Un bruit de balançoire – Christian Bobin

« Les livres sont des âmes, les librairies des points d’eau dans le désert du monde. »

IMG_20170728_000916_844Christian Bobin a découvert Ryokan, un poète japonais du début du XIXème siècle. Habité par sa lecture de ce moine japonais, il écrit des lettres poétiques destinées à un inconnu, à sa mère, à un ami…

Dans un monastère zen chaque moine, à la fin du repas, laisse quelques grains de riz dans son assiette pour les oiseaux. L’écriture est ce geste. » (page 14)

Ce recueil de poèmes est une source d’émerveillements constants, au point où on en viendrait presque à recopier tout le livre à force de noter des citations. J’ai été surprise par la justesse et la finesse de ces textes alors même que je connaissais ce poète. Il me surprend systématiquement au travers de mes lectures. J’ai dégusté la centaine de pages d’Un bruit de balançoire, le sourire aux lèvres… Lire la suite de « Un bruit de balançoire – Christian Bobin »

Publicités

Culottées 2 – Pénélope Bagieu

Quel est le point commun de Cheryl (athlète marathonienne), Sonita (jeune rappeuse afghane), Phulan (reine des bandits indienne), Peggy Guggenheim (grande mécène d’art moderne) et des 11 autres femmes racontées dans cette BD ?

Ce sont des femmes à la vie peu ordinaire et mouvementée mais ce sont surtout des femmes qui ne se laissaient pas marcher sur les pieds et faisaient leurs propres choix de vie. Des femmes culottées !

Sur le même concept que dans le tome 1, Pénélope Bagieu raconte en quelques pages l’histoire incroyable de chacune de ces femmes, en usant de tout l’humour qu’on lui connaît. J’ai autant aimé ce second tome que le premier et j’ai encore une fois adoré découvrir les vies de ces femmes dont on n’entend malheureusement pas suffisamment parler. Lire la suite de « Culottées 2 – Pénélope Bagieu »

Cet être exceptionnel – Coralie Bru

 

IMG_20170807_135130_153« C’est enfin le début de la fin. » (page 160)

Esmée et Maxime s’aiment depuis plusieurs années. Ils vivent à Paris dans une routine qui semble leur convenir. Maxime travaille dans une agence bancaire et Esmée est employée dans une société de construction comme géologue. Un jour, les médias se font le relais d’une grande opération de recrutement de citoyens lambda prêts à partir dans l’espace, pour découvrir une nouvelle planète.

Esmée est immédiatement enthousiasmée et obsédée par l’idée, qui ne la quitte plus une minute. Elle n’envisage plus sa vie autrement que dans l’espace. Et pourtant, cela signifie qu’elle devra mettre un terme à sa relation amoureuse avec Maxime, les candidats au départ n’ayant pratiquement aucune chance de revenir sur Terre.

J’ai immédiatement été prise dans ce roman qui m’a passionnée. Lire la suite de « Cet être exceptionnel – Coralie Bru »

« Je me promets d’éclatantes revanches » – Valentine Goby

IMG_20170723_211929_859Lorsqu’elle eut le projet d’écrire le roman qu’elle intitula Kinderzimmer, Valentine Goby ne connaissait pas Charlotte Delbo. Elle entendit son nom pour la première fois en écoutant la femme dont la vie lui inspira Kinderzimmer.

Valentine Goby se mit alors à lire toute l’oeuvre de Charlotte Delbo à la médiathèque. En effet, elle fit immédiatement le constat qu’il était difficile de se procurer ses livres, d’autant plus qu’il n’ont jamais été publiés au format poche. Elle est immédiatement happée par son écriture, tout en étant incapable de s’expliquer cette fascination.

Charlotte Delbo est une rescapée des camps de concentration et d’extermination nazis, où elle fut envoyée pour faits de résistance. Après son retour de Pologne, elle écrivit une quinzaine de textes, allant du récit au théâtre, sur ces terribles années.

Trois ans après la publication de Kinderzimmer aux éditions Actes Sud, Valentine Goby publie cet essai littéraire, où elle raconte sa découverte de cette écrivaine et s’interroge sur sa propre réception de cette oeuvre littéraire.

« Charlotte Delbo incarne évidemment une page d’histoire, mais surtout l’incroyable capacité de la langue à se renouveler, à révéler les mondes invisibles, à faire entendre les voix muettes. » (page 81)

Valentine Goby transmet à ses lecteurs cette fascination pour les textes de Charlotte Delbo avec un très grand soin et une émotion très forte. Elle raconte la façon dont certains textes l’ont touchée, Lire la suite de « « Je me promets d’éclatantes revanches » – Valentine Goby »

Le jour d’avant – Sorj Chalandon

ChalandonMichel Flavent raconte l’histoire de sa famille, marquée par la tragédie. Son frère Joseph est entrée à la mine dans les années 1960, alors qu’il n’avait que 20 ans. Il aurait pu être mécanicien ou bien agriculteur comme son père mais par fierté, par besoin de prouver sa virilité et d’appartenir à une communauté avec une identité forte, il est devenu mineur malgré l’avis de ses parents.

