Bibliomaniacs #38

Envie de remonter le temps ? et même de voyager à bord d’un vaisseau spatial ? Pour notre 38ème émission des Bibliomaniacs, nous vous faisons remonter le temps. Prenez garde au déphasage temporel et aux incongruités historiques qui pourraient survenir !

Nous vous parlons de :

  • L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu
  • La guerre éternelle de Joe Haldeman
  • Sans parler du chien de Connie Willis

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La guerre éternelle – Haldeman & Marvano

guerreeternelle_intDes hommes sont partis dans l’espace, afin de coloniser des planètes lointaines. Près de la constellation du Taureau, l’un des vaisseaux des colons est attaqué ; des femmes et des enfants périssent. Un nouvel ennemi est déclaré : les Taurans. Pour protéger les humains contre cet ennemi étranger inconnu et effrayant, un corps militaire spécial est créé : une sorte d’armée de l’ONU pour l’exploration spatiale. 50 hommes et 50 femmes constituent l’élite de cette armée ; ils ont été choisis pour leur haut QI et leur excellente condition physique.

William Mandella fait partie de ce corps militaire d’élite et raconte son quotidien dans cette guerre dont il ne voit pas la fin : le casus belli, l’enrôlement, la préparation militaire, les combats, les pertes humaines, la célébration des héros…

« J’ai le sentiment qu’il va y avoir encore beaucoup de morts, beaucoup de chagrin… » (page 76)

Cette adaptation BD du roman de Joe Haldeman commence par un avant-propos particulièrement intéressant. Celui-ci est à lire avant de débuter la BD, afin de faciliter l’analyse comparative de celle-ci. Dans l’avant-propos, Joe Haldeman explique comment il en est venu à écrire ce roman et dans quel but. Lorsqu’il est revenu de la guerre du Vietnam, il a très rapidement ressenti le besoin d’écrire sur cette expérience traumatisante, ce qu’il fit. Lire la suite de « La guerre éternelle – Haldeman & Marvano »

L’arabe du futur (1978-1984) – Riad Sattouf

arabe_c1-hautedefRiad Sattouf est le fils d’une bretonne et d’un syrien, élevé entre la France, la Libye et la Syrie. Ses parents se sont rencontrés en France, lorsque son père était étudiant en doctorat. Après la naissance de leur fils, ils partent vivre en Libye, où il a accepté un poste de professeur. Ils y découvrent un pays sous la dictature de Kadhafi, avant de vivre sous celle de Al-Assad en Syrie. Panarabiste, le père de Riad voit de façon positive ces dictatures et considère que le peuple doit être éduqué avec autorité.

Riad Sattouf raconte donc ses années d’enfance entre ces pays : découverte de sa famille paternelle en Syrie, expériences scolaires et amicales traumatisantes, souvenir des odeurs et des goûts de son enfance…  Lire la suite de « L’arabe du futur (1978-1984) – Riad Sattouf »

Les crocodiles – Thomas Mathieu

crocodilesThomas Mathieu est à l’origine un dessinateur-blogueur qui postait sur son blog et sous la forme de dessins des histoires vécues par les femmes de son entourage. Il se servait de ce média pour dénoncer le harcèlement quotidien et banalisé que subissent beaucoup de femmes.

Dans Les crocodiles, il compile tous les dessins qu’il a réalisés sur son blog nommé « Projet crocodiles ». Sous ce titre, il veut montrer que n’importe quel homme peut constituer un prédateur aux yeux d’une femme, mais également que certaines femmes usent des mêmes mots et attitudes que ces prédateurs sans nécessairement en avoir conscience.

Plus de la moitié de la BD est ainsi constituée de récits de harcèlement particulièrement choquants, qui se déroulent très souvent dans la rue ou les transports en commun mais aussi dans des espaces privés (soirée, cercle familial…). En dessinant les hommes sous la forme de crocodiles, le lecteur prend immédiatement conscience de l’appropriation masculine de l’espace public. La force de cette BD et de ce « concept » est de visualiser en un coup d’œil cette violence, qu’elle soit physique ou symbolique.

La deuxième partie de la BD propose des solutions de réaction et de réponse dans des situations de harcèlement, Lire la suite de « Les crocodiles – Thomas Mathieu »

Wake up America – John Lewis, Andrew Aydin, Nate Powell

couv_206316En 2009, le député américain John Lewis assiste à la cérémonie d’investiture de Barack Obama. Il a dû affronter d’immense batailles pour en arriver jusque-là.

A la fin des années 1950 et au début des années 1960, John Lewis a fait des études à l’université mixte de Nashville pendant la ségrégation. A cette époque, il voulait en faire plus pour le mouvement des Civil Rights. C’est ce qui le poussa à écrire à Martin Luther King, en lui demandant de l’aider à être transféré à l’université de Troy dans l’Alabama. Mais sans le soutien de ses parents, il dut rester à Nashville, où il fit son éducation politique grâce à sa rencontre avec Jim Lawson. C’est ce dernier qui l’initia à la pratique de la non-violence. Ils s’organisèrent en un groupe et firent des sit-in dans des restaurants qui refusaient de servir des noirs ou des blancs accompagnant des noirs.

13934Le deuxième tome de cette biographie graphique raconte l’implication de John Lewis dans le mouvement des Freedom riders : ces « voyageurs de la liberté » montaient dans des bus à destination du sud des Etats-Unis alors même que la compagnie qui les gérait pratiquait la ségrégation. Ce tome est beaucoup plus sombre puisqu’il traite d’événements sanglants. Il met en lumière la prise de conscience du gouvernement Kennedy, qui commence à intervenir sur la question de la discrimination raciale.

