L’année de l’Education sentimentale – Dominique Barbéris

barberis« Pour chacune d’elles, la vie des autres était un mystère. Mais elles avaient besoin des autres pour apprécier ce qu’elles vivaient. C’était en comparant qu’elles arrivaient à se faire une idée de leur vie. Sans possibilité de comparer, leur vie leur paraissait indéchiffrable. » (page 38)

Florence, Muriel et Anne sont d’anciennes amies d’études. Elles se sont connues en fac de lettres dans les années 1980 et ont depuis pris des chemins différents. Par un jour d’été dans les années 2010, elles se retrouvent chez Muriel. Elles ont toutes pris 30 années, quelques kilos et des regrets. Elle passent deux jours dans la maison de campagne de Muriel. Elles discutent, beaucoup. Elles se remémorent leurs souvenirs d’études, leur voyage en Italie, l’élection de Mitterrand. Elles se racontent ce qu’il s’est passé dans leur vie et dans celle de leurs anciens camarades depuis 1981.

« Elles avaient des milliers de fois mis la table, débarrassé la table, secoué les miettes, mis la vaisselle dans la machine, fait cuire du bifteck, acheté du Sopalin. » (p.43)

La narration de ce court roman suit leur discussion le temps de la soirée qu’elles passent ensemble : Dominique Barbéris use des dialogues, flash-backs et descriptions en suivant le rythme de la conversation des trois femmes. Le livre en est d’autant plus dynamique et rythmé.  Lire la suite de « L’année de l’Education sentimentale – Dominique Barbéris »

Publicités

Les loyautés – Delphine de Vigan

vigan2.jpg

Hélène est professeure au collège. Elle perçoit une chose anormale chez l’un de ses élèves, Théo. Il y a chez lui quelque chose de cassé, quelque chose qu’il cache. Hélène est persuadée qu’il est maltraité, son comportement lui rappelant trop bien sa propose expérience. Quoiqu’il lui en coûte, elle fera tout pour l’aider et le sauver.

Mathis est le meilleur ami de Théo. Tous les deux, ils testent de nouvelles expériences, repoussent les limites de ce que leur corps peut accepter. Ils boivent jusqu’à s’en rendre malade. Mathis est de plus en plus gêné par ce que Théo le pousse à faire, mais ne sait pas comment sortir de cette spirale.

La mère de Mathis, Cécile, ne voit pas ce qui se passe sous ses propres yeux, trop occupée à devoir supporter son époux. Quant aux parents de Théo, ils sont divorcés et ni leur relation ni leur état de santé ne leur permettent de veiller sur leur enfant.

J’étais habituée à une Delphine de Vigan qui sait raconter les personnages sur le bord du gouffre, qui sait décrire les failles les plus profondes. Les personnages des Loyautés sont de ceux-là mais l’écriture est trop appuyée, trop grossière, trop rapide, pour que cela ait fonctionné sur moi. L’intrigue manque de finesse, comme si tous les ingrédients d’un bon roman triste avaient été réunis pour faire un livre qui se vende bien. Bref, je suis déçue car Delphine de Vigan a toujours su me toucher à travers ses romans.

Référence

Delphine de Vigan, Les loyautés, éditions JC Lattes,

Mes plus belles lectures 2017

2017 m’aura permis de redécouvrir Romain Gary, écrivain dont je n’aurais jamais soupçonné la capacité à m’émerveiller après une première lecture catastrophique de l’un de ses romans, il y a plusieurs années.

Grâce aux Bibliomaniacs, j’ai également fait beaucoup de magnifiques découvertes, comme Catherine Cusset, Jean Hegland, Julia Kerninon, Jacques Roumain, Nathan Hill…

Voici, en images, mes coups de coeur 2017 :

 

Le grand marin – Catherine Poulain

IMG_20171126_094945_053Du jour au lendemain, Lili a quitté Manosque-les-couteaux dans le sud de la France pour rejoindre l’Alaska. Elle traverse l’Atlantique en avion puis les Etats-Unis en bus jusqu’au port de l’Alaska où elle espère embarquer sur un bateau de pêche. C’est à bord du Rebel qu’elle fait ses premiers pas alors qu’elle ne connaît rien de la mer et de ses dangers. Elle doit constamment faire ses preuves et démontrer qu’elle est autant capable qu’un homme et qu’un marin expérimenté.

Lili tait ses blessures, accepte de dormir sur le sol, de sauter des repas. Elle montre une abnégation incroyable et est petit à petit intégrée au monde très viril et éprouvant des marins. Et parmi tous ces marins, se trouve le grand marin, l’homme dont elle tombe amoureuse. Le grand marin cherche de la stabilité, de la douceur, et représente pour Lili un nouveau risque, celui de perdre sa liberté durement gagnée.

