Mon bilan de septembre

Après un passage à la médiathèque, je me suis plongée de nouveau dans quelques bandes-dessinées. Cela faisait longtemps et ça fait du bien !

Un coup de coeur ?

Malheureusement, non. J’ai fait de très belles découvertes mais soit il m’a manqué quelque chose, soit il y avait trop de violence pour que cela se transforme en coup de coeur.

Mes belles lectures

Mes abandons et déceptions

Lectures en cours et à venir

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Juste un peu de temps – Caroline Boudet

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Sophie est une rennaise trentenaire mère de trois enfants et salariée au sein d’un cabinet de recrutement. Son entourage la considère comme la femme-mère-épouse parfaite, qui arrive à tout concilier sans difficulté. Elle rend tout simplement jalouses les autres mamans.

Un jour comme un autre, alors qu’elle est au bureau, Sophie ressent le besoin d’une parenthèse, de prendre du temps rien que pour elle, sans se soucier de toutes les tâches qui l’attendent. En pleine journée, elle quitte le travail pour prendre un TER en direction de Saint-Malo, où elle décide de passer l’après-midi à se reposer dans une chambre d’hôtel. Mais le plus dur pour elle est de décider de revenir à la réalité et de mettre fin à cette pause malouine.

Je ne m’attendais pas à autant de justesse Lire la suite de « Juste un peu de temps – Caroline Boudet »

En nous beaucoup d’hommes respirent – Marie-Aude Murail

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Marie-Aude Murail entreprend de raconter l’histoire de sa famille, ce qui passe par les histoires amoureuses de ses aïeux. Pour cela, elle prend son temps et fouille parmi les trésors trouvés dans la maison familiale. Elle découvre notamment des lettres et des photos, sur lesquels elle s’appuie pour raconter leurs histoires.

Elle commence par l’histoire romantique et passionnée de Raoul et Cécile, raconte leur coup de foudre grâce aux courriers de ceux-ci mais aussi grâce au goût de Raoul pour la littérature. Quelle histoire incroyable que la leur, coupée par la Première Guerre mondiale. Marie-Aude Murail arrive à redonner vie à leur amour et à l’atmosphère tragico-romantique de celui-ci.

Elle agrémente son récit des matériaux bruts qu’elle a trouvé : des photos de famille, des poèmes, des lettres, des textes, etc. Cela fait de ce livre un bel objet, avec une jolie mise en page. Marie-Aude Murail arrive à faire de ce travail de mémoire familial une saga qui classe cette famille à part tout en rappelant à quel point elle vécut beaucoup d’événement similaires à toutes les familles françaises.

Au bout de cette lecture, on comprend l’héritage créatif que lui ont légués ses ancêtres, et notamment son père et son grand-père. Bien qu’à une dose plus petite, on retrouve dans ce livre l’humour parfois moqueur de Marie-Aude Murail.

Référence

Marie-Aude Murail, En nous beaucoup d’hommes respirent, éditions L’iconoclaste, 440 pages

Tenir jusqu’à l’aube – Carole Fives

FIVESUne jeune femme a emménagé il y a peu à Lyon, où elle élève seule son fils qui a un peu moins de deux ans. Elle est graphiste free-lance et n’ayant pas trouvé de solution de garde, elle passe toutes ses journées et ses nuits avec son garçon. Elle travaille dès qu’il se met à dormir et use progressivement la corde.

En plus de la fatigue, elle ressent un sentiment d’emprisonnement qui la fait souffrir. Depuis qu’elle est à Lyon, elle n’a fait aucune connaissance, ne voit plus ses anciens amis et n’arrive pas à nouer de nouveaux contacts amicaux ou amoureux. Elle se crée des parenthèses, comme des temps de respiration, en sortant quelques minutes seule le soir quand son fils dort. Petit à petit, elle prolonge ses temps de sortie, tout en étant consciente du risque qu’elle prend si jamais il arrivait quelque chose à son enfant.

Par une écriture introspective, Carole Fives livre les émotions de cette mère célibataire tout en développant un rythme et un dynamisme qui servent à maintenir un certain niveau de tension dans la narration. Le lecteur est immédiatement happé par la solitude de cette femme qui ne peut plus vivre autrement qu’accompagnée en permanence. Elle cherche à tout prix des solutions, que l’Administration ne sait pas lui proposer. Elle essaie alors internet, afin de bénéficier des conseils des autres mères dans sa situation mais se heurte à des jugements péremptoires.

