Contes de l’âge du jazz – Francis Scott Fitzgerald

FITZGERALD

« Après tout, qu’est-ce que l’intelligence ? Juste la délicatesse de semer quand personne ne regarde et de récolter quand tout le monde le voit. » (page 416)

Quoi de mieux, dans une période de panne de lecture, que de se plonger dans un recueil de nouvelles d’un écrivain que l’on adore ? Cela fait plusieurs années que je suis une grande admiratrice de Francis Scott Fitzgerald, à la fois pour ses nouvelles mais surtout pour ses magnifiques romans. J’y ai toujours trouvé beaucoup de justesse et de délicatesse.

Les Contes de l’âge du jazz rassemblent beaucoup de ses nouvelles, dont certaines sont très connues (je pense par exemple à L’étrange histoire de Benjamin Button, que j’avais déjà lue il y a quelques années et que je n’ai pas relue car elle m’avait déçue). Dans ce recueil, on retrouve l’ambiance des textes de F.S. Fitgerald : des histoires de couple, de déceptions amoureuses, mais aussi des scènes de soirées américaines, avec musique, danse et déguisements. Lire la suite de « Contes de l’âge du jazz – Francis Scott Fitzgerald »

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Forêt obscure – Nicole Krauss

krauss

Un vieil homme extrêmement riche du nom d’Epstein disparaît subitement. Cela faisait quelques temps qu’il effectuait des donations en bien ou en valeur à son entourage, comme s’il était devenu accro au don.

Une écrivaine américaine dont le mariage est en train de pérécliter décide de partir quelques temps à Tel-Aviv, où elle espère trouver un je-ne-sais-quoi, peut-être l’inspiration pour écrire. Elle retourne dans le grand hôtel dans lequel elle passait ses vacances estivales quand elle était enfant, ce qui éveille en elle beaucoup de souvenirs.

J’ai eu énormément de mal à lire ce roman que j’ai trouvé très bavard, essentiellement la partie de la narration faite par l’écrivaine. Ce personnage entremêle ses souvenirs d’enfance et son récit présent de discours abstraits et pompeux. Il y a dans sa narration beaucoup de références philosophiques et religieuses que je n’ai pas saisies et dans lesquelles je n’ai trouvé aucun intérêt. Lire la suite de « Forêt obscure – Nicole Krauss »

Une prière pour Owen – John Irving

IRVING« Comment aurais-je pu savoir qu’Owen Meany était un héros ? »

En 1987, Johnny Wheelwright vit au Canada depuis plusieurs années et y enseigne la littérature dans une école pour jeunes filles. Il ne peut passer une journée sans penser à son grand ami d’enfance, Owen Meany. Grand par le caractère et la destinée, Owen Meany était pourtant un tout petit garçon, qui ne dépassa pas 1.52 mètre une fois adulte. Sa taille était la source de beaucoup de moqueries de ses camarades, dont il arrivait pourtant à faire fi. Sa voix le différenciait également des autres enfants puis des adultes : non seulement il n’avait jamais mué mais il émettait un son aigu très particulier.

Owen Meany fut un véritable leader dans chaque classe et chaque école où il est passé. Il était profondément respecté par les professeurs, malgré ses nombreuses critiques. Il fut comme un maître pour Johnny et le guida dans bien des matières et sur bien des sujets. C’était un enfant puis un adulte hors norme, dont la vie était régie par de grands principes auxquels il ne dérogeait pas et qui l’empêchaient de profiter de son enfance et de poursuive le bonheur qu’il méritait.

« C’est Owen Meany qui m’apprit que tout bon livre évolue continuellement, du général au particulier, du détail à l’ensemble, et ainsi de suite. Une bonne lecture et une bonne interprétation de la lecture doivent évoluer de façon identique. »

Et même si Owen Meany est à l’origine d’un grand drame pour Johnny, ils restèrent toujours amis. Quand ils avaient la vingtaine et qu’ils étaient étudiants, la guerre du Vietnam devenait de plus en plus intense et meurtrière. Owen étant persuadé que son destin l’appelait à s’y battre, il fit tout son possible pour être intégré dans l’armée et s’y faire une place lui permettant d’être envoyé au combat, malgré l’opposition farouche de son entourage.

