No home – Yaa Gyasi

NO HOME 3« Tu veux savoir ce qu’est la faiblesse ? C’est de traiter quelqu’un comme s’il t’appartenait. La force est de savoir qu’il n’appartient qu’à lui-même. »

Ce roman choral de Yaa Gyasi commence en 1764, au Ghana. Deux sœurs qui ne se sont jamais connues car elles ont été séparées très rapidement après leur naissance voient leurs vies bouleversées par la mise en place du commerce des esclaves. Effia est mariée au gouverneur du fort de Cape Coast, dont les sous-sols servent à emprisonner les esclaves avant leur traversée de l’Atlantique. Esi est une esclave détenue dans le même fort, et envoyée aux Etats-Unis. Les deux soeurs ont des enfants dont les vies seront radicalement différentes.

« Ces larmes étaient une sorte de routine. Elles étaient versées par toutes les femmes. Elles tombaient jusqu’à ce que le sol se transforme en boue. La nuit, Esi rêvait que, si elles pleuraient toutes à l’unisson, la boue se transformerait en une rivière qui les emporterait vers la mer. »

La descendance d’Effia se voit confier le rôle de commerçant d’esclaves et essaie de s’en défaire pour vivre libre et en paix. Les enfants et petits-enfants d’Esi grandissent quant à eux dans un pays qui les enchaîne et les renvoie systématiquement à la couleur de leur peau. Lire la suite de « No home – Yaa Gyasi »

Promenons-nous dans les bois – Bill Bryson

promenons nous dans les bois.indd« Marcher, tel était notre lot. » (page 71)

Dans ce récit, Bill Bryson raconte son aventure pédestre à travers plusieurs Etats américains, sur l’Appalachian Trail (AT pour les intimes). Ce chemin de randonnée très connu de la côte Est américaine fait plus de 3 500 kilomètres et passe par 14 Etats. Bill Bryson eut l’idée de cette randonnée géante lorsqu’il emménagea dans le Maine, près d’une portion de l’AT.

Pour ce long périple de plusieurs mois, un seul de ses anciens amis accepta de lui tenir compagnie : son ami d’enfance, Katz. Pourtant, Katz n’a absolument rien d’un randonneur… L’aventure s’annonce donc prometteuse !

Je me suis plongée dans ce récit avec une facilité et un plaisir déconcertants. Bryson est un narrateur hors pair. Il alterne des phases de narration de son quotidien de randonneur (presque à la manière d’un journal de bord), des descriptions de la nature, des dialogues toujours bien écrits et bien dosés et des parenthèses sur la géographie, l’Histoire ou la culture, qui sont toujours pleines de pédagogie.

Bryson manie l’humour à la perfection, avec beaucoup de justesse et parfois peu de pitié pour son entourage. Lire la suite de « Promenons-nous dans les bois – Bill Bryson »

Celle qui fuit et celle qui reste – Elena Ferrante

product_9782070178407_195x320A la fin des années 1960, Elena a terminé ses études littéraires et épouse un grand professeur de latin qui enseigne à la prestigieuse Université de Florence. Elle vient d’écrire un premier roman qui a énormément de succès en Italie et qui la dépasse totalement : elle-même ne se rend pas compte à quel point ce qu’elle y a mis est à l’avant-garde de la société. Après quelques temps passés à écrire des piges pour des journaux sur les changements sociaux, Elena endosse petit à petit un nouveau rôle, celui de mère de famille et pour cela, elle est contrainte de taire une partie d’elle-même.

