L’origine des autres – Toni Morrison

MORRISON« La race est la classification d’une espèce et nous sommes la race humaine, point final. Alors quelle est cette autre chose : l’hostilité, le racisme social, la fabrication de l’Autre ? » (page 25)

La race est une idée et non un fait. Pour l’instaurer, il a donc fallu développer l’idée d’une altérité : fabriquer l’Autre. Ce processus est notamment passé à travers la littérature. La case de l’oncle Tom n’a ainsi pas été écrit pour les noirs mais pour les blancs. Cette littérature a permis aux blancs de cautionner des actes inhumains en les justifiant par le fait que les noirs avaient besoin de cette domination du fait de leur infériorité.

En réalité, les noirs furent indispensables à une définition blanche de l’humanité. En fabriquant un Autre noir, les blancs américains créaient leur propre identité.

« La nécessité de faire de l’esclave une espèce étrangère semble une tentative désespérée pour confirmer que l’on est soi-même normal. » (p.34)

Ce livre de Toni Morrison est extrêmement riche car il puise à la fois dans l’Histoire américaine mais aussi dans la sociologie, afin de comprendre comment et pourquoi le racisme est né aux Etats-Unis. Lire la suite de « L’origine des autres – Toni Morrison »

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A l’orée du verger – Tracy Chevalier

G01351_A_L_oree_du_verger.inddRobert Goodenough a grandi dans une famille pauvre et désunie de l’Ohio dans les années 1830. Ses parents passent leurs journées à se disputer violemment. Sa mère ne s’abreuvant que d’eau-de-vie de pommes, elle passe ses journées ivre, est devenue une femme violente et haineuse. Elle en veut terriblement à son mari de refuser de quitter la région du Black Swamp, une zone de marécages qui lui a déjà retiré cinq de ses dix enfants, morts de fièvre. Le père de Robert est passionné par la culture de ses pommiers dont il vit en vendant du cidre et de l’eau-de-vie.

Un drame oblige Robert à quitter précipitamment sa famille et à partir vers l’ouest, et à vivre au jour le jour en vendant sa main-d’oeuvre. Il croise la route d’un botaniste grâce auquel il peut allier travail et passion car comme son père, Robert a une grande curiosité pour les arbres.

Ayant toujours beaucoup apprécié les quelques romans que j’ai lus de Tracy Chevalier, je m’attendais à un véritable coup de cœur pour cette histoire de migrants se déroulant dans l’Amérique du XIXème siècle et touchant à des sujets fort intéressants : la nature, l’identité, la famille, etc.

Tout en ayant passé un agréable moment et sans regretter cette lecture, celle-ci m’a déçue. Il est difficile de s’attacher aux personnages, les parents de Robert étant truffés de défauts, leurs enfants n’occupant qu’une place très minime dans l’intrigue et les personnages annexes n’apparaissant qu’en fin de roman sans être développés. Lire la suite de « A l’orée du verger – Tracy Chevalier »

Le poids de la neige – Christian Guay-Poliquin

GUAY POLIQUIN« Je veux revoir ma femme ! […] Je veux la retrouver, je veux être à ses côtés. C’est tout ce qui m’importe. Je me fiche du reste. » (page 198)

Un jeune homme s’est fait secourir suite à un accident de voiture qui s’est passé sur une petite route au fin fond des forêts canadiennes. Grièvement blessé, il est placé sous la garde d’un vieil homme qui n’attend qu’une chose : l’opportunité de partir pour aller retrouver sa femme qui est hospitalisée dans une maison médicalisée bien plus loin, dans une grande ville. Mais la situation n’est pas des plus simples car tous les habitants de la région (et vraisemblablement du pays) sont coupés d’électricité depuis longtemps et survivent comme ils le peuvent.

L’hiver arrive et le village est de plus en plus coupé du monde. Les deux hommes sont petit à petit enfermés dans un huis clos dont les murs et le toits de la maison qu’ils occupent forment la limite. Tous deux doivent apprendre à vivre ensemble, à se faire confiance et à guérir.  Lire la suite de « Le poids de la neige – Christian Guay-Poliquin »

Un autre Brooklyn – Jacqueline Woodson

WOODSON2August est arrivée du Tennessee avec son père et son frère dans les années 1970. Ils se sont installés à Brooklyn après la mort de sa mère. Ce quartier de New-York fascina d’abord le frère et la sœur, qui le découvrirent à travers la fenêtre de la cuisine de leur appartement. Petit à petit, les deux enfants en firent la découverte rue après rue, bloc après bloc, au fur et à mesure qu’ils gagnèrent en liberté. C’est ainsi qu’August se lia d’amitié avec Gigi, Sylvia et Angela.

August raconte leur amitié, ainsi que leurs amours et leur adolescence. L’amitié de ces quatre fillettes constitua leur force mais la question au cœur du roman de Jacqueline Woodson est celle de la capacité de résistance de cette amitié face aux liens familiaux, à la jalousie et à l’ambition de chacune.

