Défaite des maîtres et possesseurs – Vincent Message

IMG_20170530_075624_707« Alors que nous venions en paix, nous étions devenus ceux qui tuent, et eux ceux qui se savent condamnés à mourir. » (page 76)

De nos jours (ou presque), dans un pays qui ressemble à la France, les êtres humains ne dominent plus la chaîne alimentaire mais font partie intégrante de celle-ci. Après avoir pris contact avec des êtres vivants au-delà du système solaire, les êtres humains ont connu une pandémie inexpliquée et la guerre. Ces êtres, qui se surnomment eux-mêmes les « Démons », ont pris le contrôle de la Terre et sont devenus les maîtres des humains.

« Il y a, pour résumer, trois catégories d’hommes : ceux qui travaillent pour nous ; ceux qui s’efforcent de nous tenir compagnie ; ceux que nous mangeons. » (p. 101)

Malo Claeys est l’un de ces êtres non humains et il est le narrateur de cette histoire. Iris, la jeune femme qui vit chez lui en tant qu’être humaine de compagnie vient de subir un accident et a besoin de se faire opérer de toute urgence. Mais pour cela, Iris doit avoir des papiers certifiant qu’elle est bien destinée à être une humaine de compagnie. Malo est confronté à son passé : en racontant son combat pour lui obtenir les documents nécessaires, il nous parle du passé d’Iris et de son propre passé. En effet, avant de devenir un conseiller juridique et défenseur du droit des humains, il fut inspecteur dans des abattoirs. Lire la suite de « Défaite des maîtres et possesseurs – Vincent Message »

Par amour – Valérie Tong Cuong

11331763-18878285Une famille havraise est confrontée à l’Occupation allemande et aux bombardements incessants des Alliés pendant la Seconde Guerre mondiale. Le premier obstacle de taille auquel est confrontée cette famille est la fuite devant l’avancée des allemands en 1940. Alors que leurs maris sont au front et qu’elles n’ont pas de nouvelles d’eux, deux femmes doivent tout quitter et partir sur les routes avec leurs enfants. Elles se sentent complètement abandonnées et dépourvues face à ce qui leur arrive.

Durant les années d’Occupation, elles survivent comme elles le peuvent, malgré la faim, la maladie et les dissensions causées par les allemands, qui occupent l’école dans laquelle la famille vit et travaille.

Par amour est un roman qui se lit avec beaucoup de facilité, du fait de son mode de narration : chaque membre de la famille est amené à raconter un épisode de sa vie durant les années d’Occupation. Ainsi, les pensées et tourments de chacun sont partagés avec le lecteur. Cela donne une narration très dynamique, dans l’action. Néanmoins, j’ai eu un problème de crédibilité avec toutes ces narrations, Lire la suite de « Par amour – Valérie Tong Cuong »

Ressentiments distingués – Christophe Carlier

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« Dans les champs, les corbeaux voletaient, plus arrogants qu’à l’ordinaire, lançant à tout venant des cris de triomphe. Ils semblaient pressentir l’heure de leur avènement. » (page 18)

Sur une petite île bretonne où tout le monde se connaît, le facteur se transforme en un messager peu ordinaire. Du jour au lendemain, les habitants de l’île reçoivent d’étranges cartes postées depuis l’île et non signées. L’un des insulaires effraie ses voisins en leur postant des messages visant à leur montrer sa connaissance de leurs secrets intimes. Le corbeau sème la pagaille parmi les insulaires. Qui peut-il bien être ? Pourquoi cherche-t-il à troubler l’ordre public ? Où s’arrêtera-t-il ?

Ce court roman se déguste avec plaisir. Lire la suite de « Ressentiments distingués – Christophe Carlier »

Winter is coming – Pierre Jourde

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Dans ce récit littéraire autobiographique, Pierre Jourde raconte la maladie de son fils Gabriel, atteint d’une maladie extrêmement rare pour laquelle il n’existe pas de traitement permettant une guérison. Tous les traitements existants ne permettaient que de prolonger de quelques mois (voire de quelques années) l’espérance de vie des malades.

