Chère Ijeawele – Chimamanda Ngozi Adichie

product_9782072721977_195x320Ce texte est un court essai de moins de 80 pages, écrit par Chimamanda Ngozi Adichie sous la forme d’une lettre à l’une de ses amies, qui vient d’accoucher d’une fille. L’écrivaine nigériane lui livre de manière la plus modeste des conseils pratiques et concrets pour que son amie élève sa fille de manière à en faire une personne libre et indépendante.

Pour cela, elle classe ses conseils en 14 points, qui abordent le bonheur de la mère (qui est une femme avant d’être mère), la place du père, le vocabulaire utilisé pour parler à son enfant, l’apprentissage de la lecture comme source de développement personnel, la sincérité et la bienveillance (plutôt que la nécessité de plaire aux autres), la liberté de choisir son apparence physique…

C’est une lecture qui m’a énormément intéressée car c’est un sujet que j’ai toujours trouvé passionnant et le traiter sous la forme d’une lettre à une amie est une excellente idée. C’est aussi une manière de rendre ces réflexions extrêmement accessibles. J’ai aussi beaucoup aimé cette lecture car elle m’a renvoyé à des souvenirs d’enfance et à ma propre identité. Je suis persuadée que chacun y trouvera des conseils ou des expériences qui lui parleront particulièrement. J’encourage vraiment tous les parents à lire ce petit livre, qu’ils aient un fils ou une fille car peu importe : les garçons doivent eux aussi recevoir une éducation féministe !

Référence

Chimamanda Ngozi Adichie, Chère Ijeawele, ou manifeste pour une éducation féministe, traduit par Marguerite Capelle, éditions Gallimard, 78 pages

Bibliomaniacs #40

Pour notre 40ème émission, l’émission avant la pause des vacances, nous espérons que vous trouverez votre bonheur parmi les titres dont nous parlons :

  • Toxique de Samanta Schweblin, traduit de l’argentin par Aurore Touya, aux éditions Gallimard
  • Un barrage contre le Pacifique de Marguerite Duras, aux éditions Folio
  • Les proies de Thomas Cullinan, traduit de l’américain par Morgane Saysana, aux éditions Rivages/Noir

Bonne écoute !

Je viens d’Alep – Joude Jassouma

IMG_20170525_175845_256« On disait d’Alep qu’elle était la plus belle ville du Moyen-Orient… »

Joude Jassouma raconte son long périple depuis Alep jusqu’en Bretagne où lui et sa femme ont trouvé un refuge pour élever leurs enfants en paix.

Il était un petit garçon passionné par l’école mais surtout par la lecture. Il se sentait en sécurité au milieu des livres, protégé par Le Petit Prince de Saint-Exupéry et Le Silence de la mer de Vercors. Pour pouvoir continuer sa scolarité, il devait travailler et gagner de l’argent pour aider sa famille. Sa pugnacité a porté ses fruits puisqu’il réussit à entrer à l’Université, où il apprit le français et où il rencontra sa femme.

« […] je savais par cœur « Liberté » de Paul Eluard. Ce poème était fait pour moi, tant je me sentais prisonnier de mon père, de ma famille. Je me percevais tellement différent. Je voulais être indépendant, décider par moi-même de ma vie. Je voulais être libre. Paul Eluard était mon maître. »

Dans ce récit, Joude Jassouma raconte à la fois ses années d’enfance et d’adolescence mais aussi tous les obstacles qu’il dut affronter pour assurer sa survie Lire la suite de « Je viens d’Alep – Joude Jassouma »

Ecoute-moi bien – Nathalie Rykiel

ecoute moi bienSonia Rykiel est décédée à 86 ans en août 2016 de la maladie de Parkinson, dont elle était atteinte depuis une vingtaine d’années. Cette grande couturière française est connue pour la nouveauté qu’elle apporta à la mode française, et notamment pour ses tricots. Sa fille Nathalie décide de raconter sa mère à travers leur relation si particulière : d’abord enfant de Sonia Rykiel, Nathalie est peu à peu devenue sa mère lorsque la maladie a progressé.

