Winter is coming – Pierre Jourde

G00504

Dans ce récit littéraire autobiographique, Pierre Jourde raconte la maladie de son fils Gabriel, atteint d’une maladie extrêmement rare pour laquelle il n’existe pas de traitement permettant une guérison. Tous les traitements existants ne permettaient que de prolonger de quelques mois (voire de quelques années) l’espérance de vie des malades.

Entre la découverte de sa maladie et son décès, moins d’une année s’est écoulée. Plusieurs mois après le décès de Gabriel, Pierre Jourde se met à écrire à la fois sur la découverte de la maladie de son fils et les mois qui s’en suivirent, mais aussi sur son décès et le deuil.

Pierre Jourde raconte sa propre colère suite à la découverte de la maladie et à chaque moment où il apprenait que celle-ci avait progressé. La seconde partie du récit est particulièrement dure : Pierre Jourde raconte la fin de l’espoir, la préparation au décès et le deuil. Comme vous l’aurez compris, ce texte est avant tout un texte sur la colère d’un père face à cette injustice terrible qu’est la perte d’un enfant, mais c’est aussi un texte sur Gabriel et sur la personne qu’il était.

« Nul n’était plus incarné que toi, tes nourritures étaient terrestres, c’étaient l’eau où nager, la chaleur en laquelle te lover voluptueusement. » (page 130)

En lisant Winter is coming, l’émotion est de plus en plus forte à mesure que l’on tourne les pages, pour atteindre son paroxysme dans les pages sur le manque, l’absence et la posture du deuil.

Référence

Pierre Jourde, Winter is coming, éditions Gallimard, 158 pages

Prix_Orange_du_Livre (1)

Lu dans le cadre du Prix Orange du Livre 2017

La téméraire – Marine Westphal

La téméraire« […] elle avait quelque chose d’une tasse de porcelaine mal rangée, au bord de la chute, en détresse. » (page 44)

Sali attend le décès de son conjoint Bartolomeo, qu’elle aime depuis 36 ans. Victime d’un AVC et sauvé de justesse, Bartolomeo sombre petit à petit dans la mort. Après un épisode à l’hôpital, Sali prend soin de lui au sein de leur foyer. Cela fait huit mois qu’elle s’oublie et se laisse aller. Elle ne le quitte pas des yeux. Elle ne veut pas rater un éventuel réveil ou même un mouvement de paupière de celui qu’elle aime et qu’elle ne se résout pas à voir partir. Leurs deux enfants, Gabin et Maïa, vivent avec ce décès imminent comme ils le peuvent.

J’ai été surprise par le style de Marine Westphal. Sans que l’on s’en aperçoive, elle passe avec subtilité de la poésie à un style très direct, voire cru. Elle sait concilier la douceur et la tendresse de l’amour de Sali avec l’aspect mécanique des actes médicaux qu’elle pratique. Marine Westphal manie son texte avec facilité et grâce.

Bien que je m’attendais à être bien plus touchée par ce roman à la thématique si sensible, je vous le recommande. Ce petit livre ne vous demandera que deux heures de lecture et se lira avec facilité et fluidité malgré une thématique qui peut pourtant sembler pesante. C’est certainement dû à cette belle fin, qui m’a donné une impression de grandeur et d’air pur, tout en contraste avec la maladie de Bartolomeo.

Référence

Marine Westphal, La téméraire, éditions Stock, 138 pages

L’été des charognes – Simon Johannin

book_767_image_coverDans la campagne française, un petit garçon raconte son été. Il s’occupe en s’amusant avec ses amis : regarder la télévision chez une voisine, martyriser les animaux des voisins, aider son père à la ferme…

Voici un roman extrêmement noir, violent et sanglant. L’éducation et la vie de ce petit garçon ne laissent pas de place à la tendresse et à l’amour. Dans ces familles, les enfants sont élevés à la dure, à grand coup de torgnoles.

J’ai eu beaucoup de mal à lire L’été des charognes à cause de toute sa noirceur, si réaliste et si bien écrite. Le langage parlé du narrateur aurait facilement pu devenir agaçant. Or, non seulement ce n’est pas le cas, mais il donne plus de crédibilité et de réalisme à la narration.  Lire la suite de « L’été des charognes – Simon Johannin »

Rapatriés – Néhémy Pierre-Dahomey

134451_couverture_Hres_0Quatrième de couverture : « Belliqueuse Louissaint, jeune haïtienne au caractère intrépide, tente une traversée clandestine de la mer des Caraïbes pour rejoindre les États-Unis. Le voyage échoue. Elle y laisse un enfant. De retour sur le sol natal, elle est forcée de s’installer sur une terre désolée, réservée par l’état aux clandestins infortunés. L’endroit est baptisé Rapatriés. Les conditions de vie dans ce lotissement de boat people contraignent Belli à un choix déchirant : elle fait adopter ses deux filles, Bélial et Luciole.