La tension et le réalisme de ce roman sont tels qu’il se lit d’une traite et sans voir le temps passer. Les personnages secondaires sont peu nombreux et les caractères de l’ensemble des personnages sont peu développés, le choix étant fait de se focaliser sur le ressenti de cette femme, ce qui fonctionne très bien.

Voici un roman de cette nouvelle rentrée littéraire que je recommande !

Références

Carole Fives, Tenir jusqu’à l’aube, éditions l’arbalète Gallimard, 177 pages

Bye bye blondie – Virginie Despentes

DESPENTES4« La rage s’épaississait en elle, prenait racine au fond du cœur, s’enfonçait. » (page 80)

A la fin des années 1980, Gloria est adolescente. Elle n’arrive pas à se faire une place dans son foyer et le dialogue avec ses parents est rompu. Elle passe son temps à traîner en bande, avec ses amis du lycée. Face à la violence physique qui déborde de Gloria, ses parents décident de la faire interner dans un hôpital psychologique. Elle y fait la connaissance d’Eric, avec lequel elle vit sa première histoire d’amour. Une dizaine d’années plus tard, elle croise la route d’Eric, tout à fait par hasard. Cela réveille les souvenirs de sa jeunesse : les semaines passées à l’hôpital, celles passées à dormir dans la rue et à aller de concert en concert.

« Elle était déchiquetée, ça faisait tellement mal d’être dans sa peau à elle qu’elle ne sentait plus aucune variation dans la douleur. » (p. 137)

J’ai retrouvé la Virginie Despentes que j’avais découverte à travers un essai, King Kong Théorie : dans Bye bye Blondie, on y trouve la même force dans la langue, le même style extrêmement puissant. Cette quasi violence dans l’écriture ne retire en rien à ce roman sa sensibilité. Lire la suite de « Bye bye blondie – Virginie Despentes »

Entrez dans la danse – Jean Teulé

TEULE2« Depuis presque une semaine, relate le quatrième adjoint, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer dans des rondes, des farandoles, sans s’arrêter jour et nuit. Beaucoup en tombent d’épuisement, se blessent. »

Au XVIème siècle une étrange obsession se répand parmi les habitants de Strasbourg : ils sont de plus en plus nombreux à sortir de chez eux pour danser sur la place publique pendant des heures, des jours et des nuits sans s’arrêter. Les pouvoirs politique comme religieux n’y comprennent rien et cherchent des solutions pour éviter la propagation de cette lubie. On parque les danseurs et on les nourrit mais cela ne fait qu’inciter les affamés non malades à les rejoindre. Rien ne marche alors ils sont exclus de la ville, au-delà des remparts.

Jean Teulé a choisi un sujet historique très original, dont je n’avais pas connaissance. Pour autant, il n’a pas réussi à développer ma curiosité, Lire la suite de « Entrez dans la danse – Jean Teulé »

L’année de l’Education sentimentale – Dominique Barbéris

Barberis2« Pour chacune d’elles, la vie des autres était un mystère. Mais elles avaient besoin des autres pour apprécier ce qu’elles vivaient. C’était en comparant qu’elles arrivaient à se faire une idée de leur vie. Sans possibilité de comparer, leur vie leur paraissait indéchiffrable. » (page 38)

Florence, Muriel et Anne sont d’anciennes amies d’études. Elles se sont connues en fac de lettres dans les années 1980 et ont depuis pris des chemins différents. Par un jour d’été dans les années 2010, elles se retrouvent chez Muriel. Elles ont toutes pris 30 années, quelques kilos et des regrets. Elle passent deux jours dans la maison de campagne de Muriel. Elles discutent, beaucoup. Elles se remémorent leurs souvenirs d’études, leur voyage en Italie, l’élection de Mitterrand. Elles se racontent ce qu’il s’est passé dans leur vie et dans celle de leurs anciens camarades depuis 1981.