Entre la découverte de sa maladie et son décès, moins d’une année s’est écoulée. Plusieurs mois après le décès de Gabriel, Pierre Jourde se met à écrire à la fois sur la découverte de la maladie de son fils et les mois qui s’en suivirent, mais aussi sur son décès et le deuil.

Pierre Jourde raconte sa propre colère suite à la découverte de la maladie et à chaque moment où il apprenait que celle-ci avait progressé. La seconde partie du récit est particulièrement dure : Pierre Jourde raconte la fin de l’espoir, la préparation au décès et le deuil. Comme vous l’aurez compris, ce texte est avant tout un texte sur la colère d’un père face à cette injustice terrible qu’est la perte d’un enfant, mais c’est aussi un texte sur Gabriel et sur la personne qu’il était.

« Nul n’était plus incarné que toi, tes nourritures étaient terrestres, c’étaient l’eau où nager, la chaleur en laquelle te lover voluptueusement. » (page 130)

En lisant Winter is coming, l’émotion est de plus en plus forte à mesure que l’on tourne les pages, pour atteindre son paroxysme dans les pages sur le manque, l’absence et la posture du deuil.

Référence

Pierre Jourde, Winter is coming, éditions Gallimard, 158 pages

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Lu dans le cadre du Prix Orange du Livre 2017

La téméraire – Marine Westphal

La téméraire« […] elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse. » (page 44)

Sali attend le décès de son conjoint Bartolomeo, qu’elle aime depuis 36 ans. Victime d’un AVC et sauvé de justesse, Bartolomeo sombre petit à petit dans la mort. Après un épisode à l’hôpital, Sali prend soin de lui au sein de leur foyer. Cela fait huit mois qu’elle s’oublie et se laisse aller. Elle ne le quitte pas des yeux. Elle ne veut pas rater un éventuel réveil ou même un mouvement de paupière de celui qu’elle aime et qu’elle ne se résout pas à voir partir. Leurs deux enfants, Gabin et Maïa, vivent avec ce décès imminent comme ils le peuvent.

J’ai été surprise par le style de Marine Westphal. Sans que l’on s’en aperçoive, elle passe avec subtilité de la poésie à un style très direct, voire cru. Elle sait concilier la douceur et la tendresse de l’amour de Sali avec l’aspect mécanique des actes médicaux qu’elle pratique. Marine Westphal manie son texte avec facilité et grâce.

Bien que je m’attendais à être bien plus touchée par ce roman à la thématique si sensible, je vous le recommande. Ce petit livre ne vous demandera que deux heures de lecture et se lira avec facilité et fluidité malgré une thématique qui peut pourtant sembler pesante. C’est certainement dû à cette belle fin, qui m’a donné une impression de grandeur et d’air pur, tout en contraste avec la maladie de Bartolomeo.

Référence

Marine Westphal, La téméraire, éditions Stock, 138 pages

Rapatriés – Néhémy Pierre-Dahomey

134451_couverture_Hres_0Quatrième de couverture : « Belliqueuse Louissaint, jeune haïtienne au caractère intrépide, tente une traversée clandestine de la mer des Caraïbes pour rejoindre les États-Unis. Le voyage échoue. Elle y laisse un enfant. De retour sur le sol natal, elle est forcée de s’installer sur une terre désolée, réservée par l’état aux clandestins infortunés. L’endroit est baptisé Rapatriés. Les conditions de vie dans ce lotissement de boat people contraignent Belli à un choix déchirant : elle fait adopter ses deux filles, Bélial et Luciole.

Bélial vivra en France sous la tutelle de Pauline, une employée d’ONG qui voit en l’enfant une nouvelle raison de vivre. Quant à Luciole, elle disparaît dans les vastes confins de l’Amérique du Nord. Plus tard, l’une des deux jeunes filles reviendra en Haïti, mais quand se présentera le moment des retrouvailles, un ultime exil aura marqué leur mère. »

Comme il est rare que je me contente de la quatrième de couverture pour parler d’un roman ! Malheureusement, ayant abandonné cette lecture au bout de 34 pages, je ne saurais en dire grand chose, si ce n’est expliquer mon abandon.

