La grande arche – Laurence Cossé

COSSE

Dans les années 1980, un grand concours d’architecture est lancé afin de redonner un nouvel élan à La Défense. Spreckelsen, un architecte danois gagne le concours sur la base des plans qu’ils a dessiné et de son concept de cube légèrement désaxé par rapport à la ligne Louvre-Place de l’étoile. Jusqu’à présent, il n’avait construit que quelques églises dans son pays et est totalement inconnu en France. La mise en oeuvre de son projet fut pour lui d’une vraie difficulté, puisqu’il n’avait pas imaginé la complexité des différences culturelles avec la France ni celle de l’administration française.

Laurence Cossé raconte les stratégies et machinations politiques derrière ce choix de cube, ainsi que la manière dont certains s’y sont pris pour influencer Mitterrand. Spreckelsen n’était pas prêt à cela, de la même manière qu’il n’était pas prêt à devoir affronter toute cette complexité administrative et règlementaire, lui qui ne pensait qu’à mettre en oeuvre ce dont il avait rêvé.

Ce récit est le parfait équilibre entre politique, architecture, administration et Histoire française. Lire la suite de « La grande arche – Laurence Cossé »

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Un monde à portée de main – Maylis de Kerangal

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« Elle apprend à voir. » (p. 54)

Paula, Kate et Jonas sont tous les trois étudiants au sein d’une école bruxelloise qui leur ouvrira les portes du métier de peintre en décor. Ce qu’ils apprennent à peindre, ce sont des trompe-l’oeil, que ce soit pour la décoration intérieure classique mais aussi pour des décors artistiques. Leur année d’études est intense intellectuellement puisqu’ils apprennent en peu de temps énormément de techniques mais aussi physiquement car leur corps subit les heures passées debout, pinceau à la main.

Maylis de Kérangal m’a replongée dans mes années d’études, celles de la découverte d’une nouvelle ville, de nouveaux amis, de nouvelles matières. Elle raconte avec beaucoup de simplicité et de réalisme la vie étudiante, à la fois faite d’amusement mais surtout d’engagement et d’abnégation pour Paula.

Dans Un monde à portée de main, j’ai retrouvé son talent pour parler du corps, Lire la suite de « Un monde à portée de main – Maylis de Kerangal »

Ma dévotion – Julia Kerninon

kerninonHelen est très âgée lorsqu’elle croise Frank à Londres. Cela fait 23 ans qu’ils ne se sont pas vus malgré le fait qu’ils aient vécu ensemble pendant des décennies, à Amsterdam puis en Normandie. Helen ne peut plus garder pour elle tout ce qu’elle n’a jamais dit à Frank. Elle déverse alors en pleine rue toute leur histoire d’amour, que ce soient les moments heureux mais surtout ceux de solitude qu’elle connut.

Racontée par Helen, cette narration est à la fois addictive et un brin agaçante. S’adressant à un homme qui connaît tous les épisodes de leur vie et notamment ceux tragiques, Helen les masque volontairement tout en laissant entrapercevoir au lecteur un drame. Elle construit sa narration par des flash-backs tout en créant beaucoup tout un mystère sur ce qui leur est arrivé et qui est la source de sa culpabilité depuis des années. Le fait qu’elle raconte son récit en disant « tu » n’est pas source d’agacement en soi mais ce fut plutôt le contexte de la narration qui m’a beaucoup dérangée pour croire à ce roman. Il me semble que si j’ai eu autant de mal à y entrer, c’est certainement à cause de ce biais de départ introduit par cette narration. Lire la suite de « Ma dévotion – Julia Kerninon »

La révolte – Clara Dupont-Monod

dupont-monod« Dans les yeux de ma mère, je vois des choses qui me terrassent. Je vois d’immenses conquêtes, des maisons vides et des armures. Elle porte en elle une colère qui me condamne et m’oblige à être meilleur. »

Aliénor d’Aquitaine a une trentaine d’années en 1152 lorsqu’elle épouse le roi d’Angleterre, Henri II. Elle amène au Royaume d’Angleterre les terres d’Aquitaine, pensant pouvoir continuer à gouverner de manière autonome cette région. Il lui faut deux ans pour se rendre compte de la main mise de son époux sur ses terres.