« Elles avaient des milliers de fois mis la table, débarrassé la table, secoué les miettes, mis la vaisselle dans la machine, fait cuire du bifteck, acheté du Sopalin. » (p.43)

La narration de ce court roman suit leur discussion le temps de la soirée qu’elles passent ensemble : Dominique Barbéris use des dialogues, flash-backs et descriptions en suivant le rythme de la conversation des trois femmes. Le livre en est d’autant plus dynamique et rythmé.  Lire la suite de « L’année de l’Education sentimentale – Dominique Barbéris »

Les loyautés – Delphine de Vigan

 

ViganHélène est professeure au collège. Elle perçoit une chose anormale chez l’un de ses élèves, Théo. Il y a chez lui quelque chose de cassé, quelque chose qu’il cache. Hélène est persuadée qu’il est maltraité, son comportement lui rappelant trop bien sa propose expérience. Quoiqu’il lui en coûte, elle fera tout pour l’aider et le sauver.

Mathis est le meilleur ami de Théo. Tous les deux, ils testent de nouvelles expériences, repoussent les limites de ce que leur corps peut accepter. Ils boivent jusqu’à s’en rendre malade. Mathis est de plus en plus gêné par ce que Théo le pousse à faire, mais ne sait pas comment sortir de cette spirale.

La mère de Mathis, Cécile, ne voit pas ce qui se passe sous ses propres yeux, trop occupée à devoir supporter son époux. Quant aux parents de Théo, ils sont divorcés et ni leur relation ni leur état de santé ne leur permettent de veiller sur leur enfant.

J’étais habituée à une Delphine de Vigan qui sait raconter les personnages sur le bord du gouffre, qui sait décrire les failles les plus profondes. Lire la suite de « Les loyautés – Delphine de Vigan »

Mes plus belles lectures 2017

2017 m’aura permis de redécouvrir Romain Gary, écrivain dont je n’aurais jamais soupçonné la capacité à m’émerveiller après une première lecture catastrophique de l’un de ses romans, il y a plusieurs années.

Grâce aux Bibliomaniacs, j’ai également fait beaucoup de magnifiques découvertes, comme Catherine Cusset, Jean Hegland, Julia Kerninon, Jacques Roumain, Nathan Hill…

Voici, en images, mes coups de coeur 2017 :

 

Le grand marin – Catherine Poulain

IMG_20171126_094945_053Du jour au lendemain, Lili a quitté Manosque-les-couteaux dans le sud de la France pour rejoindre l’Alaska. Elle traverse l’Atlantique en avion puis les Etats-Unis en bus jusqu’au port de l’Alaska où elle espère embarquer sur un bateau de pêche. C’est à bord du Rebel qu’elle fait ses premiers pas alors qu’elle ne connaît rien de la mer et de ses dangers. Elle doit constamment faire ses preuves et démontrer qu’elle est autant capable qu’un homme et qu’un marin expérimenté.

Lili tait ses blessures, accepte de dormir sur le sol, de sauter des repas. Elle montre une abnégation incroyable et est petit à petit intégrée au monde très viril et éprouvant des marins. Et parmi tous ces marins, se trouve le grand marin, l’homme dont elle tombe amoureuse. Le grand marin cherche de la stabilité, de la douceur, et représente pour Lili un nouveau risque, celui de perdre sa liberté durement gagnée.

J’ai plongé dans cet univers marin assez rapidement mais avec quelques difficultés. Il m’a bien fallu quelques dizaines de pages pour me faire à tout ce vocabulaire technique et le glossaire en fin de roman me fut d’une grande aide.

Lili est une jeune femme émouvante et pour laquelle on se prend facilement d’empathie. A travers ce personnage d’une grande humilité et humanité, on découvre des vies d’hommes faites de misère et d’alcool. La douce puissance de Catherine Poulain est de raconter tous ces personnages en retirant le filtre du jugement social : ceux qui sont habituellement vus comme des marginaux sont des hommes certes malheureux mais presque ordinaires.

J’ai été particulièrement impressionnée par les scènes de pêche, dont le récit relève presque du récit d’aventure. Le roman est très bien dosé puisqu’à cela s’ajoute une histoire d’amour racontée avec beaucoup de délicatesse.

Référence

Catherine Poulain, Le grand marin, éditions Points, 384 pages