Dalva – Jim Harrison

IMG_20170802_222223_965« Que deviennent les histoires quand il n’y a personne pour les raconter ? » (page 480)

Arizona, années 1980.

Après des décennies à sillonner plusieurs Etats américains et pays, Dalva retourne en Arizona, dans le grand ranch familial. Elle a 45 ans et se souvient de ses années de jeunesse passées en Arizona.

Dalva fut profondément marquée par l’amour de sa vie, son amour de jeunesse, Duane. Ce sioux fréquenta sa famille quelques mois puis fut rapidement écarté de celle-ci lorsque Dalva tomba enceinte à 16 ans. Elle dut à la fois abandonner l’enfant à une famille, quitter Duane et perdit peu de temps après son grand-père bien-aimé qui contribua fortement à son éducation.

Alors qu’elle est revenue dans le ranch familial, Dalva est contactée par Michael, un universitaire, spécialisé dans l’Histoire américaine du XIXème siècle et l’extermination des indiens d’Amérique. L’un des ancêtres de Dalva fut en effet un proche des Sioux, qu’il essaya d’abord de convertir au christianisme en leur offrant ses connaissances en botanique afin que ceux-ci survivent en empruntant la culture des colonisateurs. Petit à petit, il se fit connaître et respecter et eut des liens privilégiés avec de grands chefs sioux, dont Crazy Horse. Michael souhaiterait accéder aux journaux intimes de l’ancêtre de Dalva, afin d’écrire un livre qui lui permettra de gagner en crédibilité au sein de son université et de faire oublier ses déboires.

« Seul le plus pur des cœurs peut devenir meurtrier à cause d’autrui. » (p. 31)

Il m’est très difficile de rendre hommage à ce magnifique roman comme j’aimerais pouvoir le faire. J’ai été hypnotisée par Dalva, ce personnage incroyable qui réunit à la fois puissance et sensibilité. Elle porte en elle toute son histoire familiale et par extrapolation celle du peuple Sioux dont il ne reste plus grand chose. C’est une femme dotée d’une volonté forte mais porteuse d’une blessure qu’elle ne réussit jamais à cicatriser. Lire la suite de « Dalva – Jim Harrison »

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Louis parmi les spectres – Isabelle Arsenault et Fanny Britt

Louis est un petit garçon triste. Il est tiraillé entre son père et sa mère, qui se sont séparés à cause de la maladie de son père, qui est alcoolique. Louis exprime peu ses sentiments, il est plein de solitude et de nostalgie pour les années que l’on devine heureuses lorsque ses parents n’étaient pas séparés et que son père ne buvait pas.

« J’ai fermé les yeux très fort, pour me boucher les oreilles. » (page 81)

Les couleurs d’Isabelle Arsenault reflètent parfaitement l’état des émotions de Louis : elle utilise ainsi toute sa palette de couleur, allant du noir et blanc aux couleurs les plus vives. Les dessins sont d’une grande douceur et poésie. L’association d’Isabelle Arsenault et Fanny Britt est une réussite, une fois de plus. On retrouve la capacité de la dessinatrice et de la scénariste à mettre en histoire tous les non-dits au sein d’une famille.

Voici de nouveau un magnifique album, qui n’est pas destiné qu’aux adultes. Je continuerai à suivre cette grande dessinatrice avec plaisir.

 

Référence

Isabelle Arsenault et Fanny Britt, Louis parmi les spectres, éditions La Pastèque, 160 pages

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Le jour d’avant – Sorj Chalandon

ChalandonMichel Flavent raconte l’histoire de sa famille, marquée par la tragédie. Son frère Joseph est entrée à la mine dans les années 1960, alors qu’il n’avait que 20 ans. Il aurait pu être mécanicien ou bien agriculteur comme son père mais par fierté, par besoin de prouver sa virilité et d’appartenir à une communauté avec une identité forte, il est devenu mineur malgré l’avis de ses parents.

« Tu sais quoi ? disait mon père. Tu n’iras pas au charbon, tu iras au chagrin. »

Michel raconte le décès de son frère, alors qu’il n’a que 30 ans, des suites d’un coup de grisou qui tua 42 mineurs en 1974. Il vécut avec le souvenir douloureux d’un jeune homme plein de vie qui n’eut pas le temps de construire sa propre famille. Michel érigea un mausolée pour son frère et les mineurs de Liévin, en transformant son garage en un musée où il rassemblait tous les documents et pièces relatifs à la mine de Liévin et à cette catastrophe.