« Sur ce parvis se tiennent deux fauves et chacun est sûr de son ascendant sur l’autre. En réalité, parce qu’ils se ressemblent trop, parce qu’ils se valent, ils deviendront ennemis mortels. »

Elle élève alors ses fils pour en faire de futurs rois et elle les ligue contre leur père. Elle leur ordonne de participer à une grande révolte visant à détrôner le roi et à le remplacer par leur fils aîné. L’histoire de cette révolte et de ses conséquences est racontée à travers la voix de son fils Richard, qui brûle d’amour et de respect pour cette mère exceptionnelle. Avec tout le panache et le charisme d’un futur roi, Richard raconte les années de guerre puis celles de la réconciliation avant son départ pour la croisade.

La narration très rythmée et puissante de Richard donne au roman un caractère particulièrement adictif. Lire la suite de « La révolte – Clara Dupont-Monod »

Mon bilan de septembre

Après un passage à la médiathèque, je me suis plongée de nouveau dans quelques bandes-dessinées. Cela faisait longtemps et ça fait du bien !

Un coup de coeur ?

Malheureusement, non. J’ai fait de très belles découvertes mais soit il m’a manqué quelque chose, soit il y avait trop de violence pour que cela se transforme en coup de coeur.

Mes belles lectures

Mes abandons et déceptions

Lectures en cours et à venir

Juste un peu de temps – Caroline Boudet

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Sophie est une rennaise trentenaire mère de trois enfants et salariée au sein d’un cabinet de recrutement. Son entourage la considère comme la femme-mère-épouse parfaite, qui arrive à tout concilier sans difficulté. Elle rend tout simplement jalouses les autres mamans.

Un jour comme un autre, alors qu’elle est au bureau, Sophie ressent le besoin d’une parenthèse, de prendre du temps rien que pour elle, sans se soucier de toutes les tâches qui l’attendent. En pleine journée, elle quitte le travail pour prendre un TER en direction de Saint-Malo, où elle décide de passer l’après-midi à se reposer dans une chambre d’hôtel. Mais le plus dur pour elle est de décider de revenir à la réalité et de mettre fin à cette pause malouine.

Je ne m’attendais pas à autant de justesse Lire la suite de « Juste un peu de temps – Caroline Boudet »

En nous beaucoup d’hommes respirent – Marie-Aude Murail

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Marie-Aude Murail entreprend de raconter l’histoire de sa famille, ce qui passe par les histoires amoureuses de ses aïeux. Pour cela, elle prend son temps et fouille parmi les trésors trouvés dans la maison familiale. Elle découvre notamment des lettres et des photos, sur lesquels elle s’appuie pour raconter leurs histoires.

Elle commence par l’histoire romantique et passionnée de Raoul et Cécile, raconte leur coup de foudre grâce aux courriers de ceux-ci mais aussi grâce au goût de Raoul pour la littérature. Quelle histoire incroyable que la leur, coupée par la Première Guerre mondiale. Marie-Aude Murail arrive à redonner vie à leur amour et à l’atmosphère tragico-romantique de celui-ci.

Elle agrémente son récit des matériaux bruts qu’elle a trouvé : des photos de famille, des poèmes, des lettres, des textes, etc. Cela fait de ce livre un bel objet, avec une jolie mise en page. Marie-Aude Murail arrive à faire de ce travail de mémoire familial une saga qui classe cette famille à part tout en rappelant à quel point elle vécut beaucoup d’événement similaires à toutes les familles françaises.

Au bout de cette lecture, on comprend l’héritage créatif que lui ont légués ses ancêtres, et notamment son père et son grand-père. Bien qu’à une dose plus petite, on retrouve dans ce livre l’humour parfois moqueur de Marie-Aude Murail.

Référence

Marie-Aude Murail, En nous beaucoup d’hommes respirent, éditions L’iconoclaste, 440 pages

Tenir jusqu’à l’aube – Carole Fives

FIVESUne jeune femme a emménagé il y a peu à Lyon, où elle élève seule son fils qui a un peu moins de deux ans. Elle est graphiste free-lance et n’ayant pas trouvé de solution de garde, elle passe toutes ses journées et ses nuits avec son garçon. Elle travaille dès qu’il se met à dormir et use progressivement la corde.

