En nous beaucoup d’hommes respirent – Marie-Aude Murail

MURAIL3

Marie-Aude Murail entreprend de raconter l’histoire de sa famille, ce qui passe par les histoires amoureuses de ses aïeux. Pour cela, elle prend son temps et fouille parmi les trésors trouvés dans la maison familiale. Elle découvre notamment des lettres et des photos, sur lesquels elle s’appuie pour raconter leurs histoires.

Elle commence par l’histoire romantique et passionnée de Raoul et Cécile, raconte leur coup de foudre grâce aux courriers de ceux-ci mais aussi grâce au goût de Raoul pour la littérature. Quelle histoire incroyable que la leur, coupée par la Première Guerre mondiale. Marie-Aude Murail arrive à redonner vie à leur amour et à l’atmosphère tragico-romantique de celui-ci.

Elle agrémente son récit des matériaux bruts qu’elle a trouvé : des photos de famille, des poèmes, des lettres, des textes, etc. Cela fait de ce livre un bel objet, avec une jolie mise en page. Marie-Aude Murail arrive à faire de ce travail de mémoire familial une saga qui classe cette famille à part tout en rappelant à quel point elle vécut beaucoup d’événement similaires à toutes les familles françaises.

Au bout de cette lecture, on comprend l’héritage créatif que lui ont légués ses ancêtres, et notamment son père et son grand-père. Bien qu’à une dose plus petite, on retrouve dans ce livre l’humour parfois moqueur de Marie-Aude Murail.

Référence

Marie-Aude Murail, En nous beaucoup d’hommes respirent, éditions L’iconoclaste, 440 pages

Publicités

Tenir jusqu’à l’aube – Carole Fives

FIVESUne jeune femme a emménagé il y a peu à Lyon, où elle élève seule son fils qui a un peu moins de deux ans. Elle est graphiste free-lance et n’ayant pas trouvé de solution de garde, elle passe toutes ses journées et ses nuits avec son garçon. Elle travaille dès qu’il se met à dormir et use progressivement la corde.

En plus de la fatigue, elle ressent un sentiment d’emprisonnement qui la fait souffrir. Depuis qu’elle est à Lyon, elle n’a fait aucune connaissance, ne voit plus ses anciens amis et n’arrive pas à nouer de nouveaux contacts amicaux ou amoureux. Elle se crée des parenthèses, comme des temps de respiration, en sortant quelques minutes seule le soir quand son fils dort. Petit à petit, elle prolonge ses temps de sortie, tout en étant consciente du risque qu’elle prend si jamais il arrivait quelque chose à son enfant.

Par une écriture introspective, Carole Fives livre les émotions de cette mère célibataire tout en développant un rythme et un dynamisme qui servent à maintenir un certain niveau de tension dans la narration. Le lecteur est immédiatement happé par la solitude de cette femme qui ne peut plus vivre autrement qu’accompagnée en permanence. Elle cherche à tout prix des solutions, que l’Administration ne sait pas lui proposer. Elle essaie alors internet, afin de bénéficier des conseils des autres mères dans sa situation mais se heurte à des jugements péremptoires.

La tension et le réalisme de ce roman sont tels qu’il se lit d’une traite et sans voir le temps passer. Les personnages secondaires sont peu nombreux et les caractères de l’ensemble des personnages sont peu développés, le choix étant fait de se focaliser sur le ressenti de cette femme, ce qui fonctionne très bien.

Voici un roman de cette nouvelle rentrée littéraire que je recommande !

Références

Carole Fives, Tenir jusqu’à l’aube, éditions l’arbalète Gallimard, 177 pages

Ta deuxième vie commence le jour où tu comprends que tu n’en as qu’une – Raphaëlle Giordano

GIORDANO2Hum… Le titre vous laisse perplexe ? J’espère que la suite de cette chronique vous aidera à décider d’écarter ce « roman » de toute tentative de lecture.

Camille approche de la quarantaine et a l’impression de tourner en rond, que ce qu’elle fait n’a plus de sens. Elle voudrait changer des choses dans sa vie mais une force qui la dépasse la pousse à l’inertie. Jusqu’au jour où elle rencontre par hasard Claude, qui officie comme routinologue…

Ne cherchez pas dans un dictionnaire, ne vous tirez pas les cheveux devant ce terme, Claude est tout simplement un coach en développement personnel et il aide les personnes comme Camille en leur donnant des conseils pratiques pour améliorer leur quotidien et redonner du sens à leur vie.