Pendant des décennies, il vécut avec l’idée que les coupables n’avaient jamais été punis, encore moins le véritable coupable : Lucien Dravelle, l’agent de maîtrise qui était notamment en charge de la sécurité des mineurs. Pour des raisons de rendement, la sécurité de la fosse n’avait pas été assurée au retour des vacances de Noël 1974. En 2014, à la mort de sa femme Cécile des suites d’une maladie, Michel décide de retourner à Liévin et de retrouver Lucien Dravelle. Lire la suite de « Le jour d’avant – Sorj Chalandon »

No home – Yaa Gyasi

NO HOME 2« Tu veux savoir ce qu’est la faiblesse ? C’est de traiter quelqu’un comme s’il t’appartenait. La force est de savoir qu’il n’appartient qu’à lui-même. »

Ce roman choral de Yaa Gyasi commence en 1764, au Ghana. Deux sœurs qui ne se sont jamais connues car elles ont été séparées très rapidement après leur naissance voient leurs vies bouleversées par la mise en place du commerce des esclaves. Effia est mariée au gouverneur du fort de Cape Coast, dont les sous-sols servent à emprisonner les esclaves avant leur traversée de l’Atlantique. Esi est une esclave détenue dans le même fort, et envoyée aux Etats-Unis. Les deux soeurs ont des enfants dont les vies seront radicalement différentes.

« Ces larmes étaient une sorte de routine. Elles étaient versées par toutes les femmes. Elles tombaient jusqu’à ce que le sol se transforme en boue. La nuit, Esi rêvait que, si elles pleuraient toutes à l’unisson, la boue se transformerait en une rivière qui les emporterait vers la mer. »

La descendance d’Effia se voit confier le rôle de commerçant d’esclaves et essaie de s’en défaire pour vivre libre et en paix. Les enfants et petits-enfants d’Esi grandissent quant à eux dans un pays qui les enchaîne et les renvoie systématiquement à la couleur de leur peau. Lire la suite de « No home – Yaa Gyasi »

Promenons-nous dans les bois – Bill Bryson

promenons nous dans les bois.indd« Marcher, tel était notre lot. » (page 71)

Dans ce récit, Bill Bryson raconte son aventure pédestre à travers plusieurs Etats américains, sur l’Appalachian Trail (AT pour les intimes). Ce chemin de randonnée très connu de la côte Est américaine fait plus de 3 500 kilomètres et passe par 14 Etats. Bill Bryson eut l’idée de cette randonnée géante lorsqu’il emménagea dans le Maine, près d’une portion de l’AT.

Pour ce long périple de plusieurs mois, un seul de ses anciens amis accepta de lui tenir compagnie : son ami d’enfance, Katz. Pourtant, Katz n’a absolument rien d’un randonneur… L’aventure s’annonce donc prometteuse !

Je me suis plongée dans ce récit avec une facilité et un plaisir déconcertants. Bryson est un narrateur hors pair. Il alterne des phases de narration de son quotidien de randonneur (presque à la manière d’un journal de bord), des descriptions de la nature, des dialogues toujours bien écrits et bien dosés et des parenthèses sur la géographie, l’Histoire ou la culture, qui sont toujours pleines de pédagogie.

Bryson manie l’humour à la perfection, avec beaucoup de justesse et parfois peu de pitié pour son entourage. Lire la suite de « Promenons-nous dans les bois – Bill Bryson »

Celle qui fuit et celle qui reste – Elena Ferrante

product_9782070178407_195x320A la fin des années 1960, Elena a terminé ses études littéraires et épouse un grand professeur de latin qui enseigne à la prestigieuse Université de Florence. Elle vient d’écrire un premier roman qui a énormément de succès en Italie et qui la dépasse totalement : elle-même ne se rend pas compte à quel point ce qu’elle y a mis est à l’avant-garde de la société. Après quelques temps passés à écrire des piges pour des journaux sur les changements sociaux, Elena endosse petit à petit un nouveau rôle, celui de mère de famille et pour cela, elle est contrainte de taire une partie d’elle-même.

