Forêt obscure – Nicole Krauss

krauss

Un vieil homme extrêmement riche du nom d’Epstein disparaît subitement. Cela faisait quelques temps qu’il effectuait des donations en bien ou en valeur à son entourage, comme s’il était devenu accro au don.

Une écrivaine américaine dont le mariage est en train de pérécliter décide de partir quelques temps à Tel-Aviv, où elle espère trouver un je-ne-sais-quoi, peut-être l’inspiration pour écrire. Elle retourne dans le grand hôtel dans lequel elle passait ses vacances estivales quand elle était enfant, ce qui éveille en elle beaucoup de souvenirs.

J’ai eu énormément de mal à lire ce roman que j’ai trouvé très bavard, essentiellement la partie de la narration faite par l’écrivaine. Ce personnage entremêle ses souvenirs d’enfance et son récit présent de discours abstraits et pompeux. Il y a dans sa narration beaucoup de références philosophiques et religieuses que je n’ai pas saisies et dans lesquelles je n’ai trouvé aucun intérêt. Lire la suite de « Forêt obscure – Nicole Krauss »

Publicités

La grande arche – Laurence Cossé

COSSE

Dans les années 1980, un grand concours d’architecture est lancé afin de redonner un nouvel élan à La Défense. Spreckelsen, un architecte danois gagne le concours sur la base des plans qu’ils a dessiné et de son concept de cube légèrement désaxé par rapport à la ligne Louvre-Place de l’étoile. Jusqu’à présent, il n’avait construit que quelques églises dans son pays et est totalement inconnu en France. La mise en oeuvre de son projet fut pour lui d’une vraie difficulté, puisqu’il n’avait pas imaginé la complexité des différences culturelles avec la France ni celle de l’administration française.

Laurence Cossé raconte les stratégies et machinations politiques derrière ce choix de cube, ainsi que la manière dont certains s’y sont pris pour influencer Mitterrand. Spreckelsen n’était pas prêt à cela, de la même manière qu’il n’était pas prêt à devoir affronter toute cette complexité administrative et règlementaire, lui qui ne pensait qu’à mettre en oeuvre ce dont il avait rêvé.

Ce récit est le parfait équilibre entre politique, architecture, administration et Histoire française. Lire la suite de « La grande arche – Laurence Cossé »

Un monde à portée de main – Maylis de Kerangal

KERANGAL2

« Elle apprend à voir. » (p. 54)

Paula, Kate et Jonas sont tous les trois étudiants au sein d’une école bruxelloise qui leur ouvrira les portes du métier de peintre en décor. Ce qu’ils apprennent à peindre, ce sont des trompe-l’oeil, que ce soit pour la décoration intérieure classique mais aussi pour des décors artistiques. Leur année d’études est intense intellectuellement puisqu’ils apprennent en peu de temps énormément de techniques mais aussi physiquement car leur corps subit les heures passées debout, pinceau à la main.

Maylis de Kérangal m’a replongée dans mes années d’études, celles de la découverte d’une nouvelle ville, de nouveaux amis, de nouvelles matières. Elle raconte avec beaucoup de simplicité et de réalisme la vie étudiante, à la fois faite d’amusement mais surtout d’engagement et d’abnégation pour Paula.

Dans Un monde à portée de main, j’ai retrouvé son talent pour parler du corps, Lire la suite de « Un monde à portée de main – Maylis de Kerangal »

Une prière pour Owen – John Irving

IRVING« Comment aurais-je pu savoir qu’Owen Meany était un héros ? »

En 1987, Johnny Wheelwright vit au Canada depuis plusieurs années et y enseigne la littérature dans une école pour jeunes filles. Il ne peut passer une journée sans penser à son grand ami d’enfance, Owen Meany. Grand par le caractère et la destinée, Owen Meany était pourtant un tout petit garçon, qui ne dépassa pas 1.52 mètre une fois adulte. Sa taille était la source de beaucoup de moqueries de ses camarades, dont il arrivait pourtant à faire fi. Sa voix le différenciait également des autres enfants puis des adultes : non seulement il n’avait jamais mué mais il émettait un son aigu très particulier.

Owen Meany fut un véritable leader dans chaque classe et chaque école où il est passé. Il était profondément respecté par les professeurs, malgré ses nombreuses critiques. Il fut comme un maître pour Johnny et le guida dans bien des matières et sur bien des sujets. C’était un enfant puis un adulte hors norme, dont la vie était régie par de grands principes auxquels il ne dérogeait pas et qui l’empêchaient de profiter de son enfance et de poursuive le bonheur qu’il méritait.

