Heather, par-dessus tout – Matthew Weiner

WEINERMark et Karen se sont rencontrés un peu par hasard, par amis interposés. Karen avait retenu le conseil de ses amies mariées, à savoir à quel point il était important d’épouser un homme avec un minimum de moyens financiers ou bien avec beaucoup de potentiel en la matière. Mark travaillait pour une société financière new-yorkaise et était particulièrement bien placé pour évoluer vers les postes les plus convoités. Leur couple s’est construit sans grande passion et sans qu’ils se posent vraiment de questions sur leur amour… un peu par opportunisme. Mais ils étaient bien, ensemble. Lorsqu’ils eurent leur fille Heather, Karen en fit une excuse pour se désinvestir de sa relation avec Mark. Son unique préoccupation fut l’éducation de celle-ci.

Bobby est un jeune homme qui vécut dans la misère financière et la tristesse affective : enfant d’une junkie, il n’avait que très peu de chance de sortir de ce milieu, fait de violences quotidiennes. Un jour, alors qu’il travaille sur un chantier dans l’immeuble de Mark et Karen, son regard est attiré par Heather, cette adolescente dont le corps le rend fou de désir.

Karen et Mark constituent le parfait exemple du couple malheureux qui vit dans le déni et pour qui il est de plus en plus difficile de défaire des années de malheur au fur et à mesure que le temps passe, comme si chaque année supplémentaire était un argument de plus dans le maintien de leur médiocrité amoureuse. Lire la suite de « Heather, par-dessus tout – Matthew Weiner »

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Underground railroad – Colson Whitehead #MRL17

whiteheadAu XIXème siècle, Cora est une esclave de la propriété de la famille Randall. A l’âge de 16 ans environ, elle s’enfuit avec Ceasar, qui réussit à la convaincre de fuir malgré les risques que cela signifie. Cora est une jeune femme qui dut apprendre à se débrouiller seule dès l’âge de 10 ans, lorsque sa mère réussit à prendre la fuite de la propriété Randall. Cela fit d’elle une personne forte, au caractère indépendant.

Ceasar fait découvrir à Cora le chemin de fer clandestin qui les mènera jusqu’au Nord des Etats-Unis. Un commerçant les guide jusqu’à l’unique gare souterraine de Géorgie, première étape de leur voyage. En Caroline du sud, ils doivent changer d’identité pour survivre et échapper à ceux qui les traquent. Cora prend le nom de Bessie Carpenter et devient la propriété des Etats-Unis. Elle est nourrie et logée, on lui apprend à lire et écrire. Elle découvre la liberté : la sensation du coton sur la peau, la douceur de dormir dans un lit, le respect des blancs pour elle… Mais tout cela ne cacherait-il pas quelque chose ? Pourra-t-elle réellement vivre dans ce rêve toute sa vie ? Ses traqueurs ne finiront-ils pas par arriver jusqu’à elle ?

J’ai été immédiatement emportée dans l’histoire de Cora. Lire la suite de « Underground railroad – Colson Whitehead #MRL17 »

Les fantômes du vieux pays – Nathan Hill

 

hillFaye Andresen-Anderson est dans un parc public lorsqu’elle croise le chemin du gouverneur Packer en 2011. Ce dernier est en peine campagne électorale et est escorté par son entourage politique et des journalistes. Faye lui jette des graviers, ce qui est immédiatement repris par l’ensemble des médias, qui s’empressent de la traîner dans la boue et n’hésitent pas, pour ce faire, à ressasser des épisodes polémiques du passé de la quinquagénaire.

Son fils, Samuel Andresen-Anderson, est professeur d’anglais à l’université de Chicago. Il n’a pas vu sa mère depuis 20 ans, depuis qu’elle a quitté son père et qu’elle l’a laissé avec ce dernier alors qu’il n’avait que 11 ans. Samuel est un écrivain raté, qui n’a toujours pas réussi à écrire de second roman depuis la sortie de son premier livre. Son éditeur, à qui il doit une grosse avance sur son prochain livre depuis plusieurs années, le harcèle et le menace de contentieux. Pour le contenter, Samuel envisage alors d’écrire un récit hautement polémique sur sa mère. Pour cela, il va devoir reprendre contact avec elle et comprendre les épisodes qui constituent un mystère dans la vie de celle-ci et: ses quelques mois de vie étudiante à Chicago durant l’été 1968.

