Le Dit du vivant – Denis Drummond

Un important séisme crée de gros dégâts au Japon et tue la quasi totalité des habitants d’un petit village. L’éboulement de terre meutrier met à jour une grande sépulture, dont la fouille et l’analyse des résultats nécessitent la collaboration de toute la communauté scientifique internationale. Sandra Blake est paléogénéticienne et travaille en Amérique latine lorsqu’elle est appelée pour diriger une équipe de recherche sur le site japonais. La sépulture révèle l’existence d’une civilisation inconnue et soulève des questions inédites dans la communauté scientifique.

Ce roman fut un vrai plaisir et je pense qu’il ravira facilement toutes les personnes curieuses. Denis Drummond crée une civilisation de toutes pièces, qui a la particularité de n’avoir aucun passé génétique, comme si elle sortait de nulle part. La sépulture qu’il invente révèle peu à peu l’histoire courte de cette civilisation, leur langue, leurs croyances, les défis auxquels elle dut faire face et son extinction.

La narration est particulièrement intelligente puisque les découvertes sont dévoilées au fur et à mesure, installant ainsi un certain suspense. Ce qui m’a particulièrement plu dans cette narration est la diversité des matériaux narratifs. Denis Drummond utilise à la fois le journal intime de Sandra Blake, mais aussi sa correspondance, des articles de presse, etc. pour dérouler son intrigue. Je ne suis pas certaine que ce roman soit accessible à des lecteurs qui lisent peu ou peut-être aurais-je plutôt tendance à le recommander à des lecteurs qui aiment les dystopies ou bien l’Histoire. Quoiqu’il en soit, j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire et il m’a vraiment fait voyager dans un autre monde.

Référence

Denis Drummond, Le Dit du vivant, éditions du Cherche-Midi, 288 pages

Mon bilan lectures du premier trimestre

Voilà un mois que je n’ai pas publié d’article, je n’ai pas vu le temps passer ! Ce n’est pas faute d’avoir fait quelques belles lectures… En effet, je choisis désormais plus facilement ce que je lis et je me rends compte que cela a un bel effet positif sur mon nombre de coups de coeur !

Mes coups de coeur

Mes autres jolies lectures

Mes déceptions & abandons

Lectures en cours et à venir

Arsène Lupin, Gentleman cambrioleur – Maurice Leblanc

Qui n’a jamais entendu parler d’Arsène Lupin ? Faut-il présenter ce personnage de la littérature policière ? Même si je le connaissais, je n’en avais encore jamais lu une seule aventure jusqu’à présent. Quel dommage ! Sur les conseils de @clairethefrenchbooklover, j’ai donc commencé ma découverte avec ce roman ou devrais-je dire ce recueil de nouvelles ?

Ce cambrioleur oeuvre à Paris et en Normandie, au début du XXème siècle. Il a un talent particulier pour le déguisement, et sait ainsi suffisamment bien se maquiller, s’habiller et singer des manières d’être, pour qu’on ne le reconnaisse jamais. Il peut ainsi commettre ses méfaits au nez et à la barbe de tous, avec parfois une certaine moquerie pour ceux qui se font dûper. Au-delà du fait qu’il sait se fondre dans la haute société pour mieux préparer ses coups, il a un don hors du commun pour inventer des énigmes les plus recherchées.

Dans Arsène Lupin, Gentleman cambrioleur, Maurice Leblanc fait parler l’un des proches d’Arsène Lupin, qui est dans la confidence de son identité. Celui-ci tient donc le rôle de narrateur et s’amuse particulièrement à raconter les aventures de son ami. Chaque chapitre peut ainsi se lire comme une histoire à part entière (une nouvelle ?), avec ses propres personnages, son intrigue, ses rebondissements et sa conclusion. A chaque chapitre, je me suis laissée emportée par l’intrigue, me demandant toujours ce que Maurice Leblanc allait bien pouvoir inventer pour suprendre son lecteur. J’ai plus particulièrement aimé les aventures dans lesquelles Arsène Lupin annonce à l’avance à un bourgeois qu’il va le cambrioler et une autre dans laquelle il est emprisonné et annonce à tous qu’il n’assistera pas à son procès.

