Les petits garçons – Théodore Bourdeau

bourdeauQuatrième de couverture : « C’est l’histoire de deux amis qui traversent ensemble l’enfance, puis l’adolescence, et qui atterrissent à l’âge adulte le coeur entaillé.
C’est l’histoire d’un jeune homme maladroit, le narrateur, un peu trop tendre pour la brutalité du monde, mais prêt pour ses plaisirs.
C’est l’histoire d’un parcours fulgurant, celui de son ami Grégoire, et des obstacles qui l’attendent.
C’est aussi l’histoire d’une société affolée par les nouveaux visages de la violence.
C’est enfin une histoire de pouvoir, de déboires et d’amour.
Mais avant tout, c’est l’histoire de deux petits garçons.
Théodore Bourdeau signe un premier roman enlevé, à l’humour réjouissant, qui entremêle la douceur de l’enfance, les erreurs de jeunesse et le nécessaire apprentissage de la vie.

Ce roman m’a paru froid et insipide, tant sur le contenu que sur le style. Théodore Bourdeau ne sait pas partager les sentiments de ses personnages à son lecteur et se contente d’aligner des événements de l’enfance-adolescence-âge adulte. Il les espace parfois d’ellipses inattendues et inutiles. La narration superficielle de l’enfance est particulièrement décevante parce que survolée. Il est clair que la maîtrise de la temporalité n’est pas simple pour lui. Quand au style, je le cherche toujours. Lire la suite de « Les petits garçons – Théodore Bourdeau »

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Le sillon – Valérie Manteau

MANTEAU2Valérie Manteau part retrouver son petit ami turc à Istanbul, et emménage chez lui. Elle cherche un sujet d’écriture qui lui permette de parler à la fois de cette ville, de ses habitants, de l’Histoire turque et de la situation sociale et politique du pays. Elle s’étonne de la disproportion entre les actions de soutien des turcs après les attentats de Charlie Hebdo et l’absence totale d’intérêt des français suite au meurtre du journaliste Hrant Dink en 2007. Ce grand journaliste turc d’origine arménienne devient donc la raison d’être de ses déambulations dans Istanbul. Elle ne se déplace presque plus sans sa biographie et ses rencontres deviennent l’occasion d’en apprendre plus sur lui et sur la situation du journalisme et des droits de l’Homme en Turquie.

Valérie Manteau m’a fait voyager, je me suis sentie dans une bulle le temps d’une après-midi de lecture. Son récit de son année dans cette ville très jeune et vivante m’a émerveillée. Et petit à petit, en même temps qu’elle prenait conscience de la dangerosité de la situation pour les penseurs libres, cet émerveillement s’est transformé en une tristesse pour ce pays. Là où je m’attendais à lire une histoire d’amour, l’Histoire a pris le pas sur l’individu et je n’en ai pas été déçue. Lire la suite de « Le sillon – Valérie Manteau »

Biblimaniacs – L’émission de janvier 2019 est en ligne !

Pour ce début d’année 2019, nous avons enregistré une émission que j’ai beaucoup aimé préparer. Non seulement cela m’a permis de découvrir Henry James, que je n’avais jamais lu, mais mon envie de voyager en Ecosse a été ravivée par le gros coups de coeur eu en lisant Peter May.

L’émission de janvier est disponible ici mais aussi sur iTunes, Deezer et Spotify.

Bonne écoute !

Le train d’Erlingen, ou la métamorphose de Dieu – Boualem Sansal

SANSAL3Ute Von Ebert est l’héritière d’une grande famille industrielle allemande. Elle attend désespérément l’arrivée d’un train qui viendrait sauver la population d’Erlingen. Une guerre ou une pandémie s’est abattue sur la ville, que les dirigeants ont déserté. Sans savoir quelle est la cause de ce mal, ni sa nature, tous les habitants vivent dans la même peur et dans une attente passive. Ute Von Ebert raconte, dans des courriers adressés à sa fille vivant à Londre, son quotidien.

J’ai été immédiatement saisie par le ton si particulier de ce roman. C’est au lecteur de faire un grand effort pour essayer de le comprendre (en vain pour moi). Boualem Sansal ne le met volontairement pas à la portée de son lecteur. Il m’a été difficile d’éprouver de l’empathie pour les quelques personnages du roman, voire un quelconque intérêt. Ma curiosité a été toutefois piquée par cette mystérieuse histoire de mal qui rôde, mais la complexité philosophique du récit m’a empêchée d’en voir le bout.