Bélial vivra en France sous la tutelle de Pauline, une employée d’ONG qui voit en l’enfant une nouvelle raison de vivre. Quant à Luciole, elle disparaît dans les vastes confins de l’Amérique du Nord. Plus tard, l’une des deux jeunes filles reviendra en Haïti, mais quand se présentera le moment des retrouvailles, un ultime exil aura marqué leur mère. »

Comme il est rare que je me contente de la quatrième de couverture pour parler d’un roman ! Malheureusement, ayant abandonné cette lecture au bout de 34 pages, je ne saurais en dire grand chose, si ce n’est expliquer mon abandon.

J’ai très rapidement vu qu’il me serait impossible de me faire au style de ce roman. Lire la suite de « Rapatriés – Néhémy Pierre-Dahomey »

Musée Guimet : deux expos pour le prix d’une !

Lundi, j’ai profité de ce jour férié pour me rendre au Musée Guimet, où l’exposition Kimono me faisait envie depuis quelques temps. Il faut dire que les belles photos vues sur les blogs et réseaux sociaux avaient finies par me convaincre de m’y rendre.

Ne croyez pas qu’un week-end de pont vous garantira moins de monde au Musée Guimet… celui-ci reste systématiquement pris d’assaut ! Il vous faudra faire deux fois la queue (à l’extérieur du musée puis à l’intérieur, devant l’entrée de l’expo) pour accéder à cette belle expo, qui attire beaucoup de monde.

Kimono, au bonheur des dames

L’exposition Kimono vous expliquera la naissance de cet habit et son essor pendant la période Edo au Japon. Vous y découvrirez sa conception et toutes les façons de « décorer » les kimonos : chaque classe sociale a son propre code vestimentaire. Même si les classes guerrières, commerçantes et agricoles portent toutes cet habit, les dessins réalisés sur les kimonos vont les distinguer. Pour les classes commerçantes, on retrouve notamment beaucoup de dessins inspirés de la littérature japonaise.

La dernière partie de l’exposition s’attache à montrer l’impact de ce vêtement en Occident, à la fois au XIXème siècle avec le mouvement du « japonisme » et de nos jours, via les grands couturiers qui s’inspirent de cette forme pour leurs créations.

J’ai été agréablement surprise par cette exposition car même si je m’attendais à apprécier les kimonos exposés, je ne m’attendais pas à apprécier la scénographie ou l’organisation de l’exposition. J’avais eu plusieurs expériences décevantes au Musée Guimet, dont je trouvais que les expositions avaient jusque-là tendance à manquer d’explication et de pédagogie. Il n’en est rien de celle-ci, que je vous conseille. Elle intéressera autant les adultes que les enfants également.

Alexandra David-Néel, une aventurière au musée

J’ai découvert par hasard que le musée Guimet avait une exposition en cours sur la grande exploratrice Alexandra David-Néel. J’ai donc profité de mon billet d’entrée pour la visiter.

Alexandra David-Néel doit en partie sa curiosité pour l’Asie au musée Guimet, où elle fit une visite dans sa jeunesse qui lui donna l’envie de voyager en orient. C’est donc assez naturellement que le musée lui offre un espace, pour parler de sa passion pour l’Asie.

Cette petite exposition présente la vie de cette voyageuse à travers des photos de ses voyages et des objets et œuvres d’art qui lui appartenaient et dont elle fit don au musée. J’ai trouvé que c’était une manière intéressante de découvrir la vie d’Alexandra David-Néel et ce que j’en ai vu m’a donné envie d’en apprendre plus. Je pense notamment approfondir cela avec la BD de Fred Campoy et Mathieu Blanchot.

Sans parler du chien – Connie Willis

Sans-parler-du-chienNed Henry est un historien anglais du milieu du XXIème siècle. Il travaille pour Lady Schrapnell à la reconstruction et reconstitution à l’identique de la Cathédrale de Coventry, qui a été rasée par les bombes allemandes lors de la Seconde Guerre mondiale. Afin que la cathédrale soit absolument identique à celle d’origine, Lady Schrapnell ne lésine pas sur les moyens et s’est offert une équipe d’historiens qui voyage dans le temps, afin de reproduire l’intérieur de la cathédrale de la façon la plus fidèle. Ned Henry est chargé de retrouver la potiche de l’évêque, un objet religieux connu pour sa laideur mais qui a une vraie valeur familiale et sentimentale pour lequel Lady Schrapnell.