Voici donc un vrai page-turner, très accessible et idéal lorsque l’on a des plages de lecture réduites et peu de disponibilité d’esprit. C’est particulièrement réconfortant et gratifiant de lire Arsène Lupin car on y prend plaisir à chaque chapitre, qui dure environ une vingtaine de minutes. Bref, ce fut un vrai coup de coeur, que je regrette de ne pas avoir découvert plus tôt et pour lequel je n’ai absolument aucun bémol ! Aucun ? Si, peut-être qu’il n’y a pratiquement aucun personnage féminin, quel dommage !

Référence

Maurice Leblanc, Arsène Lupin, Gentleman cambrioleur, 192 pages

Radicales – Coralie Bru

Julia a la cinquantaine, elle est correctrice. Un jour, elle a le pressentiment que quelque chose ne va pas dans la vie de sa fille et adolescente Lucie. Son instinct est le bon et celle-ci lui confie un secret et lui demande de l’aider, sans rien dire à leur entourage familial proche. Ce secret lui révèle sa fille, dont elle ne soupçonnait pas la force, tout en ouvrant la porte à d’autres secrets tus.

J’ai mis beaucoup de temps à me lancer dans l’écriture de cet article car je craignais qu’il ne soit pas à la hauteur du roman. J’ai en effet été très touchée par la finesse de Coralie Bru, sa manière de parler de sujets importants et trop peu abordés dans la littérature. Ce qui m’a le plus émue est bien entendu le thème de l’interruption de grossesse (que celle-ci soit volontaire ou médicale), et aussi celui de la manière dont les enfants échappent à leurs parents en grandissant. J’ai été surprise par le fait que ce sujet me touche autant. Il y a une émotion et un tel recul dans la voix du personnage principal, qui m’a permis de me mettre à la place de mes propres parents et de ressentir les émotions qu’ils ont certainement dû éprouver en voyant leurs enfants grandir puis partir de la maison. Même si c’est exactement ce que je recherche dans la littérature, il est rare qu’un roman me fasse un tel effet empathique, jusque dans ma propre vie. Et c’est bien là la puissance de Radicales : les personnages incarnent parfaitement la réalité vécue par les femmes à propos de leur grossesse, qu’elles décident de l’interrompre ou bien qu’elles subissent une perte tragique. Il y a une telle justesse dans ces personnages, leurs dialogues, leur vécu, qu’il est impossible de ne pas faire le lien avec nos histoires personnelles ou celles de nos proches. A peine refermé, c’est un roman que l’on a alors envie d’offrir aux femmes qui nous entourrent.

J’ai beaucoup apprécié la tonalité de Radicales, qui aborde des sujets douloureux avec délicatesse mais aussi avec une touche d’humour. Plusieurs fois, j’ai souri devant certains détails, ce qui m’arrive habituellement peu en lisant. Je crois que je fait que la narration soit écrite du point de vue de Julia y est pour beaucoup. Cela apporte beaucoup d’humanité, d’émotion, Julia ayant à la fois une forme de sagesse et aussi une naïveté sur certaines choses.

Radicales est le roman de Coralie Bru qui m’a le plus touchée et je vous le recommande de tout mon coeur.

Référence

Coralie Bru, Radicales, Librinova, 247 pages

Mon bilan d’octobre

Le mois d’octobre ayant été synonyme pour moi de temps, j’ai pu faire plus de lectures que d’ordinaires. Je me suis notamment tournée vers des livres jeunesse, en vue de la préparation d’un épisode de Bibliomaniacs avec Claire (épisode que nous devrions enregistrer et diffuser en début d’année prochaine). Même si je n’ai abandonné aucune lecture en cours de route, je réalise en faisant ce bilan que j’ai eu pas mal de déceptions, m’attendant à être bien plus intéressée et transportée par un certain nombre de lectures.

Mes coups de coeur

Mes autres jolies lectures

Mes déceptions

Même si je ne suis absolument pas certaine de continuer à lire autant dans les prochains mois, mon mois de novembre commence plutôt bien de ce côté… Rendez-vous dans quelques semaine pour mon prochain bilan !

Leurs enfants après eux – Nicolas Mathieu

En 1992, Anthony a 14 ans et passe son été à tourner en rond dans sa ville de l’est de la France. Il occupe ses journées avec son cousin, essaie tant bien que mal de s’amuser dans les soirées estivales organisées par ses amis. Le vol de la moto de son père à l’occasion de l’une de ces soirées lui fait prendre le virage dangereux de la vengeance et de la violence, qui ne le quitteront pas pendant plusieurs années.