« Tu sais quoi ? disait mon père. Tu n’iras pas au charbon, tu iras au chagrin. »

Michel raconte le décès de son frère, alors qu’il n’a que 30 ans, des suites d’un coup de grisou qui tua 42 mineurs en 1974. Il vécut avec le souvenir douloureux d’un jeune homme plein de vie qui n’eut pas le temps de construire sa propre famille. Michel érigea un mausolée pour son frère et les mineurs de Liévin, en transformant son garage en un musée où il rassemblait tous les documents et pièces relatifs à la mine de Liévin et à cette catastrophe.

Pendant des décennies, il vécut avec l’idée que les coupables n’avaient jamais été punis, encore moins le véritable coupable : Lucien Dravelle, l’agent de maîtrise qui était notamment en charge de la sécurité des mineurs. Pour des raisons de rendement, la sécurité de la fosse n’avait pas été assurée au retour des vacances de Noël 1974. En 2014, à la mort de sa femme Cécile des suites d’une maladie, Michel décide de retourner à Liévin et de retrouver Lucien Dravelle. Lire la suite de « Le jour d’avant – Sorj Chalandon »

C’est la rentrée ! #RL2017

De retour après une grosse coupure d’un mois, je vous présente en image tous les livres que j’ai repérés pour cette rentrée littéraire. J’en ai déjà lu une partie, avec des coups de cœur et des déceptions. Je vous en ferai un bilan en images dans quelques jours…

Ceux déjà lus…

 

…et ceux mis au programme des prochaines semaines

 

Et vous, en avez-vous repéré d’autres ?

No home – Yaa Gyasi

NO HOME 2« Tu veux savoir ce qu’est la faiblesse ? C’est de traiter quelqu’un comme s’il t’appartenait. La force est de savoir qu’il n’appartient qu’à lui-même. »

Ce roman choral de Yaa Gyasi commence en 1764, au Ghana. Deux sœurs qui ne se sont jamais connues car elles ont été séparées très rapidement après leur naissance voient leurs vies bouleversées par la mise en place du commerce des esclaves. Effia est mariée au gouverneur du fort de Cape Coast, dont les sous-sols servent à emprisonner les esclaves avant leur traversée de l’Atlantique. Esi est une esclave détenue dans le même fort, et envoyée aux Etats-Unis. Les deux soeurs ont des enfants dont les vies seront radicalement différentes.

« Ces larmes étaient une sorte de routine. Elles étaient versées par toutes les femmes. Elles tombaient jusqu’à ce que le sol se transforme en boue. La nuit, Esi rêvait que, si elles pleuraient toutes à l’unisson, la boue se transformerait en une rivière qui les emporterait vers la mer. »

La descendance d’Effia se voit confier le rôle de commerçant d’esclaves et essaie de s’en défaire pour vivre libre et en paix. Les enfants et petits-enfants d’Esi grandissent quant à eux dans un pays qui les enchaîne et les renvoie systématiquement à la couleur de leur peau. Lire la suite de « No home – Yaa Gyasi »

Chère Ijeawele – Chimamanda Ngozi Adichie

IMG_20170617_210254_302Ce texte est un court essai de moins de 80 pages, écrit par Chimamanda Ngozi Adichie sous la forme d’une lettre à l’une de ses amies, qui vient d’accoucher d’une fille. L’écrivaine nigériane lui livre de manière la plus modeste des conseils pratiques et concrets pour que son amie élève sa fille de manière à en faire une personne libre et indépendante.

Pour cela, elle classe ses conseils en 14 points, qui abordent le bonheur de la mère (qui est une femme avant d’être mère), la place du père, le vocabulaire utilisé pour parler à son enfant, l’apprentissage de la lecture comme source de développement personnel, la sincérité et la bienveillance (plutôt que la nécessité de plaire aux autres), la liberté de choisir son apparence physique…

C’est une lecture qui m’a énormément intéressée car c’est un sujet que j’ai toujours trouvé passionnant et le traiter sous la forme d’une lettre à une amie est une excellente idée. C’est aussi une manière de rendre ces réflexions extrêmement accessibles. J’ai aussi beaucoup aimé cette lecture car elle m’a renvoyé à des souvenirs d’enfance et à ma propre identité. Je suis persuadée que chacun y trouvera des conseils ou des expériences qui lui parleront particulièrement. J’encourage vraiment tous les parents à lire ce petit livre, qu’ils aient un fils ou une fille car peu importe : les garçons doivent eux aussi recevoir une éducation féministe !

Référence

Chimamanda Ngozi Adichie, Chère Ijeawele, ou manifeste pour une éducation féministe, traduit par Marguerite Capelle, éditions Gallimard, 78 pages