Le Dit du vivant – Denis Drummond

Un important séisme crée de gros dégâts au Japon et tue la quasi totalité des habitants d’un petit village. L’éboulement de terre meutrier met à jour une grande sépulture, dont la fouille et l’analyse des résultats nécessitent la collaboration de toute la communauté scientifique internationale. Sandra Blake est paléogénéticienne et travaille en Amérique latine lorsqu’elle est appelée pour diriger une équipe de recherche sur le site japonais. La sépulture révèle l’existence d’une civilisation inconnue et soulève des questions inédites dans la communauté scientifique.

Ce roman fut un vrai plaisir et je pense qu’il ravira facilement toutes les personnes curieuses. Denis Drummond crée une civilisation de toutes pièces, qui a la particularité de n’avoir aucun passé génétique, comme si elle sortait de nulle part. La sépulture qu’il invente révèle peu à peu l’histoire courte de cette civilisation, leur langue, leurs croyances, les défis auxquels elle dut faire face et son extinction.

La narration est particulièrement intelligente puisque les découvertes sont dévoilées au fur et à mesure, installant ainsi un certain suspense. Ce qui m’a particulièrement plu dans cette narration est la diversité des matériaux narratifs. Denis Drummond utilise à la fois le journal intime de Sandra Blake, mais aussi sa correspondance, des articles de presse, etc. pour dérouler son intrigue. Je ne suis pas certaine que ce roman soit accessible à des lecteurs qui lisent peu ou peut-être aurais-je plutôt tendance à le recommander à des lecteurs qui aiment les dystopies ou bien l’Histoire. Quoiqu’il en soit, j’ai pris beaucoup de plaisir à le lire et il m’a vraiment fait voyager dans un autre monde.

Référence

Denis Drummond, Le Dit du vivant, éditions du Cherche-Midi, 288 pages

Chavirer – Lola Lafon

Dans les années 1980, Cléo est une adolescente ordinaire, passionnée de danse. Elle espère pouvoir percer dans ce domaine très compétitif et en faire son métier. Ainsi, lorsqu’une femme l’aborde à l’issue d’un cours de danse, pour lui proposer de candidater au sein d’une fondation qui pourra l’aider à devenir une danseuse reconnue, elle mord à l’hameçon. Cléo est immédiatement séduite par les promesses de gloire et par les magnifiques cadeaux que lui fait cette femme, sans prendre garde. Elle entre ainsi, petit à petit, dans un réseau de pédocriminalité dont elle a beaucoup de mal à sortir, au point d’en devenir un rouage à part entière. En effet, Cléo devient « recruteuse » de jeunes collégiennes pour la « fondation », ce qui lui offre à la fois des revenus mais aussi l’espoir de bénéficier des aides de celle-ci dans sa quête de reconnaissance.

Une trentaine d’années plus tard, une enquête policière est lancée concernant un réseau mêlant escroquerie et prédocriminalité. Des témoins sont recherchés pour nourrir l’enquête et débusquer les anciens responsables et membres de la dite « fondation ».

J’ai dévoré ce roman à une vitesse folle, me laissant entièrement engloutir dans cette histoire particulièrement réaliste et jamais voyeuriste. De la même manière que Cléo se fait aspirer par la « fondation » et que l’engrenage se met en route sans jamais s’arrêter, j’ai ressenti cet effet « rouleau compresseur » en tant que lectrice : impossible de reposer le livre, j’étais sous l’emprise de cette histoire. Au-delà de l’histoire en tant que telle et des personnages, le rythme de l’écriture de Lola Lafon y est certainement pour beaucoup : on a le sentiment que tout s’enchaîne avec une fluidité et une rapidité déconcertantes, probablement grâce à un dosage parfait entre narration et dialogues. Petit à petit, de plus en plus de personnages viennent étoffer le roman. Ils apportent tous une touche utile même si leur nombre ne me permettra pas de me souvenir de tous.

Une fois de plus (comme pour La petite communiste qui ne souriait jamais), Lola Lafon excelle à raconter le corps des femmes, que ce soit à travers cette tragédie de pédocriminalité mais aussi et surtout à travers la passion de Cléo pour la danse. Les chapitres sur sa vie d’adulte en tant que danseuse professionnelle sont passionnants. On y découvre des vérités que l’on soupçonnait, à savoir la précarité de ce métier mais aussi les souffrances physiques qu’il engendre.

Tout m’a absolument plu dans Chavirer et je ne saurais pas trouver un quelconque bémol. Je pense qu’il est à la portée de tous et plaira autant à des lecteurs occasionnels qu’à de grands lecteurs. Voici une belle pépite de cette rentrée littéraire.

