Le fils du héros – Karla Suarez

SUAREZ

Ernesto est un jeune garçon cubain né en 1969 qui vit une enfance heureuse, entouré de ses parents et sa petite sœur. Dans ses jeux dans la nature, il s’imagine être le Comte de Monte-Cristo et son ami Berto joue Henri de Laguardère.

A 12 ans, alors qu’il est en plein jeu, il apprend que son père est mort au combat. Celui-ci avait été envoyé se battre en Angola, afin de soutenir la révolution communiste en marche. Son enfance prend brutalement fin : il ne pourra pas pleurer son père, tâche qu’il laisse à sa mère et sa sœur, et endosse immédiatement le rôle d’homme du foyer. Toute la légèreté de son enfance s’envole.

« […] le professeur principal, qui critiquait l’indiscipline de ceux qui bavardaient en classe ou ne faisaient pas leurs devoirs, eut l’idée de me désigner comme exemple à suivre parce que j’étais le fils d’un héros de la révolution, et chaque jour je rendais hommage à mon père, par mon attitude et mes bonnes notes, tous devaient faire comme moi, disait-elle, et ils devaient se sentir fiers de m’avoir comme camarade »

 A travers cette histoire tragique de deuil familial et de sortie de l’enfance, Karla Suarez m’a appris l’Histoire et la culture cubaine d’une nouvelle manière. Lire la suite de « Le fils du héros – Karla Suarez »

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Une prière pour Owen – John Irving

IRVING« Comment aurais-je pu savoir qu’Owen Meany était un héros ? »

En 1987, Johnny Wheelwright vit au Canada depuis plusieurs années et y enseigne la littérature dans une école pour jeunes filles. Il ne peut passer une journée sans penser à son grand ami d’enfance, Owen Meany. Grand par le caractère et la destinée, Owen Meany était pourtant un tout petit garçon, qui ne dépassa pas 1.52 mètre une fois adulte. Sa taille était la source de beaucoup de moqueries de ses camarades, dont il arrivait pourtant à faire fi. Sa voix le différenciait également des autres enfants puis des adultes : non seulement il n’avait jamais mué mais il émettait un son aigu très particulier.

Owen Meany fut un véritable leader dans chaque classe et chaque école où il est passé. Il était profondément respecté par les professeurs, malgré ses nombreuses critiques. Il fut comme un maître pour Johnny et le guida dans bien des matières et sur bien des sujets. C’était un enfant puis un adulte hors norme, dont la vie était régie par de grands principes auxquels il ne dérogeait pas et qui l’empêchaient de profiter de son enfance et de poursuive le bonheur qu’il méritait.

« C’est Owen Meany qui m’apprit que tout bon livre évolue continuellement, du général au particulier, du détail à l’ensemble, et ainsi de suite. Une bonne lecture et une bonne interprétation de la lecture doivent évoluer de façon identique. »

Et même si Owen Meany est à l’origine d’un grand drame pour Johnny, ils restèrent toujours amis. Quand ils avaient la vingtaine et qu’ils étaient étudiants, la guerre du Vietnam devenait de plus en plus intense et meurtrière. Owen étant persuadé que son destin l’appelait à s’y battre, il fit tout son possible pour être intégré dans l’armée et s’y faire une place lui permettant d’être envoyé au combat, malgré l’opposition farouche de son entourage.

« Quand meurt, de façon inattendue, une personne aimée, on ne la perd pas tout en bloc ; on la perd par petits morceaux, et ça peut durer très longtemps. Ses lettres qui n’arrivent plus, son parfum qui s’efface sur les oreillers et sur les vêtements. Progressivement, on additionne les pièces manquantes. Puis vient le jour où l’un de ces petits manques fait déborder la coupe du souvenir ; on comprend qu’on l’a perdue, pour toujours… Puis vient un autre jour, et une nouvelle petite pièce manquante. »

Voici l’un des plus forts et bouleversants roman que j’ai lu à ce jour. J’ai rarement eu le sentiment qu’un personnage de fiction était aussi réel, au point qu’il me manque cruellement à la fin du roman, comme si j’avais moi aussi perdu un ami.

J’ai retrouvé le ton moqueur de John Irving, cette façon de raconter une histoire avec un brin d’humour, que j’avais tant aimée dans Le monde selon Garp. Il a un vrai don pour donner vie à des personnages, maniant parfaitement les dialogues et sachant raconter une scène à merveille. Comme je me suis amusée en lisant les scènes de vengeance d’Owen vis-à-vis de son directeur d’école ! Certaines scènes, comme celles des spectacles de Noël, sont exquises de drôlerie et de sérieux en même temps.