« Quand meurt, de façon inattendue, une personne aimée, on ne la perd pas tout en bloc ; on la perd par petits morceaux, et ça peut durer très longtemps. Ses lettres qui n’arrivent plus, son parfum qui s’efface sur les oreillers et sur les vêtements. Progressivement, on additionne les pièces manquantes. Puis vient le jour où l’un de ces petits manques fait déborder la coupe du souvenir ; on comprend qu’on l’a perdue, pour toujours… Puis vient un autre jour, et une nouvelle petite pièce manquante. »

Voici l’un des plus forts et bouleversants roman que j’ai lu à ce jour. J’ai rarement eu le sentiment qu’un personnage de fiction était aussi réel, au point qu’il me manque cruellement à la fin du roman, comme si j’avais moi aussi perdu un ami.

J’ai retrouvé le ton moqueur de John Irving, cette façon de raconter une histoire avec un brin d’humour, que j’avais tant aimée dans Le monde selon Garp. Il a un vrai don pour donner vie à des personnages, maniant parfaitement les dialogues et sachant raconter une scène à merveille. Comme je me suis amusée en lisant les scènes de vengeance d’Owen vis-à-vis de son directeur d’école ! Certaines scènes, comme celles des spectacles de Noël, sont exquises de drôlerie et de sérieux en même temps.

Bien que je sois totalement étanche à la thématique religieuse et que je ne comprenne pas toutes les subtilités de celle-ci, leur lecture n’en fut pas pour autant désagréable puisqu’on y retrouve la liberté de ton de John Irving.

A aucun moment on ne voit passer les pages de ce gros pavé, rien n’y est superflu, toutes les anecdotes et toutes les scènes y ont leur importance. C’est un roman parfaitement maîtrisé, sur tous les aspects et au sein duquel la tension monte petit à petit, à mesure que le destin tragique d’Owen approche. Je suis persuadée qu’il fait partie de ces romans dont chaque relecture apporte une nouvelle vision, fait découvrir de nouveaux éléments et il est certain que j’en ferai une relecture d’ici quelques années.

Je n’ai absolument aucune réserve à émettre sur ce coup de cœur et je ne peux que le conseiller aux gros lecteurs. Comme je regrette de ne pas l’avoir découvert plus tôt !

Référence

John Irving, Une prière pour Owen, éditions du Seuil, traduction de Michel Lebrun, 761 pages

Une fille bien – Holly Goddard Jones

JONES

Les nouvelles rassemblées dans ce recueil ont pour point commun de se dérouler dans une petite ville du fin fond des Etats-Unis. Une jeune fille ou une femme est à chaque fois le personnage central de ces nouvelles et la narration consiste souvent dans le récit d’un épisode traumatisant pour l’un des personnages principaux.

J’ai beaucoup apprécié la manière subtile dont Holly Goddard Jones annonce une tragédie. Elle amène progressivement la tragédie, faisant monter la tension petit à petit, jusqu’à déboucher sur des passages particulièrement horribles dans certaines nouvelles. On se laisse ainsi surprendre par des scènes très cruelles au point que le choc puisse créer un sentiment physique assez fort.  Lire la suite de « Une fille bien – Holly Goddard Jones »

La fille du fermier – Jim Harrison

HARRISON2« Les premières montagnes que voit une fille de l’Ohio habituée au plat pays sont mentalement inacceptables. » 

Sarah est adolescente quand ses parents décident de changer de vie et de partir vivre dans le Montana, au fin fond de la campagne. Elle se retrouve totalement isolée et ses seuls amis sont Tim, le vieillard propriétaire de la maison louée par la famille, et son chien. Elle s’occupe en faisant de longues balades dans la nature et en dévorant les livres.

