Crazy brave – Joy Harjo

HARJO

Joy Harjo est une poétesse américaine reconnue aux Etats-Unis. Dans ce texte autobiographique, elle raconte son enfance difficile, au sein d’une famille indienne (Cherokee et Creek) qui se déchira. Sa mère choisit de se remarier avec un homme blanc qui devint extrêmement violent une fois le mariage prononcé. Joy Harjo connut d’abord la tristesse d’avoir un père biologique alcoolique et absent puis la douleur d’avoir un second père abusif et violent. Elle réussit à s’enfuir de cet enfer grâce à l’université, où elle développa ses talents artistiques.

A travers ce récit, j’imagine facilement l’univers poétique de Joy Harjo. Je me l’imagine fait de songes poétiques, ceux que l’on retrouve au début de ce texte et qui constituent les pierres qui ont construit son enfance. Ces évocations oniriques ne plairont probablement pas à tous les lecteurs et les plus pragmatiques d’entre eux regretteront peut-être le manque de réalisme. Ils ne seront pas déçus par la suite : une enfance synonyme de violence et d’emprisonnement, jusqu’à la libération grâce à l’école. Lire la suite de « Crazy brave – Joy Harjo »

Avant que j’oublie – Anne Pauly

PAULYQuatrième de couverture : « Il y a d’un côté le colosse unijambiste et alcoolique, et tout ce qui va avec : violence conjugale, comportement irrationnel, tragi-comédie du quotidien, un « gros déglingo », dit sa fille, un vrai punk avant l’heure. Il y a de l’autre le lecteur autodidacte de spiritualité orientale, à la sensibilité artistique empêchée, déposant chaque soir un tendre baiser sur le portrait pixelisé de feue son épouse ; mon père, dit sa fille, qu’elle seule semble voir sous les apparences du premier. Il y a enfin une maison, à Carrières-sous-Poissy et un monde anciennement rural et ouvrier.

De cette maison, il va bien falloir faire quelque chose à la mort de ce père Janus, colosse fragile à double face. Capharnaüm invraisemblable, caverne d’Ali-Baba, la maison délabrée devient un réseau infini de signes et de souvenirs pour sa fille qui décide de trier méthodiquement ses affaires. Que disent d’un père ces recueils de haïkus, auxquels des feuilles d’érable ou de papier hygiénique font office de marque-page ? Même elle, sa fille, la narratrice, peine à déceler une cohérence dans ce chaos. Et puis, un jour, comme venue du passé, et parlant d’outre-tombe, une lettre arrive, qui dit toute la vérité sur ce père aimé auquel, malgré la distance sociale, sa fille ressemble tant. »

Etonnamment, Lire la suite de « Avant que j’oublie – Anne Pauly »

Mon bilan de janvier

Voici une année qui commence en demi-teinte : des périodes de maladie m’ont à la fois beaucoup fatiguée en l’espace de quelques semaines seulement alors que j’avais terminé 2019 en parfaite santé. Mais la grippe m’a aussi permis de lire, clouée au lit… Je vous parlerai de mes deux coups de coeur de janvier dans les prochains jours !

Mes coups de coeur

Mes autres jolies lectures

 

Et la bonne nouvelle, c’est que je n’ai abandonné aucune de mes lectures. Certes, j’ai eu du mal à lire Agota Kristof mais je ne classe pas pour autant ces deux livres comme étant décevants puisqu’ils m’ont apporté quelque chose, même si je n’ai pas pris de plaisir à les lire.

Le grand cahier – Agota Kristof

kristof2Pendant la Seconde Guerre mondiale, deux jeunes garçons sont laissés par leur mère chez leur grand-mère. Alors même que leur mère sait qu’ils risquent d’être maltraités, elle n’a pas d’autre choix, du fait du manque de nourriture en ville. Les jumeaux vivent totalement délaissés par leur grand-mère, qui ne leur procure que la nourriture qu’il leur manquait jusqu’à présent. Pour le reste, c’est à eux-mêmes de se débrouiller pour se vêtir, se laver, s’éduquer, etc. Malgré le fait qu’ils ne soient que des enfants, ils ont conscience qu’ils ne doivent pas se laisser aller et s’astreignent à des leçons scolaires et à des exercices très particuliers. Lucides sur le fait que la vie ne sera pas tendre avec eux, ils se mettent immédiatement à réaliser des exercices d’endurcissement pour être capable de supporter la douleur.