J’ai plongé dans cet univers marin assez rapidement mais avec quelques difficultés. Il m’a bien fallu quelques dizaines de pages pour me faire à tout ce vocabulaire technique et le glossaire en fin de roman me fut d’une grande aide.

Lili est une jeune femme émouvante et pour laquelle on se prend facilement d’empathie. A travers ce personnage d’une grande humilité et humanité, on découvre des vies d’hommes faites de misère et d’alcool. La douce puissance de Catherine Poulain est de raconter tous ces personnages en retirant le filtre du jugement social : ceux qui sont habituellement vus comme des marginaux sont des hommes certes malheureux mais presque ordinaires.

J’ai été particulièrement impressionnée par les scènes de pêche, dont le récit relève presque du récit d’aventure. Le roman est très bien dosé puisqu’à cela s’ajoute une histoire d’amour racontée avec beaucoup de délicatesse.

Référence

Catherine Poulain, Le grand marin, éditions Points, 384 pages

La promesse de l’aube – Romain Gary

GARY« […] plus je regardais le visage vieilli, fatigué, de ma mère, et plus mon sens de l’injustice et ma volonté de redresser le monde et de le rendre honorable grandissaient en moi. J’écrivais tard dans la nuit. » (page 184)

Romain Gary, de son vrai nom Romain Kacew, n’a presque pas vécu avec son père et sa mère dut se débrouiller seule pour l’élever. Cette femme extravagante dotée d’un caractère affirmé a profondément marqué l’homme qu’il est devenu. Ils ont émigré de Russie en passant par la Pologne où il sont restés quelques temps avant de rejoindre le sud de la France.

Sa mère fut particulièrement présente dans la construction de son identité. Elle lui asséna l’idée qu’il allait devenir un grand homme, qu’il ferait de belles études, serait un grand artiste reconnu, officier puis ambassadeur. Elle tourna toute sa vie autour de son fils, afin qu’il réalise les ambitions qu’elle avait pour lui. Elle cumula les petits boulots pour qu’il soit toujours bien vêtu, bien nourri et qu’il étudie dans une bonne école. A la fin des années 1920, quand ils arrivent à Nice, elle en arrive à vendre de l’argenterie, à investir dans une société de taxi et à tenir un hôtel pension. Elle a une vraie âme de commercial et d’entrepreneur et une énergie folle quand il s’agit de mettre toutes les chances de son côté pour la réussite de son fils.

« Avec, au cœur, un tel besoin d’élévation, tout devenait abîme et chute. » (p. 366)

Il finit par intégrer une école militaire, puis l’armée de l’air pendant la Seconde Guerre mondiale et rejoignit les partisans de De Gaulle en Angleterre puis en Afrique du Nord.

Quel chef-d’oeuvre incroyable !

Du début à la fin du récit, j’ai été époustouflée par chaque choix de mot, par la justesse des phrases, par la finesse de la pensée de Romain Gary. La narration de chacune de chacun de ses souvenirs est à la fois pleine de beauté et source d’émerveillement. Je suis sortie de cette lecture avec la sensation d’avoir découvert ce qu’était la lumière et le regret de ne pas l’avoir découvert plus tôt. Lire la suite de « La promesse de l’aube – Romain Gary »

Sciences de la vie – Joy Sorman

SORMANUn matin, Ninon Moise se réveille brusquement, avec une sensation de brûlure intense sur les bras. Elle est immédiatement saisie par la puissance de cette douleur, qu’elle a du mal à définir : brûlure tout d’abord, mais aussi piqûre, coupure, écorchure… Ce que Ninon et sa mère Esther ont en mémoire, c’est l’histoire féminine de leur famille : aussi loin qu’elles puissent remonter dans leur arbre généalogique, il y eut toujours des femmes atteintes de maladies innommables, inconnues de leur époque, impossibles à soigner.

Ninon est une jeune femme de 17 ans, dont les premiers réflexes face à ce qu’il lui arrive est de chercher à le nommer : Google est alors son ami. Et lorsque Google ne peut plus rien pour elle, elle part à l’assaut du monde médical et hospitalier pour trouver une réponse scientifique au mal qui la ronge, puis un traitement. Même si elle laisse s’écrouler tout son monde de lycéenne (cours, amies, sorties…), elle se bat contre cette destinée.

Alors pourquoi, malgré une intrigue qui semble captivante, n’ai-je pas aimé ce roman, au point de l’abandonner 100 pages avant sa fin ?