Nicolas Mathieu raconte ainsi l’histoire banale d’Anthony, adolescent vivant dans un milieu populaire et dans une famille meurtrie par la violence paternelle. Même si Anthony est le personnage central autour duquel tous les autres personnages gravitent, Leurs enfants après eux est constitué d’une myriade d’autres personnages, tous aussi profonds les uns que les autres. Pendant quatre étés, ces personnages évoluent dans leur rapport aux autres et dans leurs ambitions, qui restent toutefois fortement contraintes par le poids de l’héritage social. Il y a notamment ce petit groupes d’amis vivant dans la cité de la ville, qui, comme Anthony, s’ennuient particulièrement pendant leurs vacances. Il y a aussi les adolescents plus privilégiés, et notamment deux copines, qui découvrent l’amour et la sexualité pendant ces étés.

Nicolas Mathieu a un véritable don pour brosser le portrait d’une jeunesse ordinaire. Tout le roman est emprunt d’un profond réalisme, que ce soient les descriptions des personnages ou de la ville, mais aussi les dialogues. L’équilibre entre dialogues et narration/description est parfait, donnant un rythme appréciable au livre. Aucun personnage n’est caricatural et ils ont tous quelque chose d’attachant. Quant à l’idée de les suivre sur quatre étés entre 1992 et 1998, c’est tout simplement brillant : on les voit ainsi grandir grâce aux ellipses narratives. Je n’ai eu qu’une seule difficulté dans cette lecture, c’est un moment de flottement : je ne comprenais pas où l’auteur voulait en venir et cherchais des rebondissements ou une intrigue particulière, jusqu’à ce que je comprenne que l’intérêt de celui-ci était d’abord de suivre le quotidien estival de ces jeunes. Bien évidemment, on finit par comprendre qu’il y a bien un fil rouge, celui du vol de la moto et de ses répercussions, mais ce n’est finalement qu’une excuse pour faire interagir les personnages et voir leur évolution.

Référence

Nicolas Mathieu, Leurs enfants après eux, éditions Actes Sud, 432 pages

Chavirer – Lola Lafon

Dans les années 1980, Cléo est une adolescente ordinaire, passionnée de danse. Elle espère pouvoir percer dans ce domaine très compétitif et en faire son métier. Ainsi, lorsqu’une femme l’aborde à l’issue d’un cours de danse, pour lui proposer de candidater au sein d’une fondation qui pourra l’aider à devenir une danseuse reconnue, elle mord à l’hameçon. Cléo est immédiatement séduite par les promesses de gloire et par les magnifiques cadeaux que lui fait cette femme, sans prendre garde. Elle entre ainsi, petit à petit, dans un réseau de pédocriminalité dont elle a beaucoup de mal à sortir, au point d’en devenir un rouage à part entière. En effet, Cléo devient « recruteuse » de jeunes collégiennes pour la « fondation », ce qui lui offre à la fois des revenus mais aussi l’espoir de bénéficier des aides de celle-ci dans sa quête de reconnaissance.

Une trentaine d’années plus tard, une enquête policière est lancée concernant un réseau mêlant escroquerie et prédocriminalité. Des témoins sont recherchés pour nourrir l’enquête et débusquer les anciens responsables et membres de la dite « fondation ».

J’ai dévoré ce roman à une vitesse folle, me laissant entièrement engloutir dans cette histoire particulièrement réaliste et jamais voyeuriste. De la même manière que Cléo se fait aspirer par la « fondation » et que l’engrenage se met en route sans jamais s’arrêter, j’ai ressenti cet effet « rouleau compresseur » en tant que lectrice : impossible de reposer le livre, j’étais sous l’emprise de cette histoire. Au-delà de l’histoire en tant que telle et des personnages, le rythme de l’écriture de Lola Lafon y est certainement pour beaucoup : on a le sentiment que tout s’enchaîne avec une fluidité et une rapidité déconcertantes, probablement grâce à un dosage parfait entre narration et dialogues. Petit à petit, de plus en plus de personnages viennent étoffer le roman. Ils apportent tous une touche utile même si leur nombre ne me permettra pas de me souvenir de tous.