En plus de la fatigue, elle ressent un sentiment d’emprisonnement qui la fait souffrir. Depuis qu’elle est à Lyon, elle n’a fait aucune connaissance, ne voit plus ses anciens amis et n’arrive pas à nouer de nouveaux contacts amicaux ou amoureux. Elle se crée des parenthèses, comme des temps de respiration, en sortant quelques minutes seule le soir quand son fils dort. Petit à petit, elle prolonge ses temps de sortie, tout en étant consciente du risque qu’elle prend si jamais il arrivait quelque chose à son enfant.

Par une écriture introspective, Carole Fives livre les émotions de cette mère célibataire tout en développant un rythme et un dynamisme qui servent à maintenir un certain niveau de tension dans la narration. Le lecteur est immédiatement happé par la solitude de cette femme qui ne peut plus vivre autrement qu’accompagnée en permanence. Elle cherche à tout prix des solutions, que l’Administration ne sait pas lui proposer. Elle essaie alors internet, afin de bénéficier des conseils des autres mères dans sa situation mais se heurte à des jugements péremptoires.

La tension et le réalisme de ce roman sont tels qu’il se lit d’une traite et sans voir le temps passer. Les personnages secondaires sont peu nombreux et les caractères de l’ensemble des personnages sont peu développés, le choix étant fait de se focaliser sur le ressenti de cette femme, ce qui fonctionne très bien.

Voici un roman de cette nouvelle rentrée littéraire que je recommande !

Références

Carole Fives, Tenir jusqu’à l’aube, éditions l’arbalète Gallimard, 177 pages

Bye bye blondie – Virginie Despentes

DESPENTES4« La rage s’épaississait en elle, prenait racine au fond du cœur, s’enfonçait. » (page 80)

A la fin des années 1980, Gloria est adolescente. Elle n’arrive pas à se faire une place dans son foyer et le dialogue avec ses parents est rompu. Elle passe son temps à traîner en bande, avec ses amis du lycée. Face à la violence physique qui déborde de Gloria, ses parents décident de la faire interner dans un hôpital psychologique. Elle y fait la connaissance d’Eric, avec lequel elle vit sa première histoire d’amour. Une dizaine d’années plus tard, elle croise la route d’Eric, tout à fait par hasard. Cela réveille les souvenirs de sa jeunesse : les semaines passées à l’hôpital, celles passées à dormir dans la rue et à aller de concert en concert.

« Elle était déchiquetée, ça faisait tellement mal d’être dans sa peau à elle qu’elle ne sentait plus aucune variation dans la douleur. » (p. 137)

J’ai retrouvé la Virginie Despentes que j’avais découverte à travers un essai, King Kong Théorie : dans Bye bye Blondie, on y trouve la même force dans la langue, le même style extrêmement puissant. Cette quasi violence dans l’écriture ne retire en rien à ce roman sa sensibilité. Lire la suite de « Bye bye blondie – Virginie Despentes »

Entrez dans la danse – Jean Teulé

TEULE2« Depuis presque une semaine, relate le quatrième adjoint, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer dans des rondes, des farandoles, sans s’arrêter jour et nuit. Beaucoup en tombent d’épuisement, se blessent. »

Au XVIème siècle une étrange obsession se répand parmi les habitants de Strasbourg : ils sont de plus en plus nombreux à sortir de chez eux pour danser sur la place publique pendant des heures, des jours et des nuits sans s’arrêter. Les pouvoirs politique comme religieux n’y comprennent rien et cherchent des solutions pour éviter la propagation de cette lubie. On parque les danseurs et on les nourrit mais cela ne fait qu’inciter les affamés non malades à les rejoindre. Rien ne marche alors ils sont exclus de la ville, au-delà des remparts.

Jean Teulé a choisi un sujet historique très original, dont je n’avais pas connaissance. Pour autant, il n’a pas réussi à développer ma curiosité, Lire la suite de « Entrez dans la danse – Jean Teulé »