Epépé – Ferenc Karinthy

karinthyDubaï est un linguiste hongrois qui s’envole en avion afin de participer à une conférence à Helsinki. Mais ce n’est qu’une fois arrivé à l’hôtel qu’il se rend compte que son avion n’est pas arrivé à bon port : sous le coup de la fatigue, de la foule et de l’empressement, il ne s’est pas rendu compte qu’il était dans une ville inconnue, qu’il était monté dans un bus par mécanisme et qu’on lui avait pris son passeport et gardé ses valises.

A l’hôtel, il se rend compte qu’il est incapable de comprendre un seul mot de la langue parlée dans cette ville. Il n’est pas plus capable de déchiffrer l’écriture de cette langue alors même qu’il est linguiste et qu’il en parle deux douzaines ! Dubaï erre dans la ville, impuissant et en colère : non seulement il n’arrive pas à obtenir de l’aide des habitants de cette mystérieuse cité mais il ne sait pas non plus se débrouiller pour arriver à commander un repas au restaurant. Comment se sortir de ce cauchemar linguistique ?

Il est rare d’être touché par un livre au point de savoir au bout de cinq pages ce que nous en penserons tout du long. Ce fut le cas avec celui-ci, qui m’a profondément ennuyée dès le début.

L’idée d’un linguiste perdu parmi des personnes dont il ne comprend pas la langue est une idée brillante mais l’histoire est racontée de manière bien trop plate pour que j’y trouve un quelconque intérêt. La tâche est bien évidemment difficile puisque les dialogues sont pratiquement absents, du fait de la nature de l’intrigue. Or, les dialogues ont toujours constitué pour moi un outil de dynamisme et de vie dans un livre. Dubaï n’arrivant pas à communiquer, il est l’unique personnage de ce roman, les autres personnes constituant un groupe incompréhensible dont peu se détachent et dont on ne sait absolument rien. Dès lors, l’identification est impossible.

Que reste-t-il alors pour plaire au lecteur ? Il ne reste plus que les tribulations d’un homme sans aucun intérêt dans une ville dont on ne comprend rien. Ne cherchez pas d’humour ou de second degré pour vous rendre la lecture agréable, il n’y en a pas. J’ai abandonné cette lecture au bout d’une centaine de pages, avec la frustration de ne pas comprendre ce que d’autres grandes lectrices comme Léo ou Coralie lui trouvaient et la sensation d’être peut-être passée à côté de quelque chose.

Référence

Ference Karinthy, Epépé, éditions Zulma, traduction de Judith et Pierre Karinthy, 285 pages

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Un barrage contre le Pacifique – Marguerite Duras

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Dans les années 1930 en Indochine, une femme se bat contre l’administration coloniale française qui met tout en oeuvre pour la ruiner. Cette femme, que l’on ne connaît que sous le nom de « la mère », a acheté une concession agricole avec l’argent économisé pendant 15 ans, sans savoir que cette concession était inexploitable. Elle fit partie d’un grand nombre de français à qui fut attribué un terrain régulièrement inondé par le Pacifique, faute de pouvoir graisser la patte d’un agent colonial.

Aidée des villageois et de ses enfants, elle tenta de lutter contre le Pacifique en construisant des digues, qui ne tirent pas longtemps. Ruinée, elle est complètement désespérée d’avoir gaspillée autant d’années d’économies dans un projet stérile qu’elle ne pourra pas léguer à ses deux enfants, Joseph (20 ans) et Suzanne (17 ans).

L’unique solution de survie de ses enfants est la fuite : ils ne conçoivent pas de rester vivre dans ce lieu infertile, terre de malheur et de désespoir. Mais il leur est également extrêmement difficile d’abandonner leur mère. Pour essayer de s’en sortir, ils ne voient que peu de moyens : gagner de l’argent très rapidement (et pas nécessairement de manière honnête) et marier Suzanne à un homme riche.

« M. Jo s’empara de la main de Suzanne pour la retenir de glisser dans la cruauté. » (page 103)

Je n’avais absolument pas idée de ce qui m’attendait en lisant ce roman et j’étais à mille lieux d’envisager le poids de noirceur et de cruauté contenu dans celui-ci. Lire la suite de « Un barrage contre le Pacifique – Marguerite Duras »

Première neige sur le Mont Fuji -Yasunari Kawabata

9782253069355-001-tCe petit livre d’un peu plus d’une centaine de pages est un recueil de six courtes nouvelles Yasunari Kawabata, un écrivain « classique » japonais qui obtint le Prix Nobel de littérature en 1968.

Les six nouvelles sont plus ou moins courtes et certaines m’ont plus touchées que d’autres. C’est notamment le cas de la première nouvelle, qui donne son nom à ce recueil : Jirô et Utako sont d’anciens amants qui se retrouvent par hasard des années après d’être perdus de vue. Ils se sont aimés dans leur jeunesse pendant la Seconde Guerre mondiale et Utako, enceinte de Jirô, fut contrainte d’abandonner leur enfant et d’épouser un autre homme avec lequel elle fut malheureuse. Ils se retrouvent dans leur vieillesse à Hakone et se remémorent leur jeunesse. Cette magnifique nouvelle m’a touchée par les sentiments et l’ambiance qui s’en dégagent : calme et repos malgré un regret et une nostalgie omniprésents. Lire la suite de « Première neige sur le Mont Fuji -Yasunari Kawabata »

Infidélités – Vita Sackville-West

cvt_infidelites_3415Ce recueil de nouvelles regroupe quatre histoires dont le point commun est la thématique de la fidélité au sens large. Dans la première nouvelle, une vieille femme accueille son fils de 30 ans chez elle. Il revient d’Argentine où il a passé cinq années. Elle rêve de le voire prendre la tête du domaine dont elle est la propriétaire. Malheureusement, celui-ci ne se voit absolument pas passer sa vie dans cette campagne anglaise où il s’ennuie. Cette nouvelle est de loin ma préférée. J’y ai beaucoup aimé le sens du détail dans les descriptions et la capacité de Vita Sackville-West à faire entendre les non-dits de ses personnages. Mais ce qui m’a le plus époustouflée est le sens brillant de la chute : une chute exquise et tragique en une page seulement !

La deuxième nouvelle, qui ne m’a absolument pas marquée, un personnage raconte un souvenir d’un amour de jeunesse. La troisième nouvelle est l’histoire d’une femme qui aime un marin qu’elle ne voit qu’un mois par an. De cette nouvelle très courte, j’ai également beaucoup aimé la chute. Enfin, dans la quatrième nouvelle, Vita Sackville-West établit une intrigue un peu plus ique sur la thématique de la fidélité, celle de deux amants qui redoutent le moment où l’époux extérieur à leur couple découvrira l’infidélité de sa femme.

Bien que je n’ai pas trouvé toutes ces nouvelles égales, je vous recommande vraiment la lecture de ce recueil, au moins pour la première nouvelle. Il s’agit de la plus longue mais également de celle qui est la plus touchante et dont la chute est la plus exquise.

Référence

Vita Sackville-West, Infidélités, éditions Autrement, 170 pages