Nathalie Rykiel raconte sa mère : une femme libre, qui réussit à s’imposer dans un milieu où les créateurs étaient plutôt des hommes, mais aussi une femme libre de ses amours, qui collectionna les conquêtes masculines et aimait plaire. Lire la suite de « Ecoute-moi bien – Nathalie Rykiel »

Sur les chemins noirs – Sylvain Tesson

IMG_20170520_090041_402Il y a quelques années, Sylvain Tesson est victime d’un grave accident qui faillit lui coûter la vie. Bien éméché, il tenta d’escalader un bâtiment et fit une chute qui lui fit passer plusieurs mois à l’hôpital et en convalescence. En guise de rééducation, son médecin lui prescrit d’essayer de marcher un petit peu, mais il ne sait pas à qui il a à faire…

Sylvain Tesson saisit la recommandation médicale pour se lancer dans une grande randonnée à travers la France : il parcourra le territoire du sud-est au nord-ouest, en n’empruntant que des petits chemins de campagne. Equipé d’une carte IGN et du minimum vital, il remonte ainsi la France en quelques mois, à un nouveau rythme, celui d’un convalescent. Sa petite vitesse lui permet de mieux communier avec la nature et d’observer le monde rural, en péréclitement. Il partage son aventure pédestre à la manière d’un journal de bord et raconte ses journées de marche : observation de la faune et de la flore, échanges avec les français croisés sur son chemin, analyse et prise de position sur la situation économique de la France profonde, leçon de géographie (« une géographie de traverse », comme il l’appelle), etc. Lire la suite de « Sur les chemins noirs – Sylvain Tesson »

Gouverneurs de la rosée – Jacques Roumain

IMG_20170514_085231_831Manuel retourne à Haïti après avoir passé 15 ans à Cuba, où il s’est exilé pour trouver du travail. Lorsqu’il retourne dans son village natal, Fonds-rouge, il découvre une campagne complètement dévastée par la sécheresse. L’eau ne tombe plus du ciel et ne draine plus les sols ; plus rien ne pousse. Plutôt que de chercher une solution à leur problème, les habitants attendent l’arrivée de la pluie en priant.

« quand la volonté de l’homme se fait haute et dure comme les montagnes il n’y a pas de force sur terre ou en enfer pour l’ébranler et la détruire. » (page 88)

Manuel ne supporte pas ce fatalisme haïtien et décide de prendre les choses en mains : il redoublera d’efforts et trouvera une source d’eau pour irriguer les champs. Bien que le village soit divisé en deux clans et qu’il fasse partie de la famille à l’origine de la division, il met au point un schéma qui assurera la fédération du village en même temps que son nouvel essor agricole.

« – Tu vois, c’est la plus grande chose au monde que tous les hommes sont frères, qu’ils ont le même poids dans la balance de la misère et de l’injustice. » (p.88)

Je crois n’avoir encore jamais lu de roman politique aussi bien réussi et émouvant. Lire la suite de « Gouverneurs de la rosée – Jacques Roumain »

L’été des charognes – Simon Johannin

book_767_image_coverDans la campagne française, un petit garçon raconte son été. Il s’occupe en s’amusant avec ses amis : regarder la télévision chez une voisine, martyriser les animaux des voisins, aider son père à la ferme…

Voici un roman extrêmement noir, violent et sanglant. L’éducation et la vie de ce petit garçon ne laissent pas de place à la tendresse et à l’amour. Dans ces familles, les enfants sont élevés à la dure, à grand coup de torgnoles.

J’ai eu beaucoup de mal à lire L’été des charognes à cause de toute sa noirceur, si réaliste et si bien écrite. Le langage parlé du narrateur aurait facilement pu devenir agaçant. Or, non seulement ce n’est pas le cas, mais il donne plus de crédibilité et de réalisme à la narration.  Lire la suite de « L’été des charognes – Simon Johannin »

L’arabe du futur (1978-1984) – Riad Sattouf

arabe_c1-hautedefRiad Sattouf est le fils d’une bretonne et d’un syrien, élevé entre la France, la Libye et la Syrie. Ses parents se sont rencontrés en France, lorsque son père était étudiant en doctorat. Après la naissance de leur fils, ils partent vivre en Libye, où il a accepté un poste de professeur. Ils y découvrent un pays sous la dictature de Kadhafi, avant de vivre sous celle de Al-Assad en Syrie. Panarabiste, le père de Riad voit de façon positive ces dictatures et considère que le peuple doit être éduqué avec autorité.

Riad Sattouf raconte donc ses années d’enfance entre ces pays : découverte de sa famille paternelle en Syrie, expériences scolaires et amicales traumatisantes, souvenir des odeurs et des goûts de son enfance…  Lire la suite de « L’arabe du futur (1978-1984) – Riad Sattouf »