Un barrage contre le Pacifique – Marguerite Duras

duras2

Dans les années 1930 en Indochine, une femme se bat contre l’administration coloniale française qui met tout en oeuvre pour la ruiner. Cette femme, que l’on ne connaît que sous le nom de « la mère », a acheté une concession agricole avec l’argent économisé pendant 15 ans, sans savoir que cette concession était inexploitable. Elle fit partie d’un grand nombre de français à qui fut attribué un terrain régulièrement inondé par le Pacifique, faute de pouvoir graisser la patte d’un agent colonial.

Aidée des villageois et de ses enfants, elle tenta de lutter contre le Pacifique en construisant des digues, qui ne tirent pas longtemps. Ruinée, elle est complètement désespérée d’avoir gaspillée autant d’années d’économies dans un projet stérile qu’elle ne pourra pas léguer à ses deux enfants, Joseph (20 ans) et Suzanne (17 ans).

L’unique solution de survie de ses enfants est la fuite : ils ne conçoivent pas de rester vivre dans ce lieu infertile, terre de malheur et de désespoir. Mais il leur est également extrêmement difficile d’abandonner leur mère. Pour essayer de s’en sortir, ils ne voient que peu de moyens : gagner de l’argent très rapidement (et pas nécessairement de manière honnête) et marier Suzanne à un homme riche.

« M. Jo s’empara de la main de Suzanne pour la retenir de glisser dans la cruauté. » (page 103)

Je n’avais absolument pas idée de ce qui m’attendait en lisant ce roman et j’étais à mille lieux d’envisager le poids de noirceur et de cruauté contenu dans celui-ci. Lire la suite de « Un barrage contre le Pacifique – Marguerite Duras »

La tresse – Laetitia Colombani

tresseSmita fait partie de la caste la plus basse, celle des Dalits. Cette jeune femme et mère de famille vit dans l’Uttar Pradesh avec son mari et sa petite fille de 6 ans. Elle gagne sa vie en vidant à la main les fosses d’aisance des habitants de son quartier. Son seul espoir est que sa fille Lalita puisse être scolarisée, pour avoir une chance de faire autre chose de sa vie.

Giulia travaille dans la fabrique de perruques de son père, en Sicile. Cette jeune femme d’à peine 20 ans fait la rencontre d’un bel homme originaire d’Inde, qui lui apprend la tendresse et l’amour.

Sarah est une quadragénaire hyperactive qui semble avoir tout réussi : malgré ses deux mariages qui ont échoué, elle a trois beaux enfants dont elle s’occupe et une belle carrière dans un grand cabinet d’avocat où elle s’attend à être nommée “Managing Partner” d’ici peu.

La tresse est un beau portrait de femmes déterminées et libres, qui ont décidé de ne pas se laisser dicter leurs choix de vie. Ce sont des femmes pour qui la réussite professionnelle importe beaucoup car elle conditionne leur indépendance. Même si ces femmes sont pleines d’espoir et connaissent parfois la réussite, leur portrait n’est pas manichéen : elles vivent également des périodes de doute profond et de désespoir. Lire la suite de « La tresse – Laetitia Colombani »

Cortex – Ann Scott

CortexUne bombe a explosé lors de la cérémonie de remise des Oscars. L’explosion eut lieu dans les premiers rangs, où sont installés tous les représentants des films en compétition et toutes les célébrités du cinéma. La communauté américaine du cinéma est complètement décimée.

Angie, une jeune réalisatrice française accompagnait son ex petit-ami qui assistait à la soirée. Ils s’étaient retrouvés depuis deux jours et ne se quittaient plus. Russ, un vieux producteur, assure la réalisation de cette cérémonie depuis des années et envisageait de s’arrêter après celle-ci, sans savoir de quoi serait fait son quotidien ensuite. Sa femme étant décédée depuis un mois, cette cérémonie le maintenait la tête hors de l’eau et l’empêchait de sombrer. Burt est un humoriste qui partage des podcasts cinglants et moqueurs depuis quelques temps, en cachant son identité derrière un masque. Il était également présent à cette cérémonie et a réalisé un podcast dans le hall du théâtre, pour se moquer de toute cette effervescence et critiquer ce qu’est devenu le cinéma américain.

J’ai été saisie par le réalisme de ce roman, qui est extrêmement puissant. Se retrouver devant plusieurs pages de listes d’acteurs et de réalisateurs très connus décédés a quelque chose de bouleversant, au point que l’on continue de penser à cette liste de décès bien après avoir refermé le roman. Lire la suite de « Cortex – Ann Scott »

Défaite des maîtres et possesseurs – Vincent Message

IMG_20170530_075624_707« Alors que nous venions en paix, nous étions devenus ceux qui tuent, et eux ceux qui se savent condamnés à mourir. » (page 76)

De nos jours (ou presque), dans un pays qui ressemble à la France, les êtres humains ne dominent plus la chaîne alimentaire mais font partie intégrante de celle-ci. Après avoir pris contact avec des êtres vivants au-delà du système solaire, les êtres humains ont connu une pandémie inexpliquée et la guerre. Ces êtres, qui se surnomment eux-mêmes les « Démons », ont pris le contrôle de la Terre et sont devenus les maîtres des humains.