« C’est Owen Meany qui m’apprit que tout bon livre évolue continuellement, du général au particulier, du détail à l’ensemble, et ainsi de suite. Une bonne lecture et une bonne interprétation de la lecture doivent évoluer de façon identique. »

Et même si Owen Meany est à l’origine d’un grand drame pour Johnny, ils restèrent toujours amis. Quand ils avaient la vingtaine et qu’ils étaient étudiants, la guerre du Vietnam devenait de plus en plus intense et meurtrière. Owen étant persuadé que son destin l’appelait à s’y battre, il fit tout son possible pour être intégré dans l’armée et s’y faire une place lui permettant d’être envoyé au combat, malgré l’opposition farouche de son entourage.

« Quand meurt, de façon inattendue, une personne aimée, on ne la perd pas tout en bloc ; on la perd par petits morceaux, et ça peut durer très longtemps. Ses lettres qui n’arrivent plus, son parfum qui s’efface sur les oreillers et sur les vêtements. Progressivement, on additionne les pièces manquantes. Puis vient le jour où l’un de ces petits manques fait déborder la coupe du souvenir ; on comprend qu’on l’a perdue, pour toujours… Puis vient un autre jour, et une nouvelle petite pièce manquante. »

Voici l’un des plus forts et bouleversants roman que j’ai lu à ce jour. J’ai rarement eu le sentiment qu’un personnage de fiction était aussi réel, au point qu’il me manque cruellement à la fin du roman, comme si j’avais moi aussi perdu un ami.

J’ai retrouvé le ton moqueur de John Irving, cette façon de raconter une histoire avec un brin d’humour, que j’avais tant aimée dans Le monde selon Garp. Il a un vrai don pour donner vie à des personnages, maniant parfaitement les dialogues et sachant raconter une scène à merveille. Comme je me suis amusée en lisant les scènes de vengeance d’Owen vis-à-vis de son directeur d’école ! Certaines scènes, comme celles des spectacles de Noël, sont exquises de drôlerie et de sérieux en même temps.

Bien que je sois totalement étanche à la thématique religieuse et que je ne comprenne pas toutes les subtilités de celle-ci, leur lecture n’en fut pas pour autant désagréable puisqu’on y retrouve la liberté de ton de John Irving.

A aucun moment on ne voit passer les pages de ce gros pavé, rien n’y est superflu, toutes les anecdotes et toutes les scènes y ont leur importance. C’est un roman parfaitement maîtrisé, sur tous les aspects et au sein duquel la tension monte petit à petit, à mesure que le destin tragique d’Owen approche. Je suis persuadée qu’il fait partie de ces romans dont chaque relecture apporte une nouvelle vision, fait découvrir de nouveaux éléments et il est certain que j’en ferai une relecture d’ici quelques années.

Je n’ai absolument aucune réserve à émettre sur ce coup de cœur et je ne peux que le conseiller aux gros lecteurs. Comme je regrette de ne pas l’avoir découvert plus tôt !

Référence

John Irving, Une prière pour Owen, éditions du Seuil, traduction de Michel Lebrun, 761 pages

Une fille bien – Holly Goddard Jones

JONES

Les nouvelles rassemblées dans ce recueil ont pour point commun de se dérouler dans une petite ville du fin fond des Etats-Unis. Une jeune fille ou une femme est à chaque fois le personnage central de ces nouvelles et la narration consiste souvent dans le récit d’un épisode traumatisant pour l’un des personnages principaux.

J’ai beaucoup apprécié la manière subtile dont Holly Goddard Jones annonce une tragédie. Elle amène progressivement la tragédie, faisant monter la tension petit à petit, jusqu’à déboucher sur des passages particulièrement horribles dans certaines nouvelles. On se laisse ainsi surprendre par des scènes très cruelles au point que le choc puisse créer un sentiment physique assez fort.  Lire la suite de « Une fille bien – Holly Goddard Jones »

La saison des feux – Celeste Ng

NG2A la fin des années 1990, la famille Richardson vit dans la banlieue de Cleveland aux Etats-Unis. Elena, la mère de la famille Richardson, se réveille un matin alors que sa maison est en feu. Quelqu’un a allumé plein de petits feux partout dans la maison. Heureusement, les quatre enfants de la famille sont déjà sortis de la maison et il n’y a aucune victime.

Qui a bien pu commettre cet acte irresponsable ? Ce n’est pas tellement la question à laquelle Celeste Ng s’attache à répondre dans son intrigue. Elle raconte plutôt comment l’un des personnages en est arrivé à réaliser cet acte. Pour cela, elle dresse le portrait d’une famille aisée, qui semble à l’abris de tout souci matériel et dont les membres unis vivent heureux.

