas tout. Néanmoins, cela ne m’a pas suffit pour avoir envie de poursuivre ma lecture. Je n’ai en effet ressenti aucun attachement pour ce personnages -ou un autre. Les personnages existent en tant que rouage/partie d’un système social et politique et il m’a manqué toute un aspect émotionnel pour m’y intéresser.

Voici donc un roman que je ne saurais recommander sans prendre des risques importants qu’il ne plaise pas. Je pense qu’il y a certainement d’autres lectures plus prioritaires à faire en SF avant de se lancer dans celle-ci.

Référence

Ursula K. Le Guin, Les dépossédés, éditions Robert Laffont, traduction de Henry-Luc Planchat, 391 pages

Mon bilan de septembre

Qui dit septembre, dit rentrée littéraire ! La mienne fut assez calme, ne m’étant pas précipitée sur les nouvelles sorties. Au contraire, je n’ai lu que deux romans de cette rentrée mais deux très bons romans : Chavirer de Lola Lafon et Un jour ce sera vide d’Hugo Lindenberg. Pour le reste, je me suis concentrée sur la préparation des épisodes des Bibliomaniacs et quelques lectures album/BD.

Mon coup de coeur

Mes autres lectures

Mes abandons ou déceptions

Et vous, qu’avez-vous repéré dans cette rentrée littéraire ?