Parmi les devoirs qu’ils se donnent, il y a celui de réaliser une rédaction de deux pages dans un grand cahier, chacun de ces chapitres devant décrire leur quotidien. C’est ce grand cahier qui est l’objet de ce livre, les narrateurs étant un « nous », ces jumeaux n’existant pas individuellement.

« Les mots qui définissent les sentiments sont très vagues, il vaut mieux éviter leur emploi et s’en tenir à la description des objets, des êtres humains et de soi-même, c’est-à-dire à la description fidèle des faits. »

La très grande particularité de ce roman est donc son style, propre au choix de narration fait par les jumeaux, qui refusent de raconter autrement que par des faits. Ils reportent méticuleusement et de manière très succincte les faits saillants d’un épisode de leur journée : la visite chez le libraire, la saleté de la maison, la pédocriminalité d’un grand nombre de personnes de leur entourage, etc. Des scènes très violentes sont ainsi racontées de manière brutales, sans aucun recul de leur ressenti. Il m’a ainsi été très difficile de me faire un avis car au stade du premier tome de cette trilogie, je ne vois pas encore l’intérêt littéraire de ce choix narratif. Les deux frères sont confrontés à la violence en permanence, ils ne reçoivent aucun amour et ne voient que très peu d’actes de bienveillance. Tout est très sombre, mais je ne savais que faire de tout cela. Cette originalité a toutefois piqué ma curiosité et me fera ouvrir le second volume de cette saga : La Preuve.

Référence

Agota Kristof, Le grand cahier, éditions du seuil, 191 pages

In Waves – AJ Dungo

DUNGOAJ Dungo a rencontré le grand amour quand il était lycéen. Kristen était une jeune femme altruiste et pleine de vie. Ils avaient une passion commune, celle du surf, mais ne purent presque jamais la vivre ensemble. Ce fut d’abord la faute des études puis celle de la maladie. Les médecins diagnostiquèrent un cancer des os à Kristen au début de sa relation avec AJ. Pour se battre contre ce cancer, elle prit la décision de se faire amputer de la jambe, ce qui ne l’empêcha pas de surfer de nouveau un jour. Mais en 2016, parce que son cancer a métastasé, il ne lui reste plus que six mois à vivre. 

« Cela vient par vagues. Le vide est constant. Mais le chagrin du deuil n’a pas de forme propre. Il va et il vient. »

A travers les dessins d’AJ Dungo, Kristen vit éternellement. Il raconte les souvenirs de Kristen comme si des vagues d’émotions l’envahissaient puis repartaient pour mieux revenir plus tard. Il fait le choix d’utiliser un très beau camaïeu de bleus pour la narration de leur relation : le bleu des vagues, celles de leur passion pour le surf et la mer et celles du deuil qui ne s’arrêtent pas d’aller et venir. Il se rémémore les moments marquants de leur relation tantôt avec humour, tantôt avec une intense émotion, parfois avec poésie et surtout avec la tristesse de la sensation de manque. Certaines scènes sont d’une très belle intensité tout en Lire la suite de « In Waves – AJ Dungo »

Bibliomaniacs – Episode 68

Je n’ai pas pu enregistrer l’émission de janvier avec les amies des Bibliomaniacs mais je vous partage le contenu de cette très belle émission :

  • Mon Territoire, de Tess Sharpe, traduit par Héloïse Esquié, publié chez Sonatine, 566 pages.
  • Corruption, de Don Winslow, traduit par Jean Esch, publié chez Harper Collins (broché et poche), 592 pages.
  • Le Journal d’Asta, de Ruth Rendell, traduit par Pierre Ménard, publié chez Calmann Levy, 436 pages.

Vous pouvez retrouver l’émission sur notre site internet et sur toutes les applis de podcast. Bonne écoute !

Bibliomaniacs – Episode 67

IMG_20191207_192915_347Voici un épisode passionnant, pour terminer l’année 2019 en beauté !