J’ai été immédiatement happée par ce roman, tellement les scènes sont rapidement installées et me sont apparues de manière très visuelles. Les dialogues y sont également pour beaucoup : très bien écrits, percutants et très drôles, ils créent toutes les conditions pour que le lecteur passe un excellent moment de lecture. Certaines scènes sont particulièrement exquises de par l’humour moqueur et cynique qui s’en dégage.

Ce gros pavé de 700 pages a l’immense mérite de se focaliser sur un nombre restreint de personnages, que le lecteur suit tour à tour et voit se développer tout au long du roman. On y croise notamment un gamer totalement accro, une étudiante dont le seul talent est la triche, de jeunes étudiants révolutionnaires, des adolescentes confrontées à des maternités non désirées… Alors que Nathan Hill aurait pu se retrouver pris au piège de la caricature, du cliché, il s’en sort merveilleusement bien, en peignant des individus très justes et profonds, plein de réalisme et d’humanité.

Vous l’aurez compris, si j’ai eu un tel coup de cœur pour ce roman, c’est dû à sa richesse et notamment à la richesse des thématiques qu’il aborde. Nathan Hill raconte tout d’abord l’Histoire américaine, celle de 1968 et des courants pacifistes, et celle beaucoup plus récente de la montée d’une tendance politique qui fait de la démagogie et de la polémique sa recette préférée. Pour cela, il place les histoires de ses personnages au sein de la grande Histoire, et manie parfaitement les thématiques de l’enfance, de l’adolescence, des relations maternelles, de la poursuite du bonheur, du retour aux origines…

J’ai refermé Les fantômes du vieux pays en l’ayant savouré jusqu’à la dernière page, avec la sensation d’avoir eu le souffle coupé tout du long. C’est LE grand roman de cette rentrée littéraire, ne passez pas à côté !

Référence

Nathan Hill, Les fantômes du vieux pays, traduction de Mathilde Bach, éditions Gallimard, 707 pages

Un immense merci aux éditions Gallimard pour cette magnifique découverte !

 

Une histoire des loups – Emily Fridlund

fridlundMadeline est une adolescente un peu solitaire, élevée par deux parents qui furent membres d’une communauté hippie. Ils vivent dans une certaine pauvreté mais au bord d’un lac dans les bois aux Etats-Unis. Un jour, Madeline observe l’arrivée de nouveaux voisins : des parents et leur petit garçon de quatre ans. Madeline intègre leur famille en tant que baby-sitter et y prend de plus en plus de place. Mais il y a quelque chose d’étranger dans cette famille, qu’elle ne saisit pas sur l’instant. Pourtant, elle est étrangement attirée par cette famille.

En ouvrant ce roman, je m’attendais à quelque chose de poisseux, qui me mettrait mal à l’aise, effet que les bons romans Gallmeister ont l’habitude de me faire. On sent effectivement par le procédé narratif (Madeline nous raconte cette histoire des années après) que quelque chose de tragique s’est passé. Il y a un léger soupçon de mystère dans cette fiction, pas suffisamment bien dosé pour me tenir en haleine. J’ai attendu, sans jamais être sous tension, un dénouement tragique qui s’est avéré peu appuyé et qui arrive probablement beaucoup trop tôt. Une fois le drame arrivé, le peu de suspense retombe et je suis moi-même tombée dans l’ennui simultanément.