L’un des nombreux problèmes de ce livre est d’être un roman alors qu’il aurait dû être un essai de développement personnel. Raconter des personnages, installer une scène, développer une intrigue ne s’improvise pas et tout le monde n’est pas fait pour écrire de la fiction. Bref, les personnages sont superficiels, les dialogues ridicules au point de s’en esclaffer pendant la lecture et les rebondissements totalement ubuesques.

Comment une telle chose a pu obtenir un tel succès ? L’état littéraire de la France me peine énormément !

Référence

Raphaëlle Giordano, Ta deuxième vie commence le jour où tu comprends que tu n’en as qu’une, éditions Eyrolles, 218 pages

Miss Charity – Marie-Aude Murail

 

MURAIL2Charity Tiddler est une enfant née en 1870 au sein d’une famille de la haute aristocratie anglaise. Elle n’a pas la chance d’être entourée de frères et sœurs, ses deux sœurs étant décédées lorsqu’elles étaient des nourrissons. Ses parents sont particulièrement absents de son quotidien, et son unique compagnie est sa nourrice.

Le jour où Charity adopte une petite souris tout à fait par hasard, elle est folle de joie et développe une passion pour tous les êtres vivants. Lire la suite de « Miss Charity – Marie-Aude Murail »

L’origine des autres – Toni Morrison

MORRISON« La race est la classification d’une espèce et nous sommes la race humaine, point final. Alors quelle est cette autre chose : l’hostilité, le racisme social, la fabrication de l’Autre ? » (page 25)

La race est une idée et non un fait. Pour l’instaurer, il a donc fallu développer l’idée d’une altérité : fabriquer l’Autre. Ce processus est notamment passé à travers la littérature. La case de l’oncle Tom n’a ainsi pas été écrit pour les noirs mais pour les blancs. Cette littérature a permis aux blancs de cautionner des actes inhumains en les justifiant par le fait que les noirs avaient besoin de cette domination du fait de leur infériorité.

En réalité, les noirs furent indispensables à une définition blanche de l’humanité. En fabriquant un Autre noir, les blancs américains créaient leur propre identité.

« La nécessité de faire de l’esclave une espèce étrangère semble une tentative désespérée pour confirmer que l’on est soi-même normal. » (p.34)

Ce livre de Toni Morrison est extrêmement riche car il puise à la fois dans l’Histoire américaine mais aussi dans la sociologie, afin de comprendre comment et pourquoi le racisme est né aux Etats-Unis. Lire la suite de « L’origine des autres – Toni Morrison »

A l’orée du verger – Tracy Chevalier

CHEVALIER4Robert Goodenough a grandi dans une famille pauvre et désunie de l’Ohio dans les années 1830. Ses parents passent leurs journées à se disputer violemment. Sa mère ne s’abreuvant que d’eau-de-vie de pommes, elle passe ses journées ivre, est devenue une femme violente et haineuse. Elle en veut terriblement à son mari de refuser de quitter la région du Black Swamp, une zone de marécages qui lui a déjà retiré cinq de ses dix enfants, morts de fièvre. Le père de Robert est passionné par la culture de ses pommiers dont il vit en vendant du cidre et de l’eau-de-vie.

Un drame oblige Robert à quitter précipitamment sa famille et à partir vers l’ouest, et à vivre au jour le jour en vendant sa main-d’oeuvre. Il croise la route d’un botaniste grâce auquel il peut allier travail et passion car comme son père, Robert a une grande curiosité pour les arbres.

Ayant toujours beaucoup apprécié les quelques romans que j’ai lus de Tracy Chevalier, je m’attendais à un véritable coup de cœur pour cette histoire de migrants se déroulant dans l’Amérique du XIXème siècle et touchant à des sujets fort intéressants : la nature, l’identité, la famille, etc.

Tout en ayant passé un agréable moment et sans regretter cette lecture, celle-ci m’a déçue. Il est difficile de s’attacher aux personnages, les parents de Robert étant truffés de défauts, leurs enfants n’occupant qu’une place très minime dans l’intrigue et les personnages annexes n’apparaissant qu’en fin de roman sans être développés. Lire la suite de « A l’orée du verger – Tracy Chevalier »

Le tatoueur d’Auschwitz – Heather Morris

MORRIS2

Au début de la Seconde Guerre mondiale, les familles juives de Slovaquie doivent désigner l’un de leurs membres pour partir travailler dans un camp nazi. Pensant protéger sa famille en se portant volontaire, Lale se rend rapidement compte à son arrivée à Aushwitz qu’il devra redoubler d’efforts et d’inventivité s’il veut se sortir des situations les plus horribles et rester en vie.