Référence

Boualem Sansal, Le train d’Erlingen, ou la métamorphose de Dieu, éditions Gallimard, 248 pages

Merci toutefois aux éditions Gallimard. 

Forêt obscure – Nicole Krauss

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Un vieil homme extrêmement riche du nom d’Epstein disparaît subitement. Cela faisait quelques temps qu’il effectuait des donations en bien ou en valeur à son entourage, comme s’il était devenu accro au don.

Une écrivaine américaine dont le mariage est en train de pérécliter décide de partir quelques temps à Tel-Aviv, où elle espère trouver un je-ne-sais-quoi, peut-être l’inspiration pour écrire. Elle retourne dans le grand hôtel dans lequel elle passait ses vacances estivales quand elle était enfant, ce qui éveille en elle beaucoup de souvenirs.

J’ai eu énormément de mal à lire ce roman que j’ai trouvé très bavard, essentiellement la partie de la narration faite par l’écrivaine. Ce personnage entremêle ses souvenirs d’enfance et son récit présent de discours abstraits et pompeux. Il y a dans sa narration beaucoup de références philosophiques et religieuses que je n’ai pas saisies et dans lesquelles je n’ai trouvé aucun intérêt. Lire la suite de « Forêt obscure – Nicole Krauss »

Swing Time – Zadie Smith

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Deux petites filles deviennent amies et ont un point commun qui scelle cette amitié : leur passion pour la danse. Alors que Tracey est la plus talentueuse, la narratrice excelle en chant. Elles rêvent devant les comédies musicales américaines et s’imaginent devenir un jour de grandes stars elles aussi.

Zadie Smith ponctue sa narration d’aller-retours dans le présent et le passé des deux jeunes filles/femmes. La narratrice devient l’assistante personnelle d’une grande chanteuse américaine et participe au développement d’un projet caritatif de celle-ci en Afrique, lui permettant ainsi de se rapprocher de ses origines. Quant à Tracey, elle semble essayer de vivre de la danse. Mais des événements ont mystérieusement séparés les deux jeunes femmes.

Le début de Swing Time est particulièrement prometteur car ce roman nous plonge dans la construction d’une amitié féminine autour d’une passion artistique qui met les deux enfants en concurrence. Lire la suite de « Swing Time – Zadie Smith »

Ma dévotion – Julia Kerninon

kerninonHelen est très âgée lorsqu’elle croise Frank à Londres. Cela fait 23 ans qu’ils ne se sont pas vus malgré le fait qu’ils aient vécu ensemble pendant des décennies, à Amsterdam puis en Normandie. Helen ne peut plus garder pour elle tout ce qu’elle n’a jamais dit à Frank. Elle déverse alors en pleine rue toute leur histoire d’amour, que ce soient les moments heureux mais surtout ceux de solitude qu’elle connut.

Racontée par Helen, cette narration est à la fois addictive et un brin agaçante. S’adressant à un homme qui connaît tous les épisodes de leur vie et notamment ceux tragiques, Helen les masque volontairement tout en laissant entrapercevoir au lecteur un drame. Elle construit sa narration par des flash-backs tout en créant beaucoup tout un mystère sur ce qui leur est arrivé et qui est la source de sa culpabilité depuis des années. Le fait qu’elle raconte son récit en disant « tu » n’est pas source d’agacement en soi mais ce fut plutôt le contexte de la narration qui m’a beaucoup dérangée pour croire à ce roman. Il me semble que si j’ai eu autant de mal à y entrer, c’est certainement à cause de ce biais de départ introduit par cette narration. Lire la suite de « Ma dévotion – Julia Kerninon »

La révolte – Clara Dupont-Monod

dupont-monod« Dans les yeux de ma mère, je vois des choses qui me terrassent. Je vois d’immenses conquêtes, des maisons vides et des armures. Elle porte en elle une colère qui me condamne et m’oblige à être meilleur. »

Aliénor d’Aquitaine a une trentaine d’années en 1152 lorsqu’elle épouse le roi d’Angleterre, Henri II. Elle amène au Royaume d’Angleterre les terres d’Aquitaine, pensant pouvoir continuer à gouverner de manière autonome cette région. Il lui faut deux ans pour se rendre compte de la main mise de son époux sur ses terres.