Après avoir été propulsé en 1940, Ned Henry est de nouveau en voyage dans le temps. Il est envoyé en 1888, chez les ancêtres de Lady Schrapnell. Sa mission consiste non seulement à se reposer (pour limiter les effets du déphasage temporel) mais surtout à retrouver la potiche, à ramener un chat auprès de sa jeune maîtresse et à limiter les dégâts des incongruités temporelles nées de tous les voyages dans le temps des historiens. Un sacré programme !

L’Histoire est au cœur de ce roman très très long. Toute l’intrigue tourne à la fois autour de la reconstitution du passé (à travers la cathédrale de Coventry) et sur le respect de celui-ci, afin de ne surtout pas y apporter de modification. Ned Henry est en permanence tourmenté par l’idée qu’une de ses actions en 1888 puisse avoir un impact sur le tournant de la Seconde Guerre mondiale. L’un de ses objectifs est de veiller à ce que Tossie Mering, l’ancêtre de Lady Schrapnell, épouse bien un mystérieux homme dont le nom commence par un C. En effet, toute modification du passé pourrait avoir un effet papillon sur l’Histoire future et notamment bouleverser totalement l’issue de la Seconde Guerre mondiale.  Lire la suite de « Sans parler du chien – Connie Willis »

Prix Orange du Livre 2017 : deuxième sélection

20170503_102201.jpg

La deuxième réunion du Prix Orange du Livre 2017 s’est tenue le 3 mai au restaurant Les éditeurs à Paris. La mission du jury consistait à réduire la liste des 30 livres sélectionnés pour le Prix à 5. Une tâche difficile, qui a d’abord nécessité des discussions sur la méthode, puis un tour de table sur les coups de cœur de tous les jurés.

A l’issue de la réunion, les 5 livres finalistes qui ont été sélectionnés sont :

  • « Arrête avec tes mensonges » de Philippe Besson => mon billet
  • Trois saisons d’orage de Cécile Coulon => mon billet
  • Avant que les ombres s’effacent de Louis-Philippe Dalembert
  • L’été des charognes de Simon Johannin => mon billet
  • Winter is coming de Pierre Jourde => mon billet

20170503_142410

La réunion s’est poursuivie par un déjeuner et une séance de lecture improvisée avec Carole Martinez.

Que se passe-t-il maintenant ?

Vous pouvez bien évidemment voter pour l’un de ces cinq finalistes en vous rendant sur le site lecteurs.com, et sur la page de vote : par ici. Chaque juré votera également pour son favori et le gagnant du Prix Orange du Livre 2017 sera dévoilé lors de la cérémonie de remise du Prix le 30 mai.

Je vous invite à aller lire le compte-rendu de Bénédicte et regarder ses jolies photos ici.

 

Bibliomaniacs #38

Envie de remonter le temps ? et même de voyager à bord d’un vaisseau spatial ? Pour notre 38ème émission des Bibliomaniacs, nous vous faisons remonter le temps. Prenez garde au déphasage temporel et aux incongruités historiques qui pourraient survenir !

Nous vous parlons de :

  • L’homme qui mit fin à l’Histoire de Ken Liu
  • La guerre éternelle de Joe Haldeman
  • Sans parler du chien de Connie Willis

N’hésitez pas à nous laisser des message sur le site de l’émission ou sur Facebook, ça nous fait toujours plaisir !

La guerre éternelle – Haldeman & Marvano

guerreeternelle_intDes hommes sont partis dans l’espace, afin de coloniser des planètes lointaines. Près de la constellation du Taureau, l’un des vaisseaux des colons est attaqué ; des femmes et des enfants périssent. Un nouvel ennemi est déclaré : les Taurans. Pour protéger les humains contre cet ennemi étranger inconnu et effrayant, un corps militaire spécial est créé : une sorte d’armée de l’ONU pour l’exploration spatiale. 50 hommes et 50 femmes constituent l’élite de cette armée ; ils ont été choisis pour leur haut QI et leur excellente condition physique.

William Mandella fait partie de ce corps militaire d’élite et raconte son quotidien dans cette guerre dont il ne voit pas la fin : le casus belli, l’enrôlement, la préparation militaire, les combats, les pertes humaines, la célébration des héros…

« J’ai le sentiment qu’il va y avoir encore beaucoup de morts, beaucoup de chagrin… » (page 76)

Cette adaptation BD du roman de Joe Haldeman commence par un avant-propos particulièrement intéressant. Celui-ci est à lire avant de débuter la BD, afin de faciliter l’analyse comparative de celle-ci. Dans l’avant-propos, Joe Haldeman explique comment il en est venu à écrire ce roman et dans quel but. Lorsqu’il est revenu de la guerre du Vietnam, il a très rapidement ressenti le besoin d’écrire sur cette expérience traumatisante, ce qu’il fit. Lire la suite de « La guerre éternelle – Haldeman & Marvano »