L’arrivée d’une mère et de sa fille dans cette petite communauté va petit à petit changer leur quotidien. Mia et Pearl sont les locataires d’une maison appartenant aux Richardson et l’adolescente Pearl se fait une place à part entière parmi les enfants Richardson, au point que ceux-ci nouent également des liens forts avec sa mère Mia. Lire la suite de « La saison des feux – Celeste Ng »

Le gang des rêves – Luca Di Fulvio

FULVIOEn 1909, Cetta Luminita est une toute jeune femme lorsqu’elle foule le sol américain, avec son bébé Christmas dans les bras. A Ellis Island, cette belle et fragile jeune fille est immédiatement repérée par des mafieux, qui s’empressent de la prendre en main. Cetta est conduite dans un appartement miteux, où on lui propose d’être hébergée gratuitement par un vieux couple italien, qui gardera son enfant pendant qu’elle travaillera. Elle est persuadée qu’elle pourra offrir une meilleure vie à son fils à New York, elle est prête à tous les sacrifices. Elle accepte ainsi, sans aucune difficulté, de travailler comme prostituée dans un bordel tenu par la mafia italienne, tout en élevant son fils comme si elle avait un travail des plus ordinaires.

Christmas est un petit garçon plein de ressources, à l’imagination foisonnante. Dans les années 1920, il passe une grande partie de son temps à jouer dans la rue. Il s’y fait des amis et des ennemis, et y développe à la fois le rêve de réussir sa vie en étant un vrai américain, et de devenir un caïd. Un soir, il découvre dans la rue une jeune fille battue et violée, laissée pour morte. En prenant le risque de l’amener à l’hôpital, il la sauve et acquière ainsi la reconnaissance de sa famille. A l’occasion de ses visites, il découvre que Ruth est une jeune fille de la bourgeoisie juive new-yorkaise et se rend compte à quel point leur éducation fut opposée. Il en tombe très rapidement amoureux et lorsque Ruth part vivre en Californie avec ses parents, il se fait la promesse de tout faire pour la retrouver un jour, persuadé qu’elle est le grand amour de sa vie.

« […] le temps avait été inventé pour torturer les amoureux. » (page 817)

L’intrigue de ce roman avait tout pour me plaire, étant particulièrement friande des fictions se déroulant aux Etats-Unis et impliquant les sujets de l’immigration et de l’identité. L’histoire de Cetta est triste et son abnégation à offrir un meilleur avenir à son fils est touchante. Pendant les près de 1000 pages de ce roman, Luca Di Fulvio apporte un grand nombre de rebondissements, empêchant le lecteur de s’ennuyer.  Lire la suite de « Le gang des rêves – Luca Di Fulvio »

D’acier – Silvia Avallone

AVALLONE« Elle n’y arriverait jamais, à s’enfuir. Il l’en empêcherait, il la retrouverait partout. » (page 57)

Francesca et Anna sont deux amies inséparables qui vivent leur adolescence dans les années 2000 à Piombino, dans la province de Livourne. Cette ville de la côte toscane est loin d’être un paradis, contrairement à l’île d’Elbe, située juste en face. A Piombino, il n’y a nul tourisme, l’économie de la ville étant entièrement tributaire des hauts fournaux de la grande aciérie. Chaque famille a au moins l’un de ses membres qui y travaille. Le quotidien des habitants de cette ville populaire est fait de dur labeur, de violence, et de défonce. Cette misère ne s’est pourtant pas inflitrée dans les coeurs de Francesca et Anna, qui commencent à profiter du peu de liberté laissée par leurs parents pour sortir, rencontrer des garçons et s’amuser à la plage.

Malgré la tristesse de leur quotidien, les deux amies ont foi dans leur avenir, qu’elle imaginent fait d’amour et de succès professionnel. L’une espère s’en sortir grâce à sa beauté et l’autre grâce à son intelligence. Leur amitié m’a énormément rappelé celle d’Elena et Lila (L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante), faite d’un profond amour au sein duquel une faille grandit peu à peu. Tout du long, les éléments de ressemblance avec la saga prodigieuse étaient Lire la suite de « D’acier – Silvia Avallone »

Prodigieuses créatures – Tracy Chevalier

CHEVALIER2Dans les années 1810, Mary Anning a une dizaine d’années et vit dans le Dorset, sur la côte anglaise. Elle a un don pour trouver des fossiles, qu’elle appelle des « curios » pour « curiosités ». En effet, Mary n’a absolument aucune connaissance scientifique, vient d’un milieu très pauvre et ne fréquente pas l’école. En revanche, elle a un certain sens des affaires et a compris que ses curios intéressaient beaucoup les touristes, qui les lui achetaient à un prix lui permettant de garantir un complément de revenus pour sa famille.

Mary fit la rencontre d’Elizabeth Philpot, une femme d’une quinzaine d’années de plus qu’elle, qui vit aisément avec ses sœurs dans un cottage de Lyme également. Elizabeth est passionnée par les fossiles, qu’elle collectionne et dont elle connaît les noms scientifiques. Elle initie Mary à cette connaissance scientifique.

Quel formidable roman, que je ne peux que vous encourager à lire pour de multiples raisons :  Lire la suite de « Prodigieuses créatures – Tracy Chevalier »