Une activité respectable – Julia Kerninon

9782812612039Julia Kerninon garde des souvenirs forts d’une enfance heureuse, entourée de ses parents et de sa sœur. Son père et sa mère étaient de vrais routards. Dans leur jeunesse, ils ont parcouru les routes de l’Amérique avec un sac à dos sur leurs épaules. Julia leur doit beaucoup. Si son enfance fut si heureuse, c’est qu’elle fut bercée par leur douceur, tendresse et amour.

Sa mère l’a initiée à la passion de la lecture dès son plus jeune âge. C’est grâce à cette femme qui lisait des billets de banque lorsqu’elle n’avait plus rien à lire sous la main, qu’elle est devenue l’écrivaine qu’elle est aujourd’hui. Sa mère lui a non seulement transmis son addiction pour la littérature mais elle lui a également insufflé une vraie rigueur professionnelle : Julia apprit dès la fin de son adolescence que l’écriture était un vrai travail qui nécessitait de se lever tôt et de s’astreindre à une réelle organisation.

Julia a structuré sa vie de façon à pouvoir faire de l’écriture son métier : pour elle, gagner de l’argent en tant que serveuse l’été n’était qu’un moyen d’économiser suffisamment pour écrire pendant un an.

Ce très court récit est une petite pépite pour tous les amoureux des livres. Les mots coulent avec douceur et on peut lire et relire ce texte sans s’ennuyer. Je l’ai lu deux fois, à deux semaines d’intervalles et je m’extasiais tout autant la deuxième fois. L’objet d’Une activité respectable est passionnant puisque Julia Kerninon raconte comment elle est devenue la femme et l’écrivaine qu’elle est aujourd’hui. Pour cela, elle écrit ses années d’apprentissage auprès des livres, de sa mère, d’amis poètes et de ses colocataires de Budapest. Quant à son écriture, elle est d’une très grande beauté, de part sa sobriété et sa capacité à choisir les bons mots. Ce petit livre de 60 pages seulement est un condensé d’expériences humaines, ce qui explique qu’on ne puisse se lasser de le lire et relire.

Référence

Julia Kerninon, Une activité respectable, éditions La brune au rouergue, 60 pages

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Lu dans le cadre du Prix Orange du Livre 2017

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Hadamar – Oriane Jeancourt Galignani

HADAMAR« Hadamar, c’est le lieu où l’autre chose a commencé. » (page 127)

En 1945, Franz est libéré de Dachau où il a passé plusieurs années en tant que détenu politique. Cet allemand ordinaire fut emprisonné dans ce centre de concentration pour avoir écrit des articles critiques à l’égard des changements sociaux et politiques en train de s’opérer dans sa ville. Bien qu’il avait à l’époque parfaitement conscience de la révolution politique en marche, il ne jugea pas pertinent de fuir son pays et continua à vivre comme tout un chacun.

Lorsqu’il sort de Dachau et rentre dans son village, son unique préoccupation est de retrouver son fils Kasper. Ce dernier a une vingtaine d’années mais n’est pas un jeune ordinaire : il a toujours été plus doux et plus lent que la moyenne.

Dans son enquête pour retrouver son fils, Franz croise la route de Wilson, un gradé américain qui lui ouvre les yeux sur les horreurs qui ont été commises au sein de l’hôpital psychiatrique d’Hadamar par les nazis, sous les yeux et avec l’aide de la population locale. Wilson accepte d’aider Franz à retrouver son fils à condition qu’il promette d’écrire un article qui établira la vérité sur Hadamar :

« Un texte qui leur remettra de la fumée dans les narines. » (p.180)

Oriane Jeancourt Galignani s’empare d’un sujet historique peut traité et peu connu, l’Aktion T4. Il s’agit de la campagne nazie d’extermination des personnes handicapées. L’hôpital d’Hadamar servit de lieu pour ce crime contre l’humanité, qui visait également les enfants dont l’un des deux parents était juif.  Plutôt que de raconter cet épisode monstrueux de l’Histoire allemande sous la forme d’un essai historique, l’écrivaine choisit le roman. Elle reprend certains faits historiques (notamment certains « personnages ») et les utilise pour raconter l’histoire d’un homme qui vient de vivre l’une des expériences les plus atroces. Alors même que cet homme a souffert mille maux physiques et psychiques, il doit faire face au jugement de Wilson.