C’est ainsi qu’il accepte de travailler comme tatoueur : présent à l’arrivée de tous les convois de trains, il n’en finit plus de tatouer hommes, femmes et enfants. Il « profite » du statut qui lui est donné avec ce travail pour aller et venir dans le camp, découvrir les personnes externes qui sont amenées à y intervenir et lancer un trafic de nourriture et de biens grâce auquel il nourrit plusieurs dizaines de prisonniers.

Alors qu’il n’est tatoueur que depuis peu de temps, il croise le regard d’une jeune femme nommée Gita, qui vient d’arriver au camp et dont il doit tatouer le bras. Cet homme, qui n’a jusqu’à présent jamais aimé une femme mais qui a collectionné les liaisons amoureuses, tombe immédiatement amoureux et sent la réciprocité de ce coup de foudre. De 1942 à la libération du camp en 1945, il fait tout ce qui est en son pouvoir pour passer du temps avec Gita et la maintenir en vie.  Lire la suite de « Le tatoueur d’Auschwitz – Heather Morris »

L’enfant perdue – Elena Ferrante

FERRANTE3« Je conduisais et répondais aux questions des filles tout en ayant en tête cette vision d’un Nino composé de deux parties : une qui m’appartenait et une autre qui m’était étrangère. » (page 269)

Elena vit une histoire d’amour fusionnelle avec Nino, qui la rend totalement aveugle à ses défauts et mensonges. Elle est prête à tout abandonner pour vivre sa passion amoureuse. Elle retourne de plus en plus fréquemment à Naples et renoue avec Lila. Elle qui est devenue une écrivaine à succès, profite de sa notoriété pour écrire sur des sujets d’actualité politique et dénonce ainsi la société napolitaine, restée aux mains d’une mafia très violente.

J’ai repoussé la rédaction de ma chronique, ne sachant trop comment l’aborder. J’ai très rapidement eu une énorme déception en lisant ce dernier tome. La saga prodigieuse prend fin, ce qui me rendait nostalgique dès l’ouverture du roman. Mais très vite, je me suis rendue compte que le livre n’était absolument pas à la hauteur de mes espérances. Pendant les 200 premières pages, je me suis forcée à le lire, ne pouvant me résigner à abandonner Elena Ferrante ! Cette première moitié m’a profondément ennuyée, je l’ai trouvée trop bavarde et il lui manquait un minimum de péripétie, de recul, de réflexion.

Et soudain, à la moitié du roman, la grâce est revenue, comme par magie. On retrouve subitement une Elena plus humaine, qui fait des erreurs, qui a des défauts, mais qui cherche à s’en sortir et à être heureuse. Lila reste insaisissable et je n’ai pu m’empêcher de l’aimer tout en la détestant parfois. Bref, je me suis totalement réconciliée avec Elena Ferrante à la fin de ce dernier tome.

Référence

Elena Ferrante, L’enfant perdue, éditions Gallimard, traduction d’Elsa Damien, 550 pages

Bye bye blondie – Virginie Despentes

DESPENTES4« La rage s’épaississait en elle, prenait racine au fond du cœur, s’enfonçait. » (page 80)

A la fin des années 1980, Gloria est adolescente. Elle n’arrive pas à se faire une place dans son foyer et le dialogue avec ses parents est rompu. Elle passe son temps à traîner en bande, avec ses amis du lycée. Face à la violence physique qui déborde de Gloria, ses parents décident de la faire interner dans un hôpital psychologique. Elle y fait la connaissance d’Eric, avec lequel elle vit sa première histoire d’amour. Une dizaine d’années plus tard, elle croise la route d’Eric, tout à fait par hasard. Cela réveille les souvenirs de sa jeunesse : les semaines passées à l’hôpital, celles passées à dormir dans la rue et à aller de concert en concert.

« Elle était déchiquetée, ça faisait tellement mal d’être dans sa peau à elle qu’elle ne sentait plus aucune variation dans la douleur. » (p. 137)

J’ai retrouvé la Virginie Despentes que j’avais découverte à travers un essai, King Kong Théorie : dans Bye bye Blondie, on y trouve la même force dans la langue, le même style extrêmement puissant. Cette quasi violence dans l’écriture ne retire en rien à ce roman sa sensibilité. Lire la suite de « Bye bye blondie – Virginie Despentes »