Bien que je sois totalement étanche à la thématique religieuse et que je ne comprenne pas toutes les subtilités de celle-ci, leur lecture n’en fut pas pour autant désagréable puisqu’on y retrouve la liberté de ton de John Irving.

A aucun moment on ne voit passer les pages de ce gros pavé, rien n’y est superflu, toutes les anecdotes et toutes les scènes y ont leur importance. C’est un roman parfaitement maîtrisé, sur tous les aspects et au sein duquel la tension monte petit à petit, à mesure que le destin tragique d’Owen approche. Je suis persuadée qu’il fait partie de ces romans dont chaque relecture apporte une nouvelle vision, fait découvrir de nouveaux éléments et il est certain que j’en ferai une relecture d’ici quelques années.

Je n’ai absolument aucune réserve à émettre sur ce coup de cœur et je ne peux que le conseiller aux gros lecteurs. Comme je regrette de ne pas l’avoir découvert plus tôt !

Référence

John Irving, Une prière pour Owen, éditions du Seuil, traduction de Michel Lebrun, 761 pages

La marcheuse – Samar Yazbek

 

YAZBEK2« En lisant ces mots, tu dois penser que ce qui c’est passé ressemblait à un basculement dans l’abîme. Eh bien, c’est exactement ça ! Je sombrais et sombrais encore, chutant sans fin dans un gouffre qui n’en finissait pas, tandis que mes yeux roulaient au plafond de la pièce. »

Rima est une jeune fille à part. Depuis toute petite, elle a une passion pour la marche. Dès qu’elle est libre de ses mouvements, elle marche sans s’arrêter et sans se retourner. Sa mère a dû prendre de grandes précautions pour ne pas perdre son enfant : Rima vit attachée au lit de leur appartement ou bien à sa mère et n’est pas scolarisée.

Ainsi coupée du monde, Rima apprend à travers les quelques livres qu’elle possède et s’invente un monde imaginaire très loin de la triste réalité de son pays la Syrie. Elle est un jour séparée de sa famille par un triste événement et après un séjour traumatisant en prison, elle survit dans une cave, d’où elle raconte son histoire.

Samar Yazbek raconte le quotidien de tous ces civils endeuillés par la guerre et contraints de vivre dans la peur, la faim et la maladie. Lire la suite de « La marcheuse – Samar Yazbek »

Mon bilan de septembre

Après un passage à la médiathèque, je me suis plongée de nouveau dans quelques bandes-dessinées. Cela faisait longtemps et ça fait du bien !

Un coup de coeur ?

Malheureusement, non. J’ai fait de très belles découvertes mais soit il m’a manqué quelque chose, soit il y avait trop de violence pour que cela se transforme en coup de coeur.

Mes belles lectures

Mes abandons et déceptions

Lectures en cours et à venir

Une fille bien – Holly Goddard Jones

JONES

Les nouvelles rassemblées dans ce recueil ont pour point commun de se dérouler dans une petite ville du fin fond des Etats-Unis. Une jeune fille ou une femme est à chaque fois le personnage central de ces nouvelles et la narration consiste souvent dans le récit d’un épisode traumatisant pour l’un des personnages principaux.

J’ai beaucoup apprécié la manière subtile dont Holly Goddard Jones annonce une tragédie. Elle amène progressivement la tragédie, faisant monter la tension petit à petit, jusqu’à déboucher sur des passages particulièrement horribles dans certaines nouvelles. On se laisse ainsi surprendre par des scènes très cruelles au point que le choc puisse créer un sentiment physique assez fort.  Lire la suite de « Une fille bien – Holly Goddard Jones »

La fille du fermier – Jim Harrison

HARRISON2« Les premières montagnes que voit une fille de l’Ohio habituée au plat pays sont mentalement inacceptables. » 

Sarah est adolescente quand ses parents décident de changer de vie et de partir vivre dans le Montana, au fin fond de la campagne. Elle se retrouve totalement isolée et ses seuls amis sont Tim, le vieillard propriétaire de la maison louée par la famille, et son chien. Elle s’occupe en faisant de longues balades dans la nature et en dévorant les livres.