Comme j’ai aimé ce court roman sur la soif de liberté d’August ! La jeune fille a rapidement compris qu’elle ne gagnerait sa liberté qu’en restant indépendante vis-à-vis des hommes, qu’en réussissant ses études et en sortant de Brooklyn. Cela pourrait ressembler à un cliché mais cela a très bien fonctionné sur moi. Lire la suite de « Un autre Brooklyn – Jacqueline Woodson »

Mes plus belles lectures 2017

2017 m’aura permis de redécouvrir Romain Gary, écrivain dont je n’aurais jamais soupçonné la capacité à m’émerveiller après une première lecture catastrophique de l’un de ses romans, il y a plusieurs années.

Grâce aux Bibliomaniacs, j’ai également fait beaucoup de magnifiques découvertes, comme Catherine Cusset, Jean Hegland, Julia Kerninon, Jacques Roumain, Nathan Hill…

Voici, en images, mes coups de coeur 2017 :

 

Heather, par-dessus tout – Matthew Weiner

WEINERMark et Karen se sont rencontrés un peu par hasard, par amis interposés. Karen avait retenu le conseil de ses amies mariées, à savoir à quel point il était important d’épouser un homme avec un minimum de moyens financiers ou bien avec beaucoup de potentiel en la matière. Mark travaillait pour une société financière new-yorkaise et était particulièrement bien placé pour évoluer vers les postes les plus convoités. Leur couple s’est construit sans grande passion et sans qu’ils se posent vraiment de questions sur leur amour… un peu par opportunisme. Mais ils étaient bien, ensemble. Lorsqu’ils eurent leur fille Heather, Karen en fit une excuse pour se désinvestir de sa relation avec Mark. Son unique préoccupation fut l’éducation de celle-ci.

Bobby est un jeune homme qui vécut dans la misère financière et la tristesse affective : enfant d’une junkie, il n’avait que très peu de chance de sortir de ce milieu, fait de violences quotidiennes. Un jour, alors qu’il travaille sur un chantier dans l’immeuble de Mark et Karen, son regard est attiré par Heather, cette adolescente dont le corps le rend fou de désir.

Karen et Mark constituent le parfait exemple du couple malheureux qui vit dans le déni et pour qui il est de plus en plus difficile de défaire des années de malheur au fur et à mesure que le temps passe, comme si chaque année supplémentaire était un argument de plus dans le maintien de leur médiocrité amoureuse. Lire la suite de « Heather, par-dessus tout – Matthew Weiner »

Underground railroad – Colson Whitehead #MRL17

whiteheadAu XIXème siècle, Cora est une esclave de la propriété de la famille Randall. A l’âge de 16 ans environ, elle s’enfuit avec Ceasar, qui réussit à la convaincre de fuir malgré les risques que cela signifie. Cora est une jeune femme qui dut apprendre à se débrouiller seule dès l’âge de 10 ans, lorsque sa mère réussit à prendre la fuite de la propriété Randall. Cela fit d’elle une personne forte, au caractère indépendant.

Ceasar fait découvrir à Cora le chemin de fer clandestin qui les mènera jusqu’au Nord des Etats-Unis. Un commerçant les guide jusqu’à l’unique gare souterraine de Géorgie, première étape de leur voyage. En Caroline du sud, ils doivent changer d’identité pour survivre et échapper à ceux qui les traquent. Cora prend le nom de Bessie Carpenter et devient la propriété des Etats-Unis. Elle est nourrie et logée, on lui apprend à lire et écrire. Elle découvre la liberté : la sensation du coton sur la peau, la douceur de dormir dans un lit, le respect des blancs pour elle… Mais tout cela ne cacherait-il pas quelque chose ? Pourra-t-elle réellement vivre dans ce rêve toute sa vie ? Ses traqueurs ne finiront-ils pas par arriver jusqu’à elle ?

J’ai été immédiatement emportée dans l’histoire de Cora. Lire la suite de « Underground railroad – Colson Whitehead #MRL17 »

Les fantômes du vieux pays – Nathan Hill

 

hillFaye Andresen-Anderson est dans un parc public lorsqu’elle croise le chemin du gouverneur Packer en 2011. Ce dernier est en peine campagne électorale et est escorté par son entourage politique et des journalistes. Faye lui jette des graviers, ce qui est immédiatement repris par l’ensemble des médias, qui s’empressent de la traîner dans la boue et n’hésitent pas, pour ce faire, à ressasser des épisodes polémiques du passé de la quinquagénaire.