« Il y a, pour résumer, trois catégories d’hommes : ceux qui travaillent pour nous ; ceux qui s’efforcent de nous tenir compagnie ; ceux que nous mangeons. » (p. 101)

Malo Claeys est l’un de ces êtres non humains et il est le narrateur de cette histoire. Iris, la jeune femme qui vit chez lui en tant qu’être humaine de compagnie vient de subir un accident et a besoin de se faire opérer de toute urgence. Mais pour cela, Iris doit avoir des papiers certifiant qu’elle est bien destinée à être une humaine de compagnie. Malo est confronté à son passé : en racontant son combat pour lui obtenir les documents nécessaires, il nous parle du passé d’Iris et de son propre passé. En effet, avant de devenir un conseiller juridique et défenseur du droit des humains, il fut inspecteur dans des abattoirs. Lire la suite de « Défaite des maîtres et possesseurs – Vincent Message »

L’origine de nos amours – Erik Orsenna

IMG_20170527_182023_583Voici un billet un peu atypique car j’ai l’habitude de vous parler de mes lectures de manière assez classique : après vous en avoir expliqué la trame principale, j’essaie de vous partager mon humble critique. Je fais une exception à cet usage avec ce très beau roman d’Erik Orsenna. Dans L’origine de nos amours, il parle de sa relation avec son père et de ce qu’ils ont en commun : des échecs sentimentaux et une incapacité à faire durer leurs relations amoureuses.

Comme habituellement, j’ai adoré lire Erik Orsenna, qui a un talent de conteur dont je ne me lasse jamais. Et pour vous en convaincre, j’ai choisi un extrait particulièrement poétique :

« Plus tard, allongé dans mon lit, ma lampe éteinte, je me souviens de m’être dit : quand tu mens, des ailes te poussent. Plus rien ne t’emprisonne. Et je me suis endormi oiseau. Ainsi naissent les vocations d’écrivains. » (page 42)

Référence

Erik Orsenna, L’origine de nos amours, éditions Stock, 275 pages

Le dernier amour d’Attila Kiss – Julia Kerninon

IMG_20170517_075335_199 (1)Attila Kiss a 40 ans quand il quitte tout. Il était marié avec la fille d’un grand mafieux et a fait l’erreur d’accepter de travailler pour lui. Il est tombé dans un cercle vicieux dont il était très difficile de sortir. La seule chose qui lui maintenait la tête hors de l’eau était sa double vie : il avait une maîtresse, dont il eut trois enfants. Le jour où sa femme le découvrit, il abandonna absolument tout de sa vie pour partir travailler à la campagne comme peintre dans le bâtiment.

« l’amour est la forme la plus haute de curiosité. » (page 60)

Attila rencontre Theodora, qui n’a que 25 ans et ils tombent amoureux. Très rapidement, ils vivent ensemble malgré leurs différences d’âge et de culture. Alors qu’il hait par-dessus tout les étrangers, elle est autrichienne. L’Histoire nationale de la Hongrie et les relations de ce pays avec l’Autriche ont une résonance bien particulière pour lui, et il ne peut s’empêcher d’en vouloir à Theodora.

« Tu étais sur la Riviera, petite fille, et tu avais le soleil dans les yeux. » (p.78)

Julia Kerninon raconte une histoire d’amour et celle d’un sabotage amoureux. Attila apprend à connaître Theodora petit à petit et tente malgré lui de retourner le passé de Theodora contre elle, comme s’il voulait faire capoter leur amour.

« Comme il l’avait réduite auparavant à la musique, il la réduisit cette fois à la densité de sa sécheresse, et oublia que la vérité ne se répartit pas exclusivement entre la parole et le silence, entre ce qui est dit et ce qui est tu, mais qu’elle occupe d’abord et surtout les territoires immenses et sans nom qui les séparent. » (p.80)

Julia Kerninon dissèque la relation amoureuse avec beaucoup de finesse. Lire la suite de « Le dernier amour d’Attila Kiss – Julia Kerninon »

Ressentiments distingués – Christophe Carlier

IMG_20170405_214410_671

« Dans les champs, les corbeaux voletaient, plus arrogants qu’à l’ordinaire, lançant à tout venant des cris de triomphe. Ils semblaient pressentir l’heure de leur avènement. » (page 18)

Sur une petite île bretonne où tout le monde se connaît, le facteur se transforme en un messager peu ordinaire. Du jour au lendemain, les habitants de l’île reçoivent d’étranges cartes postées depuis l’île et non signées. L’un des insulaires effraie ses voisins en leur postant des messages visant à leur montrer sa connaissance de leurs secrets intimes. Le corbeau sème la pagaille parmi les insulaires. Qui peut-il bien être ? Pourquoi cherche-t-il à troubler l’ordre public ? Où s’arrêtera-t-il ?