  • Ninon m’est restée extérieure, insaisissable. Je n’ai pas réussi à me mettre à sa place. Je voulais ressentir ce qu’était cet état de douleur permanent et irradiant et comprendre les émotions que cela engendrait pour une jeune femme tout juste sortie de l’adolescence. Joy Sorman reste à la surface de cette interrogation, elle ne sonde pas les ressentis de Ninon mais ne fait que lister ses réactions.

 

  • Esther, la mère de Ninon, est une enveloppe vide et un personnage dont je ne comprends absolument pas l’absence de réaction. Certes, Esther est probablement sous le choc de voir que la prophétie familiale s’applique sur sa fille. Mais pourquoi rester totalement passive et ne pas tout faire pour rester proche de sa fille ? Et où sont les autres membres de cette famille ? J’ai notamment été intriguée par l’absence de père mais surtout par l’absence d’explication sur sa non présence.

 

  • Sciences de la vie m’a fait l’effet d’une boucle continue, de répétitions sans fin et sans intérêt. Joy Sorman ne fait que raconter perpétuellement les mêmes démarches entreprises par Ninon, ses symptômes et sa douleur. Je me suis particulièrement ennuyée en lisant des pages qui ne m’apprenaient rien de plus que le chapitre précédent, au point de lire en diagonale certains paragraphes.

 

  • Les chapitres consacrés aux aïeules de Ninon et à leur maladie n’apportent rien à l’histoire de Ninon. Certes, ils illustrent la légende familiale mais ils ne permettent pas de comprendre Ninon et Esther. Au contraire, ils mettent en exergue l’incohérence des réactions de l’une et la passivité de l’autre.

 

Toutefois, je ne voudrais décourager personne de se lancer dans ce roman car je sais qu’il a plu à d’autres lectrices dont je donne beaucoup de valeur aux opinions. Allez-y donc et faites-vous votre avis (et revenez ensuite me dire ce que vous en avez pensé).

 

Référence

Joy Sorman, Sciences de la vie, éditions Seuil, 267 pages

Bibliomaniacs #42

Voici enfin arrivée notre émission consacrée à la rentrée littéraire ! Nous avions hâte de commencer à vous parler de nos trouvailles. Vous verrez que nos avis divergent beaucoup, excepté pour un roman qui fait l’unanimité !

Au programme :

  • Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill
  • Sciences de la vie de Joy Sorman
  • Une histoire des loups d’Emily Fridlund

Bonne écoute !

Le jour d’avant – Sorj Chalandon

ChalandonMichel Flavent raconte l’histoire de sa famille, marquée par la tragédie. Son frère Joseph est entrée à la mine dans les années 1960, alors qu’il n’avait que 20 ans. Il aurait pu être mécanicien ou bien agriculteur comme son père mais par fierté, par besoin de prouver sa virilité et d’appartenir à une communauté avec une identité forte, il est devenu mineur malgré l’avis de ses parents.

« Tu sais quoi ? disait mon père. Tu n’iras pas au charbon, tu iras au chagrin. »

Michel raconte le décès de son frère, alors qu’il n’a que 30 ans, des suites d’un coup de grisou qui tua 42 mineurs en 1974. Il vécut avec le souvenir douloureux d’un jeune homme plein de vie qui n’eut pas le temps de construire sa propre famille. Michel érigea un mausolée pour son frère et les mineurs de Liévin, en transformant son garage en un musée où il rassemblait tous les documents et pièces relatifs à la mine de Liévin et à cette catastrophe.

Pendant des décennies, il vécut avec l’idée que les coupables n’avaient jamais été punis, encore moins le véritable coupable : Lucien Dravelle, l’agent de maîtrise qui était notamment en charge de la sécurité des mineurs. Pour des raisons de rendement, la sécurité de la fosse n’avait pas été assurée au retour des vacances de Noël 1974. En 2014, à la mort de sa femme Cécile des suites d’une maladie, Michel décide de retourner à Liévin et de retrouver Lucien Dravelle. Lire la suite de « Le jour d’avant – Sorj Chalandon »

C’est la rentrée ! #RL2017

De retour après une grosse coupure d’un mois, je vous présente en image tous les livres que j’ai repérés pour cette rentrée littéraire. J’en ai déjà lu une partie, avec des coups de cœur et des déceptions. Je vous en ferai un bilan en images dans quelques jours…

Ceux déjà lus…

 

…et ceux mis au programme des prochaines semaines

 

Et vous, en avez-vous repéré d’autres ?