Référence

Lola Lafon, Chavirer, éditions Actes Sud, 352 pages

Mon bilan de septembre

Qui dit septembre, dit rentrée littéraire ! La mienne fut assez calme, ne m’étant pas précipitée sur les nouvelles sorties. Au contraire, je n’ai lu que deux romans de cette rentrée mais deux très bons romans : Chavirer de Lola Lafon et Un jour ce sera vide d’Hugo Lindenberg. Pour le reste, je me suis concentrée sur la préparation des épisodes des Bibliomaniacs et quelques lectures album/BD.

Mon coup de coeur

Mes autres lectures

Mes abandons ou déceptions

Et vous, qu’avez-vous repéré dans cette rentrée littéraire ?

Un jour ce sera vide – Hugo Lindenberg

Un petit garçon passe ses vacances d’été au bord de la mer en Normandie. Solitaire et timide, il passe ses journées à observer les familles autour de lui, à écouter leurs conversations. Un jour, Baptiste, un garçon du même âge, l’accoste et ils se mettent tous les deux à chasser des méduses sur la plage. C’est ce qui marque le début de leur amitié estivale. Les deux enfants se retrouvent ensuite régulièrement pour jouer ensemble et le narrateur découvre la famille de Baptiste au sein de laquelle il est régulièrement accueilli pour dîner et passer la nuit.

Ce qui semble être une « simple » fiction sur l’enfance et l’amitié prend de plus en plus de profondeur à mesure que la narration avance. Le narrateur n’est pas un petit garçon comme les autres puisqu’il est élevé par sa grand-mère depuis la disparition de ses parents. Il vit comme une honte cette grand-mère qu’il aime pourtant et essaie de cacher à Baptiste les origines de celle-ci ainsi que ses conditions de vie bien plus modestes que celles de son ami. A l’occasion d’une scène ou d’une autre, Hugo Lindenberg a la justesse de ne faire que montrer l’environnement familial de ce petit garçon : un lit pliant posé par-terre, une odeur insoutenable de cigarillos, une tante à l’esprit perturbé… C’est une belle leçon de littérature : l’écrivain montre et c’est au lecteur de ressentir les émotions et de comprendre ce qui se cache derrière tous ces éléments.

La narration est faite depuis le point de vue du petit garçon mais n’ayez crainte : le style n’est pas enfantin pour autant. Au contraire, Hugo Lindenberg retranscrit les émotions de celui-ci et les faits tout en ajoutant de la profondeur. J’ai été très touchée par ce beau roman, qui allie des thématiques passionnantes (enfance, amitié, failles familiales, origines…) avec une simplicité qui cache nécessairement un grand travail d’écriture.

Référence

Hugo Lindenberg, Un jour ce sera vide, éditions Christian Bourgois, 173 pages

Merci aux éditions Christian Bourgois pour cette belle découverte !

Le petit-fils – Nickolas Butler

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« Lyle et Charlie avaient grandi ensemble dans des fermes voisines ; ils s’acquittaient de leurs corvées, allaient à l’école, jouaient au football et assistaient à l’école du dimanche ensemble. C’est la bénédiction et la malédiction la plus flagrante d’une petite ville : votre famille, vos amis, vos voisins, vos collègues de travail et votre paroisse ne cessent, semble-t-il, de vivre dans votre poche, de vous observer par la fenêtre ; ils sont assez proches de vous pour deviner si vous êtes heureux, triste, distrait, amoureux ou si vous avez une furieuse envie de disparaître à tout jamais. »

Lyle et Charlie sont très heureux de voir le retour de leur fille Shiloh chez eux, alors que la relations avec celle-ci fut particulièrement instable ces dernières années. Ils l’aident au mieux dans une situation de difficultés financières pour elle. Lyle profite du temps qu’il lui est ainsi offert avec son petit-fils pour nouer une relation qu’il espère ancrer profondément. Shiloh s’investit de plus en plus dans un mouvement religieux sectaire, les Coulee Lands, ce qui est de nature à inquiéter ses parents. Lire la suite de « Le petit-fils – Nickolas Butler »

Une joie féroce – Sorj Chalandon

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« Elle m’a parlé avec passion d’Elena Ferrante, je lui ai répondu mal de dos. »

Jeanne est libraire à Paris. Elle a la cinquantaine et vient d’apprendre qu’elle est atteinte d’un cancer du sein. Son mari ne supporte pas de la savoir malade et n’est d’aucun soutien dans cette terrible épreuve. Afin de ne pas assister, impuissant, à la chute de ses cheveux, il la quitte.