J’ai apprécié cette lecture car elle aborde plusieurs thèmes qui sont finalement peu soulevés par les romans sur les crimes nazis et la Seconde Guerre mondiale. Oriane Jeancourt Galignani montre à quel point les libérateurs américains étaient mal vus de la population allemande, qui était profondément blessée dans son orgueil. Elle parle également de la nécessité d’apprendre à vivre dans un lieu qui a toujours été le sien mais dont on a été chassé, et d’y vivre parmi des personnes qui furent des bourreaux.

Elle écrit de la manière la plus factuelle qu’il soit et ne cherche pas à faire pleurer son lecteur. Les sentiments de ses personnages ne sont pas livrés tels quels, et c’est au lecteur de se les représenter. J’ai aimé ce parti pris de raconter cette histoire en pesant chaque mot, sans essayer d’en faire trop. Cela fait d’Hadamar un bon livre à mi-chemin entre le roman et le documentaire historique.

 

Référence

Oriane Jeancourt Galignani, Hadamar, éditions Grasset, 283 pages

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Lu dans le cadre du Prix Orange du Livre 2017

Peggy dans les phares – Marie-Eve Lacasse

peggy-dans-les-phares,M406673Peggy Roche et Françoise Sagan furent amantes pendant plus de 20 ans. Marie-Eve Lacasse raconte leurs amours, par bribes et sous différents points de vue.

Voici un roman qui me tentait beaucoup car je suis généralement friande de romans basés sur des éléments biographiques et je le suis d’autant plus que le « personnage » principal a un lien avec la littérature. Je me suis lancée dans cette lecture sans a priori et sans grande connaissance de la vie sentimentale de Françoise Sagan. Je crois que c’est en partie ce qui m’a valu un abandon au bout de 93 pages de lecture. Ne pas connaître la biographie et notamment les relations amoureuses de Françoise Sagan ne m’a pas permis d’appréhender facilement ce roman.

J’ai eu des difficultés avec le grand nombre d’aller-retours dans le passé de Françoise Sagan. La temporalité du récit change régulièrement et j’ai eu le sentiment que les chapitres ne laissaient pas suffisamment le temps au lecteur de se poser sur une période. On passe ainsi rapidement de l’accident de voiture de Françoise Sagan à sa visite en Colombie puis à ses vacances à Saint Tropez. J’ai également eu du mal avec la multiplicité des points de vue et des styles de narration (des dialogues, la narration du point de vue de Peggy, celle d’un narrateur omniscient) et je n’ai pas saisi ce que cette complexité apportait au roman. Lire la suite de « Peggy dans les phares – Marie-Eve Lacasse »

Mon bilan de mars en images

Comme prévu, mon mois de mars fut placé sous le signe de la rentrée littéraire française de 2017. Afin de découvrir le maximum de romans pour le Prix Orange du Livre 2017, j’ai misé sur la fiction francophone publiée entre janvier et mars 2017.

Malheureusement, je n’ai eu qu’un seul coup de coeur alors que je pensais les accumuler en même temps que j’empilais mes livres à lire sur ma table de chevet… Mais puisque je n’ai eu qu’un seul coup de coeur, j’ai lu le livre en question deux fois !

LE coup de coeur du mois

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Les autres jolies lectures

Les déceptions et abandons

Et pour avril, quel est le programme ?

Bien évidemment, je ne pense pas avoir le temps de lire tous ces romans. Néanmoins, je vais m’efforcer d’en lire le plus possible afin de préparer au mieux la prochaine sélection du Prix Orange du Livre 2017 !

Et vous, quels sont vos derniers coups de coeur ?

Trois saisons d’orage – Cécile Coulon

cvt_trois-saisons-dorages_2054André est un jeune médecin généraliste lorsqu’il s’installe aux Trois Gueules, un lieu qui rassemble toute une industrie en plein essor grâce à ses falaises, transformées en carrière. Il voit dans les fourmis blanches, ces hommes travaillant sans relâche la pierre, une clientèle au potentiel intéressant. Mais s’il décide de s’installer dans cette campagne, c’est à cause de La Cabane, cette grande maison au milieu de la nature.

Quelques années après s’y être installé, il découvre qu’il est le père de Benedict, un petit garçon élevé à la ville par Elise, qui fut son amante. André se rapproche de son fils, jusqu’au point où ce dernier ne veuille plus quitter La Cabane. Benedict apprend alors le métier de médecin et comme son père, il soigne les villageois, qui sont de plus en plus nombreux. Il fait lui aussi sa vie aux Trois Gueules, tombe amoureux d’Agnès avec qui il a une fille, Bérangère.