J’ai très rapidement vu qu’il me serait impossible de me faire au style de ce roman. Lire la suite de « Rapatriés – Néhémy Pierre-Dahomey »

Prix Orange du Livre 2017 : deuxième sélection

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La deuxième réunion du Prix Orange du Livre 2017 s’est tenue le 3 mai au restaurant Les éditeurs à Paris. La mission du jury consistait à réduire la liste des 30 livres sélectionnés pour le Prix à 5. Une tâche difficile, qui a d’abord nécessité des discussions sur la méthode, puis un tour de table sur les coups de cœur de tous les jurés.

A l’issue de la réunion, les 5 livres finalistes qui ont été sélectionnés sont :

  • « Arrête avec tes mensonges » de Philippe Besson => mon billet
  • Trois saisons d’orage de Cécile Coulon => mon billet
  • Avant que les ombres s’effacent de Louis-Philippe Dalembert
  • L’été des charognes de Simon Johannin => mon billet
  • Winter is coming de Pierre Jourde => mon billet

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La réunion s’est poursuivie par un déjeuner et une séance de lecture improvisée avec Carole Martinez.

Que se passe-t-il maintenant ?

Vous pouvez bien évidemment voter pour l’un de ces cinq finalistes en vous rendant sur le site lecteurs.com, et sur la page de vote : par ici. Chaque juré votera également pour son favori et le gagnant du Prix Orange du Livre 2017 sera dévoilé lors de la cérémonie de remise du Prix le 30 mai.

Je vous invite à aller lire le compte-rendu de Bénédicte et regarder ses jolies photos ici.

 

Arrête avec tes mensonges – Philippe Besson

9782260029885« la vraisemblance importe plus que la vérité, [que] la justesse compte davantage que l’exactitude et surtout [qu’]un lieu, ce n’est pas une topographie mais la manière dont on le raconte, pas une photographie mais une sensation, une impression. » (page 84)

Philippe Besson a pris conscience de son homosexualité très tôt, à 11 ans. Dans Arrête avec tes mensonges, il raconte son premier amour, Thomas Andrieu. Grâce à lui, il découvrit à 17 ans la sexualité, l’amour et le sentiment d’abandon.

« Il sourit pour que j’emporte son sourire avec moi. » (page 122)

Ce fils d’instituteur doué à l’école est reconnu pour ses bonnes notes et son sérieux. Philippe n’a pas vraiment d’amis, sa position en tête de classe lui apportant pas mal d’antipathie. Il est également moqué par ses camarades, qui miment une attitude efféminée en sa présence et s’amusent à l’insulter.

Philippe Besson se souvient des quelques mois d’apprentissage de l’amour pendant lesquels il vécut sans réellement le savoir un amour qui marqua sa vie et notamment sa vie d’écrivain. Il raccroche chacun des épisodes de cette expérience amoureuse fondatrice aux textes qu’ils écrivit des années plus tard. Lire la suite de « Arrête avec tes mensonges – Philippe Besson »

La sonate à Bridgetower – Emmanuel Dongala

51qCDjgoAyL._SX195_ (1)George Bridgetower n’a que neuf ans lorsqu’il découvre Paris en avril 1789. Il est accompagné de son père, un homme noir originaire de la Barbade particulièrement cultivé, qui parle de nombreuses langues et a vécu à la cour d’un prince autrichien. Tous deux viennent à Paris pour faire connaître George à la cour du roi Louis XVI : il est en effet un jeune virtuose du violon et a appris la musique auprès de Mozart.

Leur passage à Paris ne dura que quelques mois, George faisant ses débuts dans une société en plein chamboulement. Le fils et son père découvrent une ville en pleine effervescence : ils fréquentent un grand nombre de salons où la culture et la science sont au coeur de toutes les conversations. On y parle musique, philosophie mais aussi physique et géographie. Effrayé par la naissance de la Révolution française, ils quittent la France pour Londre à l’été 1789. Le génie de George arrive à les introduire et à les lier avec la noblesse anglaise. Puis, ce sera Vienne.