« J’étais malheureuse. Je languissais dans mon lit, frustrée par ma condition de mère de famille et de femme mariée ; tout avenir me semblait prisonnier de la répétition des rites domestiques, que ce soit dans la cuisine ou dans le lit conjugal, et ce jusqu’à la mort. » (page 359)

Lila quant à elle vit toujours avec Enzo et élève son fils loin de son père. Elle travaille dans des conditions terribles et doit faire preuve d’une grande force morale et physique pour endurer tout cela. Elena et Lila se voient occasionnellement, s’écrivent parfois et apprennent à se parler par téléphone (LA nouveauté technologique !). Mais comme toujours, leur amitié chancelle régulièrement et Elena a toujours autant de mal à comprendre Lila qui lui échappe sans arrêt. Lire la suite de « Celle qui fuit et celle qui reste – Elena Ferrante »

Dans la forêt – Jean Hegland

cvt_dans-la-foret_7057« […] on tient le coup, jour après jour, et tout ce qui nous menace, ce sont les souvenirs, tout ce qui me fait souffrir, ce sont les regrets. » (page 88)

Nell et Eva sont deux sœurs d’environ 17 et 18 ans. Elles ont toujours vécu dans une maison en bois construite par leurs parents, en pleine forêt californienne. Elles ont ainsi été élevées au milieu de la nature, tout en bénéficiant d’une scolarité et d’une enfance normales. Eva est passionnée par la danse classique et espère pouvoir devenir ballerine dans un grand conservatoire. Nell est une jeune fille très intelligente et elle espère être admise à Harvard.

« Comment ai-je pu vivre ici toute ma vie et en savoir si peu ? » (p.127)

Peu de temps après le cancer et la mort de leur mère, le monde sombre de plus en plus dans un chaos dont le lecteur ne connaîtra pas directement la cause. Lire la suite de « Dans la forêt – Jean Hegland »

Repose-toi sur moi – Serge Joncour

img_repose-toi-sur-moi-1-550x835« Au milieu de ce ballet de gens pressés qui se croisaient en tous sens, elle eut l’image de tout un tas de choses superflues qui plombaient sa vie, des mesquineries et des menaces qui l’entouraient, l’image de cet homme la fascinait, simplement en rayonnant d’une densité minérale, naturelle, brute. » (page 89)

Ludovic a 46 ans, il est employé d’une société parisienne de recouvrement de dettes depuis trois ans. Auparavant, il était agriculteur dans le Lot mais il était devenu impossible pour sa famille de vivre aussi nombreux sur les revenus de la ferme et depuis le décès de sa femme Mathilde, il avait besoin de s’éloigner et de faire autre chose. Cet homme bon, simple et de nature généreuse qui sait parfaitement lire dans les gens a donc paradoxalement choisi de se reconvertir dans le métier de recouvreur de dettes.  Lire la suite de « Repose-toi sur moi – Serge Joncour »

L’autre qu’on adorait – Catherine Cusset

cussetDans ce récit, qui est en partie un roman et en partie une biographie, Catherine Cusset raconte l’histoire de son ami Thomas, qui s’est suicidé à l’âge de 39 ans. Thomas était un jeune homme brillant, passionné de littérature et fou amoureux de chacune de femmes qui entrèrent dans sa vie.

Après une classe prépa, il échoue deux fois au concours de l’ENS alors que tous ses amis -pourtant moins brillants que lui- réussissent le concours d’entrée. Après un diplôme à Sciences Po, il fait des études prestigieuses à Columbia aux Etats-Unis, où il obtient un Master en littérature française. Une fois ce diplôme obtenu, sa vie est aux Etats-Unis, où il commence à enseigner à l’Université en même temps qu’il prépare un doctorat. Lire la suite de « L’autre qu’on adorait – Catherine Cusset »

Le lundi, c’est BD ! #5 – Jane, le renard et moi – Isabelle Arsenault et Fanny Brit

jane12Hélène est une petite fille très timide, qui a l’habitude de rester seule dans son coin, que ce soit en classe comme dans la cours de récréation. Elle craint les autres enfants de sa classe, qui la maltraitent : elle est constamment moquée et montrée du doigt par les pimbêches qui la considèrent comme trop grosse. Hélène en développe une profonde aversion pour sa propre image et passe son temps à se dévaloriser et à se mépriser.