« Dehors, la nuit tombait, le ciel prenait des teintes orangées qui coloraient leurs visages, ils ressemblaient à des créatures infernales, perdues au paradis. » (page 106)

Voici un roman au ton bien particulier, qui m’a immédiatement plongée dans le registre de la tragédie. Lire la suite de « Trois saisons d’orage – Cécile Coulon »

Ce que tient ta main droite t’appartient – Pascal Manoukian

51lizoqoxnl-_sx195_Karim est heureux, il s’apprête à être papa dans quelques mois. Sa compagne Charlotte est enceinte d’une petite fille qui fera leur bonheur, ils en ont la certitude. Alors qu’elle prend l’apéritif avec deux amies dans un bar parisien, Charlotte est victime d’un attentat terroriste perpétré par un jeune français de retour de Syrie.

Bien évidemment, Karim est effondré, d’autant plus lorsqu’il apprend que celui qui a tué Charlotte fut un de ces proches il y a plusieurs années. Il a besoin de comprendre le geste de ce fanatique et de venger Charlotte. En l’espace de quelques jours seulement, il prend la décision de partir pour la Syrie, rejoindre les rangs de Daech, et de se venger.

Voici une lecture passionnante et addictive. Lire la suite de « Ce que tient ta main droite t’appartient – Pascal Manoukian »

Transcolorado -Catherine Gucher

telechargement-1Dan vit de chèques de pensions. Sans activité et sans domicile, cette femme solitaire passe son temps à boire des cafés-whisky et prend de temps en temps le Transcolorado, le bus qui traverse son Etat, pour aller récupérer sa pension. Son quotidien est bousculé par sa rencontre avec Tommy, un indien qu’elle croise dans un bar. Mais Dan se laisse facilement porter par les événements. C’est ainsi qu’elle quitte Tommy pour suivre des Amish, chez qui elle apprend à vivre en communauté.

Difficile de se faire un avis tranché sur ce roman !

J’ai eu beaucoup de mal à me faire à Dan, le personnage principal de Transcolorado. La narration se fait de son point de vue, à la première personne de singulier. A mon sens, elle passe trop vite d’une pensée à une autre et ne prend pas suffisamment le temps de se livrer, ce qui est plutôt frustrant pour le lecteur. Par ailleurs, je n’ai pas cru à ce personnage qui parle au lecteur avec beaucoup de naïveté alors qu’elle a 35 ans et qui n’a que peu de culture mais parle très bien… trop de contradictions pour y croire !

J’ai apprécié la partie du roman qui se déroule chez les Amish. Cette parenthèse est intéressante car elle ouvre les portes d’une communauté très mystérieuse. Néanmoins, je me suis globalement beaucoup ennuyée dans ce roman, que j’ai trouvé trop bavard et trop plat. Les réflexions de Dan ne sont pas particulièrement intéressantes, n’apportent pas grand chose hormis un éclairage -très succinct- sur son passé.

Ce n’est pas pour autant une lecture que je ne vous recommande pas. Je n’ai en effet pas de réel reproche à lui faire, si ce n’est qu’il ne m’a pas emballée.

Référence

Catherine Gucher, Transcolorado, éditions Gaïa, 170 pages

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Lu dans le cadre du Prix Orange du Livre 2017

Article 353 du Code Pénal – Tanguy Viel

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« Mais laissez-moi la raconter comme je veux, qu’elle soit comme une rivière sauvage qui sort quelque fois de son lit, parce que je n’ai pas comme vous l’attirail du savoir ni des lois, et parce qu’en la racontant à ma manière, je ne sais pas, ça me fait quelque chose de doux au coeur, comme si je flottais ou quelque chose comme ça, peut-être comme si rien n’était jamais arrivé ou même, surtout, comme si là, tant que je parle, tant que je n’ai pas fini de parler, alors oui, voilà, ici même devant vous il ne peut rien m’arriver » (pages 59-60)

Martial Kermeur tue Antoine Lazenec en le jetant en pleine mer et en partant avec le bateau sur lequel ils étaient en train de pécher. Le lendemain, les gendarmes l’interpellent à son domicile et le mettent en garde à vue pour homicide.

Martial Kermeur raconte au juge sa version des faits et comment il en est arrivé à ce geste meurtrier. Pour cela, il remonte six ans auparavant et dévoile l’escroquerie qui a fait sombrer tout son village. Lazenec a acheté un propriété de la commune pour y construire un complexe balnéaire. Il a vendu des appartements aux habitants de la commune à prix d’or mais n’a jamais rien construit ni remboursé les acquéreurs. Martial fait partie de ceux qui se sont laissés escroquer sans rien dire et a tout perdu : les 400 000 francs touchés lors de son licenciement, son fils et sa femme.