Nous avons eu la joie d’enregistrer cette émission avec Claire Berest, dont j’avais beaucoup aimé le dernier roman, Rien n’est noir. Avec Claire, nous avons concocté une très belle affiche française :

  • Le Bal des Folles de Victoria Mas, publié chez Albin Michel
  • Avant que j’oublie d’Anne Pauly, publié chez Verdier
  • Soeur d’Abel Quentin, publié aux éditions de l’Observatoire

Quel plaisir de passer une heure à parler littérature avec Claire : j’ai été immédiatement à l’aise (même si j’étais tout de même impressionnée et stressée), j’ai beaucoup apprécié sa bienveillance et son humour. Elle a un don pour parler de ses lectures avec passion ! Nous avons immortalisé ce moment en prenant quelques photos colorées et fleuries, en référence à Frida Kahlo bien sûr.

Comme d’habitude, vous pouvez retrouver le podcast sur n’importe quelle appli d’écoute ou sur notre site internet. Et si vous voulez nous donner un petit coup de pouce, vous pouvez le faire en nous offrant un mini pourboire par ici.

Bonne écoute !

Soeur – Abel Quentin

QUENTIN« Jenny est morte et vive Chafia, elle, est invulnérable. » (page 161)

Jenny Marchand semble être une adolescente ordinaire. Elle est une jeune fille solitaire et introvertie mais s’efforce de nouer des liens avec les lycéens de sa classe. Les rejets et le harcèlement qu’elle subit de leur part l’enferment de plus en plus sur elle-même, de même que sa relation avec ses parents. En quête d’une oreille compatissante, elle fait la rencontre sur internet d’une jeune fille qui prend le temps de l’écouter et qui la plaint. Elle développe alors des relations de plus en plus intenses avec un groupe de jeune filles dont la pratique et la vision de l’Islam sont extrêmes. Certaines d’entre elles rêvent de partir en Syrie, de s’y marier, et de participer au Djihad. A leur contact, Jenny devient Chafia, se transforme totalement. Peu attentifs à leur enfant, ses parents sont témoins de son changement sans pour autant s’y intéresser réllement et sans s’en inquiéter. Lire la suite de « Soeur – Abel Quentin »

Mille femmes blanches – Jim Fergus

FERGUS2

En 1874, le grand chef cheyenne Little Wolf rencontre le président américain Ulysse Grant. Jim Fergus imagine le contenu de leur échange : Grant promet à Little Wolf de lui fournir mille femmes blanches que les indiens de sa tribu pourront épouser, ce qui constitue un gage de paix. Des femmes se portent volontaires pour intégrer ce programme, qu’elles considèrent parfois comme une échappatoire à leur situation tragique : certaines sont emprisonnées, d’autres internées ou dans grand état de pauvreté.

May Dodd a abandonné sa riche famille pour vivre librement avec celui qu’elle aime. Elle a fondé une famille et élève ses deux enfants avec son conjoint. Un jour, elle est internée de force par sa famille, qui ne peut supporter cette vie en dehors des codes sociaux et religieux puisqu’elle ne s’est jamais mariée. May fait partie de ces femmes qui choisirent d’intégrer le programme, dans l’espoir de recouvrer un jour sa liberté et de retrouver ses enfants. Lire la suite de « Mille femmes blanches – Jim Fergus »

Le ghetto intérieur – Santiago H. Amigorena

AMIGORENA

Vicente Rosenberg a fui l’Europe dans les années 1920. Il est parti très loin de sa famille, qu’il n’a pas réussi à convaincre de quitter la Pologne. Il a construit une nouvelle vie en Argentine, où il a fondé une famille avec son épouse Rosita et tient une boutique d’ameublement.

En 1940, Vicente commence à regretter de ne pas avoir maintenu de lien épistolaire avec sa mère, qui lui réclame de moins en moins souvent des nouvelles. Avec ses amis juifs, ils se demandent ce qu’il se passe outre-Atlantique. Vicente s’intéresse à l’actualité politique et à la guerre, le lien avec sa mère qui vit dans le ghetto de Varsovie étant pratiquement rompu pour cause de guerre.

La culpabilité de ne pas avoir convaincu sa famille de quitter l’Europe et Lire la suite de « Le ghetto intérieur – Santiago H. Amigorena »