Ce que j’ai surtout apprécié dans ce deuxième tome est qu’il met en avant les débats des militants ainsi que les risques d’éclatement du SNCC. Lire la suite de « Wake up America – John Lewis, Andrew Aydin, Nate Powell »

Le mercredi, c’est BD #7 – Blankets – Craig Thompson

blanketstome01Craig est élevé dans le Wisconsin, au sein d’une famille populaire très croyante et pratiquante. Il est élevé dans la foi protestante et toute sa vie est tournée vers dieu : ses lectures, ses pensées, ses loisirs du week-end et même ses vacances. Ses parents n’ont pas beaucoup d’argent, ce qui le contraint à vivre dans une grande promiscuité avec son frère Phil et dans des conditions peu propices à l’épanouissement.

Alors qu’il est en colonie de vacances (religieuse, of course!), il rencontre une adolescente qui vient du Michigan et qui le fascine immédiatement. Raina est elle aussi quelqu’un de solitaire mais elle assume ce trait de caractère et ne semble pas mal vivre son adolescence. Fou amoureux d’elle, Craig réussit à convaincre ses parents de le laisser partir deux semaines en vacances dans la famille de Raina dans le Michigan.  Lire la suite de « Le mercredi, c’est BD #7 – Blankets – Craig Thompson »

Le mercredi, c’est BD ! #6 – Lydie – Jordi Lafebvre et Zidrou

zidrou-lafebvre-lydie« C’est incroyable la quantité de larmes qu’il peut y avoir dans une seule personne ! » (page 17)

Camille est enceinte et accouche d’une petite fille morte-née en 1932. Elle la prénomme Lydie. Camille est célibataire et vit chez son père, qui est cheminot. Deux mois après l’enterrement de Lydie, Camille est persuadée que les anges la lui ont ramenée sur terre et fait comme si elle était toujours vivante : elle berce, nourrit, parle et joue avec un fantôme. Mais elle est heureuse !

Les habitants de l’impasse où vivent Camille et son père sont des gens simples et bienveillants. Lire la suite de « Le mercredi, c’est BD ! #6 – Lydie – Jordi Lafebvre et Zidrou »

Le lundi, c’est BD ! #5 – Jane, le renard et moi – Isabelle Arsenault et Fanny Brit

jane12Hélène est une petite fille très timide, qui a l’habitude de rester seule dans son coin, que ce soit en classe comme dans la cours de récréation. Elle craint les autres enfants de sa classe, qui la maltraitent : elle est constamment moquée et montrée du doigt par les pimbêches qui la considèrent comme trop grosse. Hélène en développe une profonde aversion pour sa propre image et passe son temps à se dévaloriser et à se mépriser.

« […] n’oublie jamais que tu es une misérable saucisse. » (page 83)

Jane, le renard et moi raconte le quotidien d’une pré-adolescente mal dans sa peau à cause du regard des autres. Lire la suite de « Le lundi, c’est BD ! #5 – Jane, le renard et moi – Isabelle Arsenault et Fanny Brit »

Le lundi, c’est BD ! #4 – Les cahiers d’Esther, Histoires de mes 10 ans – Riad Sattouf

esther1Esther a presque 10 ans au début de cette bande dessinée. C’est une petite fille ordinaire, qui est scolarisée dans une école privée malgré le fait que ses parents soient d’un milieu social modeste. Pour son père, il est important de protéger sa fille en ne la mettant pas dans une école publique.

« Mon père, c’est un ange. J’ai jamais rencontré quelqu’un d’autre comme lui. J’ai beaucoup de mal à croire que c’est un garçon. » (page 18)

A travers les bons mots d’Esther, Riad Sattouf raconte le quotidien d’une enfant de 10 ans mais il raconte aussi, et de façon indirecte, l’actualité sociale et politique française Lire la suite de « Le lundi, c’est BD ! #4 – Les cahiers d’Esther, Histoires de mes 10 ans – Riad Sattouf »

Le lundi, c’est BD ! #3 – Culottées

culottees8Célementine Delait, Nzinga, Margaret Hamilton, Les Mariposas, Josephine van Gorhum, Lozen, Annette Kellerman, Delia Akeley, Josephine Baker, Tove Jansson, Agnodice, Leymah Gbowee, Gioryina Reid, Christine Jorgensen, Wy Zertian : quel est le point commun à ces 15 femmes, de nationalités, d’âge, de culture différentes ?

Elles ont toutes fait preuve d’une volonté farouche, d’un sens de l’indépendance et de la liberté. Elles entreprennent ce dont elles ont envie. Certaines d’entre elles ont eu une vie qui n’a pas eu d’impact politique quand d’autres ont été de vraies militantes. Elles ont toutes pour point commun d’assumer leur position et de ne pas se laisser dicter de conduite.

Quelle magnifique couverture ! J’aime toujours autant les dessins de Pénélope Bagieu, qui véhiculent toujours une dose d’humour dans sa façon de raconter. J’apprécie tout particulièrement qu’elle se moque des préjugés. Le portrait de chacune de ces femmes se termine par un beau dessin très gai et très coloré (et sans bulle) sur une double page résumant la femme en question.

Toutefois, j’ai trouvé que les portraits étaient souvent trop courts, trop synthétiques à mon goût. Comme j’aimerais que Pénélope Bagieu fasse une BD entièrement consacrée à Josephine Baker !

Il n’empêche, cette BD est une sacrée belle découverte. Comme j’ai hâte de m’offrir et de découvrir le tome 2 !

 

Référence

Pénélope Bagieu, Culottées, éditions Gallimard, 143 pages