Alors non, il ne regrette pas ce meurtre, qu’il ne nie pas.

J’ai beaucoup de mal à parler de ce roman, alors même qu’il m’a pourtant plu.La narration de Martial Kermeur est prenante, on y accroche immédiatement. Cet homme est un assassin mais il est plein de doutes, de douleurs et d’humanité. A travers ses mots, on lit une histoire banale et sordide qui pourrait faire la une d’un journal local, celle d’une escroquerie contre un village breton.

La réussite de Tanguy Viel est d’arriver à faire un roman à partir de cette fiction qui ressemble à un fait divers « classique ». Malgré mon adhésion à ce roman et la facilité et rapidité de lecture, il m’a manqué quelque chose pour en faire un coup de coeur. En effet, je n’arrive pas à m’enthousiasmer pour ce livre. Je ne saurais identifier ce qu’il m’a manqué mais je vous recommande cette lecture.

Référence

Tanguy Viel, Article 353 du Code Pénal, éditions de Minuit, 174 pages

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Lu dans le cadre du Prix Orange du Livre 2017

Calme comme une bombe – Agathe Parmentier

004569228Amandine est attachée de presse. Cette jeune femme peu réfléchie qui aime la télé-réalité est amoureuse de Rahan. Ils sont ensemble pendant quelques temps puis ils ne sont plus que des « sex friends », comme elle dit. Amandine est certaine qu’elle finira par devenir quelqu’un de connu :

« Elle saura se montrer patiente, de grandes choses l’attendent. » (page 68)

Lucie, la collègue de Rahan, est médiathécaire. Elle aime secrètement Etienne, qui écrit des choses moyennement bonnes mais qui sont publiées.

« Souffrir en silence, c’est romantique et j’ai bon espoir que cette douleur m’inspire une oeuvre poignante. » (p.24)

Xenia, la soeur de Rahan, est en couple avec Etienne. Mais leur relation ne marche pas comme elle l’aimerait. Elle décide alors de faire une pause dans son quotidien et part au Japon.

J’ai découvert ce roman tout à fait par hasard, dans le cadre du Prix Orange du Livre 2017. Je crois bien que je ne l’aurais jamais ouvert sans ce prix car je n’en avais absolument pas entendu parler. Bien que mon avis soit assez mitigé, je suis satisfaite d’avoir découvert cette auteure car j’ai énormément aimé ce qu’elle fait de ses personnages.

Agathe Parmentier a créé près d’une dizaine de personnages dans ce court roman, auxquels elle essaie de donner autant d’importance aux uns qu’aux autres. Il s’agit de personnages plutôt banals et peu intéressants. Pourtant, elle arrive à faire d’eux des personnes entières et vraies. Même si je ne retiens rien de bien intéressant de l’intrigue de Calme comme une bombe, j’ai particulièrement apprécié l’humour latent de ce roman. On y trouve une satire de la jeunesse, qui bien que caustique, n’en est pas pour autant malveillante.

Référence

Agathe Parmentier, Calme comme une bombe, éditions Au diable Vauvert, 209 pages

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Lu dans le cadre du Prix Orange du Livre 2017

Principe de suspension – Vanessa Bamberger

ob_589e96_principe-de-suspension« Personne ne parle jamais de la solitude des patrons. » (page 190)

Thomas Masson est le Directeur de Packinter, une PME normande qui conçoit et fabrique des inhalateurs contre l’asthme. Du jour au lendemain, l’unique client de Packinter révise totalement sa stratégie commerciale et annonce qu’il va abandonner son petit fournisseur d’inhalateurs.

Vanessa Bamberger raconte l’histoire assez classique de l’industrie française contemporaine : la confrontation à la concurrence des pays à bas coût, la difficulté de la compétition commerciale, l’inquiétude des salariés qui ne voient pas d’avenir dans leur filière, etc.

En parallèle, elle raconte l’histoire de Thomas Masson, cet ancien banquier qui a investi toutes ses économies personnelles pour racheter Packinter et développer cette PME. Il s’est tellement investi dans ce projet qu’il en a oublié sa propre santé, trop préoccupé par la santé de Packinter. Lire la suite de « Principe de suspension – Vanessa Bamberger »