Pour autant, ce n’est pas un roman que je déconseille car j’ai apprécié les belles scènes qui se déroulent dans la nature. Grâce à ces scènes, Emily Fridlund m’a permis de visualiser facilement les personnages au milieu de la nature et installe une atmosphère comme je les aime dans le nature writing : on se prend à entendre la pagaie claquer l’eau du lac et les branches des arbres craquer…

Référence

Emily Fridlund, Une histoire des loups, traduction de Juliane Nivelt, éditions Gallmeister, 297 pages

Merci aux éditions Gallmeister pour cette lecture !

Bibliomaniacs #42

Voici enfin arrivée notre émission consacrée à la rentrée littéraire ! Nous avions hâte de commencer à vous parler de nos trouvailles. Vous verrez que nos avis divergent beaucoup, excepté pour un roman qui fait l’unanimité !

Au programme :

  • Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill
  • Sciences de la vie de Joy Sorman
  • Une histoire des loups d’Emily Fridlund

Bonne écoute !

Un jour, tu raconteras cette histoire – Joyce Maynard

MAYNARD« Je n’ai compris tout le sens du mariage que lorsque le mien était sur le point de s’achever. J’ai découvert ce qu’était l’amour quand le mien quittait le monde. Voici notre histoire » (page 12)

Alors qu’elle ne s’y attend plus, Joyce Maynard rencontre le grand amour, l’amour de sa vie à cinquante-cinq ans. Elle vécut une grande partie de sa vie mariée et eut de ce mariage plusieurs enfants. Lorsqu’elle commence le récit de sa dernière histoire d’amour, Joyce Maynard enchaîne les conquêtes masculines depuis quelques années, sans jamais avoir réussi à établir une relation profonde et de longue durée avec l’un de ces hommes.

Ses trois premières années de relation avec Jim sont une renaissance : grâce à l’expérience de leurs échecs amoureux passés, ils apprennent à se découvrir et à vivre leur amour sans contrainte. Malgré le travail prenant de Jim, qui est avocat, et le besoin de Joyce Maynard de se consacrer des jours/semaines à l’écriture, ils savent se retrouver pour savourer ce qu’ils aiment ensemble : la musique, le vin, la cuisine, les escapades dans la nature…

Leur insouciance prend fin en 2014 lorsque Jim apprend qu’il est atteint d’un cancer du pancréas, c’est-à-dire d’un cancer dont il est extrêmement difficile de guérir et qui est connu pour la souffrance qu’il occasionne. Joyce Maynard raconte cet avant et cet après, en les distinguant schématiquement de la sorte. L’avant, c’est le temps de la légèreté, de leur quasi ignorance de leur bonheur. Ce chapitre est évidemment particulièrement lumineux. L’après, c’est le temps de la lutte et de l’espoir. Lire la suite de « Un jour, tu raconteras cette histoire – Joyce Maynard »

Les sables de l’Amargosa – Claire Vaye Watkins

IMG_20170809_185246_612La Californie est ravagée par la sécheresse. Un désert fait de dunes de sables envahi petit à petit le territoire nord-américain, ce qui a poussé des millions d’entre eux à immigrer dans des Etats plus humides.

Luz et Ray forment un couple atypique, qui tente de survivre à Los Angeles : il n’y a plus d’Etat de droit et il faut ruser pour pouvoir se nourrir et boire. Ils croisent une petite fille étrange puis décident de partir de la Californie, alors même que toutes les frontières entre Etats sont désormais fermées.

Je me faisais une joie de lire cette dystopie, ayant adoré toutes celles lues dernièrement. J’avais d’ailleurs gardé en tête le merveilleux roman de Jean Hegland, Dans la forêt. C’est certainement une des raisons qui expliquent ma déception.

Il m’a été très difficile de croire à cette histoire. La problématique de sécheresse posée dès le départ est très intéressante et je l’ai acceptée facilement. Mais j’ai régulièrement relevé des incohérences au cours de ma lecture, ce qui m’a perturbée. Pour ne pas spoiler ceux qui voudraient lire ce roman, je ne peux malheureusement pas expliquer pourquoi. Lire la suite de « Les sables de l’Amargosa – Claire Vaye Watkins »

Dalva – Jim Harrison

IMG_20170802_222223_965« Que deviennent les histoires quand il n’y a personne pour les raconter ? » (page 480)

Arizona, années 1980.