« Sur ce parvis se tiennent deux fauves et chacun est sûr de son ascendant sur l’autre. En réalité, parce qu’ils se ressemblent trop, parce qu’ils se valent, ils deviendront ennemis mortels. »

Elle élève alors ses fils pour en faire de futurs rois et elle les ligue contre leur père. Elle leur ordonne de participer à une grande révolte visant à détrôner le roi et à le remplacer par leur fils aîné. L’histoire de cette révolte et de ses conséquences est racontée à travers la voix de son fils Richard, qui brûle d’amour et de respect pour cette mère exceptionnelle. Avec tout le panache et le charisme d’un futur roi, Richard raconte les années de guerre puis celles de la réconciliation avant son départ pour la croisade.

La narration très rythmée et puissante de Richard donne au roman un caractère particulièrement adictif. Lire la suite de « La révolte – Clara Dupont-Monod »

La marcheuse – Samar Yazbek

 

YAZBEK2« En lisant ces mots, tu dois penser que ce qui c’est passé ressemblait à un basculement dans l’abîme. Eh bien, c’est exactement ça ! Je sombrais et sombrais encore, chutant sans fin dans un gouffre qui n’en finissait pas, tandis que mes yeux roulaient au plafond de la pièce. »

Rima est une jeune fille à part. Depuis toute petite, elle a une passion pour la marche. Dès qu’elle est libre de ses mouvements, elle marche sans s’arrêter et sans se retourner. Sa mère a dû prendre de grandes précautions pour ne pas perdre son enfant : Rima vit attachée au lit de leur appartement ou bien à sa mère et n’est pas scolarisée.

Ainsi coupée du monde, Rima apprend à travers les quelques livres qu’elle possède et s’invente un monde imaginaire très loin de la triste réalité de son pays la Syrie. Elle est un jour séparée de sa famille par un triste événement et après un séjour traumatisant en prison, elle survit dans une cave, d’où elle raconte son histoire.

Samar Yazbek raconte le quotidien de tous ces civils endeuillés par la guerre et contraints de vivre dans la peur, la faim et la maladie. Lire la suite de « La marcheuse – Samar Yazbek »

Tenir jusqu’à l’aube – Carole Fives

FIVESUne jeune femme a emménagé il y a peu à Lyon, où elle élève seule son fils qui a un peu moins de deux ans. Elle est graphiste free-lance et n’ayant pas trouvé de solution de garde, elle passe toutes ses journées et ses nuits avec son garçon. Elle travaille dès qu’il se met à dormir et use progressivement la corde.

En plus de la fatigue, elle ressent un sentiment d’emprisonnement qui la fait souffrir. Depuis qu’elle est à Lyon, elle n’a fait aucune connaissance, ne voit plus ses anciens amis et n’arrive pas à nouer de nouveaux contacts amicaux ou amoureux. Elle se crée des parenthèses, comme des temps de respiration, en sortant quelques minutes seule le soir quand son fils dort. Petit à petit, elle prolonge ses temps de sortie, tout en étant consciente du risque qu’elle prend si jamais il arrivait quelque chose à son enfant.

Par une écriture introspective, Carole Fives livre les émotions de cette mère célibataire tout en développant un rythme et un dynamisme qui servent à maintenir un certain niveau de tension dans la narration. Le lecteur est immédiatement happé par la solitude de cette femme qui ne peut plus vivre autrement qu’accompagnée en permanence. Elle cherche à tout prix des solutions, que l’Administration ne sait pas lui proposer. Elle essaie alors internet, afin de bénéficier des conseils des autres mères dans sa situation mais se heurte à des jugements péremptoires.

La tension et le réalisme de ce roman sont tels qu’il se lit d’une traite et sans voir le temps passer. Les personnages secondaires sont peu nombreux et les caractères de l’ensemble des personnages sont peu développés, le choix étant fait de se focaliser sur le ressenti de cette femme, ce qui fonctionne très bien.

Voici un roman de cette nouvelle rentrée littéraire que je recommande !

Références

Carole Fives, Tenir jusqu’à l’aube, éditions l’arbalète Gallimard, 177 pages