Son fils, Samuel Andresen-Anderson, est professeur d’anglais à l’université de Chicago. Il n’a pas vu sa mère depuis 20 ans, depuis qu’elle a quitté son père et qu’elle l’a laissé avec ce dernier alors qu’il n’avait que 11 ans. Samuel est un écrivain raté, qui n’a toujours pas réussi à écrire de second roman depuis la sortie de son premier livre. Son éditeur, à qui il doit une grosse avance sur son prochain livre depuis plusieurs années, le harcèle et le menace de contentieux. Pour le contenter, Samuel envisage alors d’écrire un récit hautement polémique sur sa mère. Pour cela, il va devoir reprendre contact avec elle et comprendre les épisodes qui constituent un mystère dans la vie de celle-ci et: ses quelques mois de vie étudiante à Chicago durant l’été 1968.

J’ai été immédiatement happée par ce roman, tellement les scènes sont rapidement installées et me sont apparues de manière très visuelles. Les dialogues y sont également pour beaucoup : très bien écrits, percutants et très drôles, ils créent toutes les conditions pour que le lecteur passe un excellent moment de lecture. Certaines scènes sont particulièrement exquises de par l’humour moqueur et cynique qui s’en dégage.

Ce gros pavé de 700 pages a l’immense mérite de se focaliser sur un nombre restreint de personnages, que le lecteur suit tour à tour et voit se développer tout au long du roman. On y croise notamment un gamer totalement accro, une étudiante dont le seul talent est la triche, de jeunes étudiants révolutionnaires, des adolescentes confrontées à des maternités non désirées… Alors que Nathan Hill aurait pu se retrouver pris au piège de la caricature, du cliché, il s’en sort merveilleusement bien, en peignant des individus très justes et profonds, plein de réalisme et d’humanité.

Vous l’aurez compris, si j’ai eu un tel coup de cœur pour ce roman, c’est dû à sa richesse et notamment à la richesse des thématiques qu’il aborde. Nathan Hill raconte tout d’abord l’Histoire américaine, celle de 1968 et des courants pacifistes, et celle beaucoup plus récente de la montée d’une tendance politique qui fait de la démagogie et de la polémique sa recette préférée. Pour cela, il place les histoires de ses personnages au sein de la grande Histoire, et manie parfaitement les thématiques de l’enfance, de l’adolescence, des relations maternelles, de la poursuite du bonheur, du retour aux origines…

J’ai refermé Les fantômes du vieux pays en l’ayant savouré jusqu’à la dernière page, avec la sensation d’avoir eu le souffle coupé tout du long. C’est LE grand roman de cette rentrée littéraire, ne passez pas à côté !

Référence

Nathan Hill, Les fantômes du vieux pays, traduction de Mathilde Bach, éditions Gallimard, 707 pages

Un immense merci aux éditions Gallimard pour cette magnifique découverte !

 

Une histoire des loups – Emily Fridlund

fridlundMadeline est une adolescente un peu solitaire, élevée par deux parents qui furent membres d’une communauté hippie. Ils vivent dans une certaine pauvreté mais au bord d’un lac dans les bois aux Etats-Unis. Un jour, Madeline observe l’arrivée de nouveaux voisins : des parents et leur petit garçon de quatre ans. Madeline intègre leur famille en tant que baby-sitter et y prend de plus en plus de place. Mais il y a quelque chose d’étranger dans cette famille, qu’elle ne saisit pas sur l’instant. Pourtant, elle est étrangement attirée par cette famille.

En ouvrant ce roman, je m’attendais à quelque chose de poisseux, qui me mettrait mal à l’aise, effet que les bons romans Gallmeister ont l’habitude de me faire. On sent effectivement par le procédé narratif (Madeline nous raconte cette histoire des années après) que quelque chose de tragique s’est passé. Il y a un léger soupçon de mystère dans cette fiction, pas suffisamment bien dosé pour me tenir en haleine. J’ai attendu, sans jamais être sous tension, un dénouement tragique qui s’est avéré peu appuyé et qui arrive probablement beaucoup trop tôt. Une fois le drame arrivé, le peu de suspense retombe et je suis moi-même tombée dans l’ennui simultanément.

Pour autant, ce n’est pas un roman que je déconseille car j’ai apprécié les belles scènes qui se déroulent dans la nature. Grâce à ces scènes, Emily Fridlund m’a permis de visualiser facilement les personnages au milieu de la nature et installe une atmosphère comme je les aime dans le nature writing : on se prend à entendre la pagaie claquer l’eau du lac et les branches des arbres craquer…

Référence

Emily Fridlund, Une histoire des loups, traduction de Juliane Nivelt, éditions Gallmeister, 297 pages

Merci aux éditions Gallmeister pour cette lecture !

Bibliomaniacs #42

Voici enfin arrivée notre émission consacrée à la rentrée littéraire ! Nous avions hâte de commencer à vous parler de nos trouvailles. Vous verrez que nos avis divergent beaucoup, excepté pour un roman qui fait l’unanimité !

Au programme :

  • Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill
  • Sciences de la vie de Joy Sorman
  • Une histoire des loups d’Emily Fridlund

Bonne écoute !