« J’étais malheureuse. Je languissais dans mon lit, frustrée par ma condition de mère de famille et de femme mariée ; tout avenir me semblait prisonnier de la répétition des rites domestiques, que ce soit dans la cuisine ou dans le lit conjugal, et ce jusqu’à la mort. » (page 359)

Lila quant à elle vit toujours avec Enzo et élève son fils loin de son père. Elle travaille dans des conditions terribles et doit faire preuve d’une grande force morale et physique pour endurer tout cela. Elena et Lila se voient occasionnellement, s’écrivent parfois et apprennent à se parler par téléphone (LA nouveauté technologique !). Mais comme toujours, leur amitié chancelle régulièrement et Elena a toujours autant de mal à comprendre Lila qui lui échappe sans arrêt. Lire la suite de « Celle qui fuit et celle qui reste – Elena Ferrante »

Dans la forêt – Jean Hegland

cvt_dans-la-foret_7057« […] on tient le coup, jour après jour, et tout ce qui nous menace, ce sont les souvenirs, tout ce qui me fait souffrir, ce sont les regrets. » (page 88)

Nell et Eva sont deux sœurs d’environ 17 et 18 ans. Elles ont toujours vécu dans une maison en bois construite par leurs parents, en pleine forêt californienne. Elles ont ainsi été élevées au milieu de la nature, tout en bénéficiant d’une scolarité et d’une enfance normales. Eva est passionnée par la danse classique et espère pouvoir devenir ballerine dans un grand conservatoire. Nell est une jeune fille très intelligente et elle espère être admise à Harvard.

« Comment ai-je pu vivre ici toute ma vie et en savoir si peu ? » (p.127)

Peu de temps après le cancer et la mort de leur mère, le monde sombre de plus en plus dans un chaos dont le lecteur ne connaîtra pas directement la cause. Lire la suite de « Dans la forêt – Jean Hegland »

Repose-toi sur moi – Serge Joncour

img_repose-toi-sur-moi-1-550x835« Au milieu de ce ballet de gens pressés qui se croisaient en tous sens, elle eut l’image de tout un tas de choses superflues qui plombaient sa vie, des mesquineries et des menaces qui l’entouraient, l’image de cet homme la fascinait, simplement en rayonnant d’une densité minérale, naturelle, brute. » (page 89)

Ludovic a 46 ans, il est employé d’une société parisienne de recouvrement de dettes depuis trois ans. Auparavant, il était agriculteur dans le Lot mais il était devenu impossible pour sa famille de vivre aussi nombreux sur les revenus de la ferme et depuis le décès de sa femme Mathilde, il avait besoin de s’éloigner et de faire autre chose. Cet homme bon, simple et de nature généreuse qui sait parfaitement lire dans les gens a donc paradoxalement choisi de se reconvertir dans le métier de recouvreur de dettes.  Lire la suite de « Repose-toi sur moi – Serge Joncour »

L’autre qu’on adorait – Catherine Cusset

cussetDans ce récit, qui est en partie un roman et en partie une biographie, Catherine Cusset raconte l’histoire de son ami Thomas, qui s’est suicidé à l’âge de 39 ans. Thomas était un jeune homme brillant, passionné de littérature et fou amoureux de chacune de femmes qui entrèrent dans sa vie.

Après une classe prépa, il échoue deux fois au concours de l’ENS alors que tous ses amis -pourtant moins brillants que lui- réussissent le concours d’entrée. Après un diplôme à Sciences Po, il fait des études prestigieuses à Columbia aux Etats-Unis, où il obtient un Master en littérature française. Une fois ce diplôme obtenu, sa vie est aux Etats-Unis, où il commence à enseigner à l’Université en même temps qu’il prépare un doctorat. Lire la suite de « L’autre qu’on adorait – Catherine Cusset »

Le lundi, c’est BD ! #5 – Jane, le renard et moi – Isabelle Arsenault et Fanny Brit

jane12Hélène est une petite fille très timide, qui a l’habitude de rester seule dans son coin, que ce soit en classe comme dans la cours de récréation. Elle craint les autres enfants de sa classe, qui la maltraitent : elle est constamment moquée et montrée du doigt par les pimbêches qui la considèrent comme trop grosse. Hélène en développe une profonde aversion pour sa propre image et passe son temps à se dévaloriser et à se mépriser.

« […] n’oublie jamais que tu es une misérable saucisse. » (page 83)

Jane, le renard et moi raconte le quotidien d’une pré-adolescente mal dans sa peau à cause du regard des autres. Lire la suite de « Le lundi, c’est BD ! #5 – Jane, le renard et moi – Isabelle Arsenault et Fanny Brit »