Quel voyage incroyable que ce roman ! Lire la suite de « La sonate à Bridgetower – Emmanuel Dongala »

Prix Orange du Livre 2017 : première sélection

Il était plus que temps que je fasse un billet sur la première sélection du Prix Orange du Livre 2017 ! Le jury, présidé par Erik Orsenna, est composé de 6 écrivains (Alain Mabanckou, Laurence Cossé, Benoît Duteurtre, Carole Martinez, Vincent Message), 2 libraires et 7 lecteurs dont j’ai la chance de faire partie.

Après environ 6 semaines de lectures intensives, nous nous sommes réunis le 28 mars, afin de réaliser une première sélection parmi les romans francophones de la rentrée de janvier-mars 2017.

Cette journée fut marquée par la bonne humeur de tous les membres du jury et notre passion commune pour la littérature.

Après un accueil chaleureux autour d’un petit-déjeuner, chaque membre du jury a présenté cinq propositions pour cette première sélection. A l’issue de ce tour de table, 30 titres ont été choisis parmi ceux les plus énoncés. Pour ma part, j’eus la chance que mes cinq propositions soient sélectionnées parmi ces 30 titres.

Voici les 30 livres sélectionnés par le jury : 

Kidi Bebey, Mon royaume pour une guitare, Michel Lafon

Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, Julliard => mon billet

Christophe Carlier, Ressentiments distingués, Phébus => mon billet

Eric Chevillard, Ronce-Rose, Minuit

Antoine Choplin, Quelques jours dans la vie de Thomas Kusar, La fosse aux ours

Cécile Coulon, Trois saisons d’orage, Viviane Hamy => mon billet

Louis-Philippe Dalembert , Avant que les ombres s’effacent, Sabine Wespieser

Emmanuel Dongala, La Sonate à Bridgetower, Acte Sud => mon billet

Hubert Haddad, Premières neiges sur Pondichéry, Zulma => lu, mais abandonné, je ne ferai pas de billet

Raphaël Haroche, Retourner à la mer, Gallimard

Oriane Jeancourt Galignani, Hadamar, Grasset => mon billet

Simon Johannin, L’été des charognes, Allia => mon billet

Pierre JourdeWinter is Coming, Gallimard

Stéphanie Kalfon, Les Parapluies d’Erik Satie, Editions Joëlle Losfeld

Julia Kerninon, Une activité respectable, Le Rouergue => mon billet

Sylvie Le Bihan, Qu’il emporte mon secret, Editions du Seuil

Jérôme Leroy, Un peu plus tard dans la saison, La Table Ronde

Maryam Madjidi, Marx et la poupée, Nouvel Attila

Pascal Manoukian, Ce que tient ta main droite t’appartient, Don Quichotte => mon billet

Xabi Molia, Les premiers Une histoire des super-héros français, Editons du Seuil

Etienne de Montety, L’Amant noir, Gallimard

Christian Oster, La Vie automatique, L’Olivier

Néhémy Pierre-Dahomey, Rapatriés, Editions du Seuil => mon billet

Blandine Rinkel, L’abandon des prétentions, Fayard => mon billet

Philippe Ségur, Extermination des cloportes, Buchet-Chastel

Anne Serre, Voyage avec Vila-Matas, Mercure de France

Shumona Sinha, Apatride, L’Olivier => mon billet

Valérie Tong Cuong, Par amour, J.-C. Lattès

Tanguy Viel, Article 353 du code pénal, Minuit => mon billet

Marine Westphal, La téméraire, Stock

 

A ce jour, il ne me reste « plus » qu’à lire 17 livres, en vue de notre prochaine réunion qui aura lieu le 3 mai. A l’occasion de cette deuxième réunion, le jury se mettra d’accord sur une deuxième sélection. A l’issue de celle-ci, il ne restera plus que cinq titres en compétition.

Je vous donne donc rendez-vous le 3 mai pour connaître l’issue de la prochaine sélection !