Une fois de plus (comme pour La petite communiste qui ne souriait jamais), Lola Lafon excelle à raconter le corps des femmes, que ce soit à travers cette tragédie de pédocriminalité mais aussi et surtout à travers la passion de Cléo pour la danse. Les chapitres sur sa vie d’adulte en tant que danseuse professionnelle sont passionnants. On y découvre des vérités que l’on soupçonnait, à savoir la précarité de ce métier mais aussi les souffrances physiques qu’il engendre.

Tout m’a absolument plu dans Chavirer et je ne saurais pas trouver un quelconque bémol. Je pense qu’il est à la portée de tous et plaira autant à des lecteurs occasionnels qu’à de grands lecteurs. Voici une belle pépite de cette rentrée littéraire.

Référence

Lola Lafon, Chavirer, éditions Actes Sud, 352 pages

Mon bilan de septembre

Qui dit septembre, dit rentrée littéraire ! La mienne fut assez calme, ne m’étant pas précipitée sur les nouvelles sorties. Au contraire, je n’ai lu que deux romans de cette rentrée mais deux très bons romans : Chavirer de Lola Lafon et Un jour ce sera vide d’Hugo Lindenberg. Pour le reste, je me suis concentrée sur la préparation des épisodes des Bibliomaniacs et quelques lectures album/BD.

Mon coup de coeur

Mes autres lectures

Mes abandons ou déceptions

Et vous, qu’avez-vous repéré dans cette rentrée littéraire ?

C’est la rentrée pour les Bibliomaniacs !

Nous avons eu le grand plaisir de faire notre rentrée en en nous réunissant physiquement pour enregistrer plusieurs épisodes. Nous avons choisi l’originalité puisqu’au lieu de parler de rentrée littéraire, nous avons commencé par un épisode sur le gros pavé de Joyce Carol Oates : Blonde. Puis, nous avons prévu deux autres lectures pour le mois de septembre : La nuit des béguines d’Aline Kiner et Pereira prétend d’Antonio Tabucchi. Comme d’habitude, ces trois épisodes de rentrée sont disponibles sur notre site internet ainsi que sur toutes les applis d’écoute.

Nous commencerons à aborder la rentrée littéraire au mois d’octobre, avec Chavirer de Lola Lafon.

Bonne écoute !

Un jour ce sera vide – Hugo Lindenberg

Un petit garçon passe ses vacances d’été au bord de la mer en Normandie. Solitaire et timide, il passe ses journées à observer les familles autour de lui, à écouter leurs conversations. Un jour, Baptiste, un garçon du même âge, l’accoste et ils se mettent tous les deux à chasser des méduses sur la plage. C’est ce qui marque le début de leur amitié estivale. Les deux enfants se retrouvent ensuite régulièrement pour jouer ensemble et le narrateur découvre la famille de Baptiste au sein de laquelle il est régulièrement accueilli pour dîner et passer la nuit.

Ce qui semble être une « simple » fiction sur l’enfance et l’amitié prend de plus en plus de profondeur à mesure que la narration avance. Le narrateur n’est pas un petit garçon comme les autres puisqu’il est élevé par sa grand-mère depuis la disparition de ses parents. Il vit comme une honte cette grand-mère qu’il aime pourtant et essaie de cacher à Baptiste les origines de celle-ci ainsi que ses conditions de vie bien plus modestes que celles de son ami. A l’occasion d’une scène ou d’une autre, Hugo Lindenberg a la justesse de ne faire que montrer l’environnement familial de ce petit garçon : un lit pliant posé par-terre, une odeur insoutenable de cigarillos, une tante à l’esprit perturbé… C’est une belle leçon de littérature : l’écrivain montre et c’est au lecteur de ressentir les émotions et de comprendre ce qui se cache derrière tous ces éléments.

La narration est faite depuis le point de vue du petit garçon mais n’ayez crainte : le style n’est pas enfantin pour autant. Au contraire, Hugo Lindenberg retranscrit les émotions de celui-ci et les faits tout en ajoutant de la profondeur. J’ai été très touchée par ce beau roman, qui allie des thématiques passionnantes (enfance, amitié, failles familiales, origines…) avec une simplicité qui cache nécessairement un grand travail d’écriture.

Référence

Hugo Lindenberg, Un jour ce sera vide, éditions Christian Bourgois, 173 pages

Merci aux éditions Christian Bourgois pour cette belle découverte !