Sarah subit un jour un acte d’une violence traumatisante. Sa manière d’apprendre à guérir cette blessure est l’attente de la vengeance, qu’elle laisse mûrir en elle. Jusq’au jour où vient l’amour…

« Elle pleura un peu, puis comprit que ses larmes ne la feraient pas avancer d’un iota. Elle pensa au mal qu’on pouvait faire à quelqu’un, un mal parfois incalculable, et puis il y avait aussi le mal qu’on se faisait parfois à soi-même, en s’endurcissant. Tout en jouant, elle se dit que la femme la moins dure du monde, Emily Dickinson, était l’une de ses poétesses préférées. Il lui semblait malgré tout qu’elle n’avait pas d’autre choix que de devenir prématurément âgée et austère. Elle allait vivre dans ce chalet comme une religieuse cloîtrée, puis elle finirait par quitter la région pour tenter de trouver une autre vie. »

J’ai été subjuguée par ce personnage lumineux, Lire la suite de « La fille du fermier – Jim Harrison »

My absolute darling – Gabriel Tallent

TALLENT2« […] Il faudrait un sacré paquet de courage pour être plus que ce que Martin pense de moi. » (p. 163)

Turtle est une jeune adolescente vivant en Californie en marge des autres lycéens. Son père Martin veille à ce qu’elle soit inadaptée à toute vie sociale, en la coupant volontairement du reste du monde. Non seulement elle n’a pas d’ami mais elle a beaucoup de difficultés à lire, écrire, compter ou tout simplement à suivre une conversation entre adultes. Martin lui fait subir des violences inouie depuis qu’elle est toute petite : il la viole très régulièrement depuis des années et s’amuse à la torturer physiquement et mentalement. Le seul endroit où Turtle peut être elle-même et fuir toute cette violence est la nature. Elle maîtrise totalement la forêt et sait en voir toute sa beauté. Le jour où elle croise par hasard deux lycéens de son école perdus dans la forêt, une brêche dans sa vie de prisonnière commence à s’ouvrir.

« […] Et si au lieu de te laisser jeter par-terre, tu t’efforçais de te relever, et si au lieu de jouer les petites connasses, tu te battais » (p. 162)

Bien que j’aie beaucoup de mal avec la violence, Lire la suite de « My absolute darling – Gabriel Tallent »

La saison des feux – Celeste Ng

NG2A la fin des années 1990, la famille Richardson vit dans la banlieue de Cleveland aux Etats-Unis. Elena, la mère de la famille Richardson, se réveille un matin alors que sa maison est en feu. Quelqu’un a allumé plein de petits feux partout dans la maison. Heureusement, les quatre enfants de la famille sont déjà sortis de la maison et il n’y a aucune victime.

Qui a bien pu commettre cet acte irresponsable ? Ce n’est pas tellement la question à laquelle Celeste Ng s’attache à répondre dans son intrigue. Elle raconte plutôt comment l’un des personnages en est arrivé à réaliser cet acte. Pour cela, elle dresse le portrait d’une famille aisée, qui semble à l’abris de tout souci matériel et dont les membres unis vivent heureux.

L’arrivée d’une mère et de sa fille dans cette petite communauté va petit à petit changer leur quotidien. Mia et Pearl sont les locataires d’une maison appartenant aux Richardson et l’adolescente Pearl se fait une place à part entière parmi les enfants Richardson, au point que ceux-ci nouent également des liens forts avec sa mère Mia. Lire la suite de « La saison des feux – Celeste Ng »

L’origine des autres – Toni Morrison

MORRISON« La race est la classification d’une espèce et nous sommes la race humaine, point final. Alors quelle est cette autre chose : l’hostilité, le racisme social, la fabrication de l’Autre ? » (page 25)

La race est une idée et non un fait. Pour l’instaurer, il a donc fallu développer l’idée d’une altérité : fabriquer l’Autre. Ce processus est notamment passé à travers la littérature. La case de l’oncle Tom n’a ainsi pas été écrit pour les noirs mais pour les blancs. Cette littérature a permis aux blancs de cautionner des actes inhumains en les justifiant par le fait que les noirs avaient besoin de cette domination du fait de leur infériorité.