« […] n’oublie jamais que tu es une misérable saucisse. » (page 83)

Jane, le renard et moi raconte le quotidien d’une pré-adolescente mal dans sa peau à cause du regard des autres. Lire la suite de « Le lundi, c’est BD ! #5 – Jane, le renard et moi – Isabelle Arsenault et Fanny Brit »

Le lundi, c’est BD ! #4 – Les cahiers d’Esther, Histoires de mes 10 ans – Riad Sattouf

esther1Esther a presque 10 ans au début de cette bande dessinée. C’est une petite fille ordinaire, qui est scolarisée dans une école privée malgré le fait que ses parents soient d’un milieu social modeste. Pour son père, il est important de protéger sa fille en ne la mettant pas dans une école publique.

« Mon père, c’est un ange. J’ai jamais rencontré quelqu’un d’autre comme lui. J’ai beaucoup de mal à croire que c’est un garçon. » (page 18)

A travers les bons mots d’Esther, Riad Sattouf raconte le quotidien d’une enfant de 10 ans mais il raconte aussi, et de façon indirecte, l’actualité sociale et politique française Lire la suite de « Le lundi, c’est BD ! #4 – Les cahiers d’Esther, Histoires de mes 10 ans – Riad Sattouf »

Le lundi, c’est BD ! #3 – Culottées

culottees8Célementine Delait, Nzinga, Margaret Hamilton, Les Mariposas, Josephine van Gorhum, Lozen, Annette Kellerman, Delia Akeley, Josephine Baker, Tove Jansson, Agnodice, Leymah Gbowee, Gioryina Reid, Christine Jorgensen, Wy Zertian : quel est le point commun à ces 15 femmes, de nationalités, d’âge, de culture différentes ?

Elles ont toutes fait preuve d’une volonté farouche, d’un sens de l’indépendance et de la liberté. Elles entreprennent ce dont elles ont envie. Certaines d’entre elles ont eu une vie qui n’a pas eu d’impact politique quand d’autres ont été de vraies militantes. Elles ont toutes pour point commun d’assumer leur position et de ne pas se laisser dicter de conduite.

Quelle magnifique couverture ! J’aime toujours autant les dessins de Pénélope Bagieu, qui véhiculent toujours une dose d’humour dans sa façon de raconter. J’apprécie tout particulièrement qu’elle se moque des préjugés. Le portrait de chacune de ces femmes se termine par un beau dessin très gai et très coloré (et sans bulle) sur une double page résumant la femme en question.

Toutefois, j’ai trouvé que les portraits étaient souvent trop courts, trop synthétiques à mon goût. Comme j’aimerais que Pénélope Bagieu fasse une BD entièrement consacrée à Josephine Baker !

Il n’empêche, cette BD est une sacrée belle découverte. Comme j’ai hâte de m’offrir et de découvrir le tome 2 !

 

Référence

Pénélope Bagieu, Culottées, éditions Gallimard, 143 pages

Première neige sur le Mont Fuji -Yasunari Kawabata

9782253069355-001-tCe petit livre d’un peu plus d’une centaine de pages est un recueil de six courtes nouvelles Yasunari Kawabata, un écrivain « classique » japonais qui obtint le Prix Nobel de littérature en 1968.

Les six nouvelles sont plus ou moins courtes et certaines m’ont plus touchées que d’autres. C’est notamment le cas de la première nouvelle, qui donne son nom à ce recueil : Jirô et Utako sont d’anciens amants qui se retrouvent par hasard des années après d’être perdus de vue. Ils se sont aimés dans leur jeunesse pendant la Seconde Guerre mondiale et Utako, enceinte de Jirô, fut contrainte d’abandonner leur enfant et d’épouser un autre homme avec lequel elle fut malheureuse. Ils se retrouvent dans leur vieillesse à Hakone et se remémorent leur jeunesse. Cette magnifique nouvelle m’a touchée par les sentiments et l’ambiance qui s’en dégagent : calme et repos malgré un regret et une nostalgie omniprésents. Lire la suite de « Première neige sur le Mont Fuji -Yasunari Kawabata »