Sarah subit un jour un acte d’une violence traumatisante. Sa manière d’apprendre à guérir cette blessure est l’attente de la vengeance, qu’elle laisse mûrir en elle. Jusq’au jour où vient l’amour…

« Elle pleura un peu, puis comprit que ses larmes ne la feraient pas avancer d’un iota. Elle pensa au mal qu’on pouvait faire à quelqu’un, un mal parfois incalculable, et puis il y avait aussi le mal qu’on se faisait parfois à soi-même, en s’endurcissant. Tout en jouant, elle se dit que la femme la moins dure du monde, Emily Dickinson, était l’une de ses poétesses préférées. Il lui semblait malgré tout qu’elle n’avait pas d’autre choix que de devenir prématurément âgée et austère. Elle allait vivre dans ce chalet comme une religieuse cloîtrée, puis elle finirait par quitter la région pour tenter de trouver une autre vie. »

J’ai été subjuguée par ce personnage lumineux, Lire la suite de « La fille du fermier – Jim Harrison »

My absolute darling – Gabriel Tallent

TALLENT2« […] Il faudrait un sacré paquet de courage pour être plus que ce que Martin pense de moi. » (p. 163)

Turtle est une jeune adolescente vivant en Californie en marge des autres lycéens. Son père Martin veille à ce qu’elle soit inadaptée à toute vie sociale, en la coupant volontairement du reste du monde. Non seulement elle n’a pas d’ami mais elle a beaucoup de difficultés à lire, écrire, compter ou tout simplement à suivre une conversation entre adultes. Martin lui fait subir des violences inouie depuis qu’elle est toute petite : il la viole très régulièrement depuis des années et s’amuse à la torturer physiquement et mentalement. Le seul endroit où Turtle peut être elle-même et fuir toute cette violence est la nature. Elle maîtrise totalement la forêt et sait en voir toute sa beauté. Le jour où elle croise par hasard deux lycéens de son école perdus dans la forêt, une brêche dans sa vie de prisonnière commence à s’ouvrir.

« […] Et si au lieu de te laisser jeter par-terre, tu t’efforçais de te relever, et si au lieu de jouer les petites connasses, tu te battais » (p. 162)

Bien que j’aie beaucoup de mal avec la violence, Lire la suite de « My absolute darling – Gabriel Tallent »

Juste un peu de temps – Caroline Boudet

BOUDET2

Sophie est une rennaise trentenaire mère de trois enfants et salariée au sein d’un cabinet de recrutement. Son entourage la considère comme la femme-mère-épouse parfaite, qui arrive à tout concilier sans difficulté. Elle rend tout simplement jalouses les autres mamans.

Un jour comme un autre, alors qu’elle est au bureau, Sophie ressent le besoin d’une parenthèse, de prendre du temps rien que pour elle, sans se soucier de toutes les tâches qui l’attendent. En pleine journée, elle quitte le travail pour prendre un TER en direction de Saint-Malo, où elle décide de passer l’après-midi à se reposer dans une chambre d’hôtel. Mais le plus dur pour elle est de décider de revenir à la réalité et de mettre fin à cette pause malouine.

Je ne m’attendais pas à autant de justesse Lire la suite de « Juste un peu de temps – Caroline Boudet »

Mon bilan de l’été

J’ai un peu de retard pour ce bilan estival. Au final, je comptabilise peu de coups de coeur mais quels coups de coeur ! Grâce à un tout petit roman, je confirme mon amour pour Jim Harrison et grâce à un gros pavé, celui pour John Irving. Comme j’aime la littérature américaine contemporaine !

Mes coups de cœur

Mes jolies lectures

Les abandons et déceptions

Lectures en cours et à venir…

J’ai commencé à me plonger dans la rentrée littéraire pendant mes vacances et ce n’est pas fini…

Sissi, aussi libre que le vent – Sylvie Baussier, Jean des Cars et Odilon Thorel

sissiLe vent nous raconte l’histoire de Sissi, une petite fille devenue impératrice et aussi libre que lui. Née en 1837 en Autriche, elle vécut son premier chagrin d’amour durant son adolescence, lorsque son amour d’adolescence décéda d’une maladie.

La sœur de Sissi étant fortement pressentie pour devenir l’épouse de l’empereur François-Joseph, Sissi et sa mère en font la rencontre. Contre toute attente, c’est de Sissi dont l’empereur tombe amoureux. En 1854, elle n’a que 17 ans lorsqu’elle se marie et que sa vie est bouleversée.

« Sissi a gagné l’amour, mais elle a perdu sa liberté. » (page 27)

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