« Le dos de Matt. Mon image de nuit depuis la mort de Jules. »

En chimio, Jeanne fait la connaissance d’une malade avec qui elle devient amie. Brigitte est là pour l’écouter et la rassurer. Elle la fait entrer dans son cercle d’amis et Jeanne devient ainsi la quatrième colocataire de ce joyeux appartement parisien. Les quatre femmes partagent leurs douleurs et notamment une douleur qui les amènera à préparer un bracage d’un grand joailler de la place Vendôme. Presque du jour au lendemain, leurs préoccupation sont transformées, tout comme leur vie. Lire la suite de « Une joie féroce – Sorj Chalandon »

Bibliomaniacs – Episode 67

IMG_20191207_192915_347Voici un épisode passionnant, pour terminer l’année 2019 en beauté !

Nous avons eu la joie d’enregistrer cette émission avec Claire Berest, dont j’avais beaucoup aimé le dernier roman, Rien n’est noir. Avec Claire, nous avons concocté une très belle affiche française :

  • Le Bal des Folles de Victoria Mas, publié chez Albin Michel
  • Avant que j’oublie d’Anne Pauly, publié chez Verdier
  • Soeur d’Abel Quentin, publié aux éditions de l’Observatoire

Quel plaisir de passer une heure à parler littérature avec Claire : j’ai été immédiatement à l’aise (même si j’étais tout de même impressionnée et stressée), j’ai beaucoup apprécié sa bienveillance et son humour. Elle a un don pour parler de ses lectures avec passion ! Nous avons immortalisé ce moment en prenant quelques photos colorées et fleuries, en référence à Frida Kahlo bien sûr.

Comme d’habitude, vous pouvez retrouver le podcast sur n’importe quelle appli d’écoute ou sur notre site internet. Et si vous voulez nous donner un petit coup de pouce, vous pouvez le faire en nous offrant un mini pourboire par ici.

Bonne écoute !

Ordinary People – Diana Evans

EVANS

« […] utilisant le « nous » au lieu du « je » pour se désigner. Dans la langue de leurs couples, le « je » était le pronom perdu. Ils parlaient d’eux-mêmes avec un nous de majesté, y associant leur partenaire et sous-estimant leur moi, de sorte que chacun se trouvait dilué dans un binôme indéfini. »

Melissa et Michael forment un couple parfait. Trentenaires, ils sont free-lance dans la presse et Responsable RSE. Ils viennent d’emménager dans une maison d’un quartier populaire de Londres, où faire grandir leur famille puisqu’ils attendent leur deuxième enfant.

Leur couple d’amis Stéphanie et Damian ont choisi de quitter Londres pour avoir une meilleure qualité de vie et se sont installés à 35 kilomètres de la capitale, où ils élèvent leur trois enfants.

Diana Evans nous fait entrer dans l’intimité de ces deux couples et décortique leur quotidien. Lire la suite de « Ordinary People – Diana Evans »

Le ghetto intérieur – Santiago H. Amigorena

AMIGORENA

Vicente Rosenberg a fui l’Europe dans les années 1920. Il est parti très loin de sa famille, qu’il n’a pas réussi à convaincre de quitter la Pologne. Il a construit une nouvelle vie en Argentine, où il a fondé une famille avec son épouse Rosita et tient une boutique d’ameublement.

En 1940, Vicente commence à regretter de ne pas avoir maintenu de lien épistolaire avec sa mère, qui lui réclame de moins en moins souvent des nouvelles. Avec ses amis juifs, ils se demandent ce qu’il se passe outre-Atlantique. Vicente s’intéresse à l’actualité politique et à la guerre, le lien avec sa mère qui vit dans le ghetto de Varsovie étant pratiquement rompu pour cause de guerre.

La culpabilité de ne pas avoir convaincu sa famille de quitter l’Europe et Lire la suite de « Le ghetto intérieur – Santiago H. Amigorena »

Rien n’est noir – Claire Berest

BEREST

« C’est l’histoire de Diego et Frida, qui ne pouvaient vivre l’un sans l’autre. Ils habitaient dans une maison bleue en pain d’épice, et malgré toutes les épines qu’ils s’enfonçaient dans le corps, ils couvraient leur jour d’un rose fameux, que l’on ne trouve qu’au Mexique, un rose vibrant à éveiller les Morts. »

La vie de Frida Kahlo à la lumière de son histoire d’amour avec Diego Rivera, voici ce que nous offre Claire Berest. Frida Kahlo se définit d’abord par son corps, meurtri par l’accident de Tramway, ses interruptions de grossesse et par la fatigue. C’est d’abord la souffrance physique et l’immobilité qui l’amenèrent à la peinture, puis ce fut la souffrance causée par son amour pour Diego Rivera qui entretint sa passion. Lire la suite de « Rien n’est noir – Claire Berest »