Ce court roman se déguste avec plaisir. Lire la suite de « Ressentiments distingués – Christophe Carlier »

Winter is coming – Pierre Jourde

G00504

Dans ce récit littéraire autobiographique, Pierre Jourde raconte la maladie de son fils Gabriel, atteint d’une maladie extrêmement rare pour laquelle il n’existe pas de traitement permettant une guérison. Tous les traitements existants ne permettaient que de prolonger de quelques mois (voire de quelques années) l’espérance de vie des malades.

Entre la découverte de sa maladie et son décès, moins d’une année s’est écoulée. Plusieurs mois après le décès de Gabriel, Pierre Jourde se met à écrire à la fois sur la découverte de la maladie de son fils et les mois qui s’en suivirent, mais aussi sur son décès et le deuil.

Pierre Jourde raconte sa propre colère suite à la découverte de la maladie et à chaque moment où il apprenait que celle-ci avait progressé. La seconde partie du récit est particulièrement dure : Pierre Jourde raconte la fin de l’espoir, la préparation au décès et le deuil. Comme vous l’aurez compris, ce texte est avant tout un texte sur la colère d’un père face à cette injustice terrible qu’est la perte d’un enfant, mais c’est aussi un texte sur Gabriel et sur la personne qu’il était.

« Nul n’était plus incarné que toi, tes nourritures étaient terrestres, c’étaient l’eau où nager, la chaleur en laquelle te lover voluptueusement. » (page 130)

En lisant Winter is coming, l’émotion est de plus en plus forte à mesure que l’on tourne les pages, pour atteindre son paroxysme dans les pages sur le manque, l’absence et la posture du deuil.

Référence

Pierre Jourde, Winter is coming, éditions Gallimard, 158 pages

Prix_Orange_du_Livre (1)

Lu dans le cadre du Prix Orange du Livre 2017

La téméraire – Marine Westphal

La téméraire« […] elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse. » (page 44)

Sali attend le décès de son conjoint Bartolomeo, qu’elle aime depuis 36 ans. Victime d’un AVC et sauvé de justesse, Bartolomeo sombre petit à petit dans la mort. Après un épisode à l’hôpital, Sali prend soin de lui au sein de leur foyer. Cela fait huit mois qu’elle s’oublie et se laisse aller. Elle ne le quitte pas des yeux. Elle ne veut pas rater un éventuel réveil ou même un mouvement de paupière de celui qu’elle aime et qu’elle ne se résout pas à voir partir. Leurs deux enfants, Gabin et Maïa, vivent avec ce décès imminent comme ils le peuvent.

J’ai été surprise par le style de Marine Westphal. Sans que l’on s’en aperçoive, elle passe avec subtilité de la poésie à un style très direct, voire cru. Elle sait concilier la douceur et la tendresse de l’amour de Sali avec l’aspect mécanique des actes médicaux qu’elle pratique. Marine Westphal manie son texte avec facilité et grâce.

Bien que je m’attendais à être bien plus touchée par ce roman à la thématique si sensible, je vous le recommande. Ce petit livre ne vous demandera que deux heures de lecture et se lira avec facilité et fluidité malgré une thématique qui peut pourtant sembler pesante. C’est certainement dû à cette belle fin, qui m’a donné une impression de grandeur et d’air pur, tout en contraste avec la maladie de Bartolomeo.

Référence

Marine Westphal, La téméraire, éditions Stock, 138 pages

Rapatriés – Néhémy Pierre-Dahomey

134451_couverture_Hres_0Quatrième de couverture : « Belliqueuse Louissaint, jeune haïtienne au caractère intrépide, tente une traversée clandestine de la mer des Caraïbes pour rejoindre les États-Unis. Le voyage échoue. Elle y laisse un enfant. De retour sur le sol natal, elle est forcée de s’installer sur une terre désolée, réservée par l’état aux clandestins infortunés. L’endroit est baptisé Rapatriés. Les conditions de vie dans ce lotissement de boat people contraignent Belli à un choix déchirant : elle fait adopter ses deux filles, Bélial et Luciole.

Bélial vivra en France sous la tutelle de Pauline, une employée d’ONG qui voit en l’enfant une nouvelle raison de vivre. Quant à Luciole, elle disparaît dans les vastes confins de l’Amérique du Nord. Plus tard, l’une des deux jeunes filles reviendra en Haïti, mais quand se présentera le moment des retrouvailles, un ultime exil aura marqué leur mère. »

Comme il est rare que je me contente de la quatrième de couverture pour parler d’un roman ! Malheureusement, ayant abandonné cette lecture au bout de 34 pages, je ne saurais en dire grand chose, si ce n’est expliquer mon abandon.

J’ai très rapidement vu qu’il me serait impossible de me faire au style de ce roman. Lire la suite de « Rapatriés – Néhémy Pierre-Dahomey »