En réalité, les noirs furent indispensables à une définition blanche de l’humanité. En fabriquant un Autre noir, les blancs américains créaient leur propre identité.

« La nécessité de faire de l’esclave une espèce étrangère semble une tentative désespérée pour confirmer que l’on est soi-même normal. » (p.34)

Ce livre de Toni Morrison est extrêmement riche car il puise à la fois dans l’Histoire américaine mais aussi dans la sociologie, afin de comprendre comment et pourquoi le racisme est né aux Etats-Unis. Lire la suite de « L’origine des autres – Toni Morrison »

A l’orée du verger – Tracy Chevalier

CHEVALIER4Robert Goodenough a grandi dans une famille pauvre et désunie de l’Ohio dans les années 1830. Ses parents passent leurs journées à se disputer violemment. Sa mère ne s’abreuvant que d’eau-de-vie de pommes, elle passe ses journées ivre, est devenue une femme violente et haineuse. Elle en veut terriblement à son mari de refuser de quitter la région du Black Swamp, une zone de marécages qui lui a déjà retiré cinq de ses dix enfants, morts de fièvre. Le père de Robert est passionné par la culture de ses pommiers dont il vit en vendant du cidre et de l’eau-de-vie.

Un drame oblige Robert à quitter précipitamment sa famille et à partir vers l’ouest, et à vivre au jour le jour en vendant sa main-d’oeuvre. Il croise la route d’un botaniste grâce auquel il peut allier travail et passion car comme son père, Robert a une grande curiosité pour les arbres.

Ayant toujours beaucoup apprécié les quelques romans que j’ai lus de Tracy Chevalier, je m’attendais à un véritable coup de cœur pour cette histoire de migrants se déroulant dans l’Amérique du XIXème siècle et touchant à des sujets fort intéressants : la nature, l’identité, la famille, etc.

Tout en ayant passé un agréable moment et sans regretter cette lecture, celle-ci m’a déçue. Il est difficile de s’attacher aux personnages, les parents de Robert étant truffés de défauts, leurs enfants n’occupant qu’une place très minime dans l’intrigue et les personnages annexes n’apparaissant qu’en fin de roman sans être développés. Lire la suite de « A l’orée du verger – Tracy Chevalier »

Le poids de la neige – Christian Guay-Poliquin

GUAY POLIQUIN« Je veux revoir ma femme ! […] Je veux la retrouver, je veux être à ses côtés. C’est tout ce qui m’importe. Je me fiche du reste. » (page 198)

Un jeune homme s’est fait secourir suite à un accident de voiture qui s’est passé sur une petite route au fin fond des forêts canadiennes. Grièvement blessé, il est placé sous la garde d’un vieil homme qui n’attend qu’une chose : l’opportunité de partir pour aller retrouver sa femme qui est hospitalisée dans une maison médicalisée bien plus loin, dans une grande ville. Mais la situation n’est pas des plus simples car tous les habitants de la région (et vraisemblablement du pays) sont coupés d’électricité depuis longtemps et survivent comme ils le peuvent.

L’hiver arrive et le village est de plus en plus coupé du monde. Les deux hommes sont petit à petit enfermés dans un huis clos dont les murs et le toits de la maison qu’ils occupent forment la limite. Tous deux doivent apprendre à vivre ensemble, à se faire confiance et à guérir.  Lire la suite de « Le poids de la neige – Christian Guay-Poliquin »