Après des décennies à sillonner plusieurs Etats américains et pays, Dalva retourne en Arizona, dans le grand ranch familial. Elle a 45 ans et se souvient de ses années de jeunesse passées en Arizona.

Dalva fut profondément marquée par l’amour de sa vie, son amour de jeunesse, Duane. Ce sioux fréquenta sa famille quelques mois puis fut rapidement écarté de celle-ci lorsque Dalva tomba enceinte à 16 ans. Elle dut à la fois abandonner l’enfant à une famille, quitter Duane et perdit peu de temps après son grand-père bien-aimé qui contribua fortement à son éducation.

Alors qu’elle est revenue dans le ranch familial, Dalva est contactée par Michael, un universitaire, spécialisé dans l’Histoire américaine du XIXème siècle et l’extermination des indiens d’Amérique. L’un des ancêtres de Dalva fut en effet un proche des Sioux, qu’il essaya d’abord de convertir au christianisme en leur offrant ses connaissances en botanique afin que ceux-ci survivent en empruntant la culture des colonisateurs. Petit à petit, il se fit connaître et respecter et eut des liens privilégiés avec de grands chefs sioux, dont Crazy Horse. Michael souhaiterait accéder aux journaux intimes de l’ancêtre de Dalva, afin d’écrire un livre qui lui permettra de gagner en crédibilité au sein de son université et de faire oublier ses déboires.

« Seul le plus pur des cœurs peut devenir meurtrier à cause d’autrui. » (p. 31)

Il m’est très difficile de rendre hommage à ce magnifique roman comme j’aimerais pouvoir le faire. J’ai été hypnotisée par Dalva, ce personnage incroyable qui réunit à la fois puissance et sensibilité. Elle porte en elle toute son histoire familiale et par extrapolation celle du peuple Sioux dont il ne reste plus grand chose. C’est une femme dotée d’une volonté forte mais porteuse d’une blessure qu’elle ne réussit jamais à cicatriser. Lire la suite de « Dalva – Jim Harrison »

C’est la rentrée ! #RL2017

De retour après une grosse coupure d’un mois, je vous présente en image tous les livres que j’ai repérés pour cette rentrée littéraire. J’en ai déjà lu une partie, avec des coups de cœur et des déceptions. Je vous en ferai un bilan en images dans quelques jours…

Ceux déjà lus…

 

…et ceux mis au programme des prochaines semaines

 

Et vous, en avez-vous repéré d’autres ?

No home – Yaa Gyasi

NO HOME 2« Tu veux savoir ce qu’est la faiblesse ? C’est de traiter quelqu’un comme s’il t’appartenait. La force est de savoir qu’il n’appartient qu’à lui-même. »

Ce roman choral de Yaa Gyasi commence en 1764, au Ghana. Deux sœurs qui ne se sont jamais connues car elles ont été séparées très rapidement après leur naissance voient leurs vies bouleversées par la mise en place du commerce des esclaves. Effia est mariée au gouverneur du fort de Cape Coast, dont les sous-sols servent à emprisonner les esclaves avant leur traversée de l’Atlantique. Esi est une esclave détenue dans le même fort, et envoyée aux Etats-Unis. Les deux soeurs ont des enfants dont les vies seront radicalement différentes.

« Ces larmes étaient une sorte de routine. Elles étaient versées par toutes les femmes. Elles tombaient jusqu’à ce que le sol se transforme en boue. La nuit, Esi rêvait que, si elles pleuraient toutes à l’unisson, la boue se transformerait en une rivière qui les emporterait vers la mer. »

La descendance d’Effia se voit confier le rôle de commerçant d’esclaves et essaie de s’en défaire pour vivre libre et en paix. Les enfants et petits-enfants d’Esi grandissent quant à eux dans un pays qui les enchaîne et les renvoie systématiquement à la couleur de leur peau. Lire la suite de « No home – Yaa Gyasi »