Une éducation – Tara Westover

WESTOVER

Tara Westover est née en 1986 dans une famille mormone ultra-radicale. Elevée au milieu des montagnes de l’Idaho, elle n’eut pas le droit d’aller à l’école. Son père était convaincu d’un complot du gouvernement, ayant infiltré les fonctions médicales et scolaires. A la place, elle reçut une éducation domestique, qui consistait à travailler pour son père dans leur féraillerie et à risquer sa santé et sa vie à tout moment.

Entourée de ses nombreux frères et soeurs, elle subit les violences de l’un d’entre eux quant un autre lui ouvrit l’esprit en lui faisant découvrir la musique gospel. Ses rares petits bonheurs sont ses moments d’écoute de la musique avec son frère ou de lecture. Petit à petit, elle finit par s’éloigner de son père et de son frère et elle comprend que son seul moyen pour cela est d’entrer à l’université. Elle dut faire preuve d’une abnégation et d’une force d’esprit phénoménales : à 16 ans, elle réussit les concours d’entrée alors même qu’elle n’était jamais allée à l’école.

Ce récit autobiographique est à la fois d’une noirceur profonde tout en étant très solaire. Lire la suite de « Une éducation – Tara Westover »

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Devenir – Michelle Obama

OBAMA2« Votre histoire vous appartient, et elle vous appartiendra toujours. A vous de vous en emparer. » (page 11)

J’attendais la sortie en France des mémoires de Michelle Obama avec impatience et j’ai pourtant pris mon temps pour lire ce gros pavé de plus de 500 pages. Non pas qu’il ne me plaisait pas, au contraire, puisque cette lecture fut un coup de coeur. Mais engagée dans de nombreuses autres lectures que je devais terminer, notamment pour les Bibliomaniacs, j’étais contrainte de poser régulièrement ce livre. Et à chaque fois que je me suis replongée dedans, ce fut avec une grande facilité et beaucoup de plaisir.

Michelle Obama raconte d’abord son enfance dans le sud de Chicago : une enfance heureuse, entourée de sa famille. Elle grandit dans un quartier populaire, consciente des difficultés financières de ses parents et raconte ses années de jeunesse sans auto-apitoiement. J’ai aimé la sobriété et la sincérité qui se dégagent Lire la suite de « Devenir – Michelle Obama »

L’empreinte – Alexandria Marzano-Lesnevich

Marzano Lesnevich3« Le travail de la justice consiste à déterminer la source de l’histoire, afin d’assigner les responsabilités. La cause adéquate est la seule qui compte vraiment du point de vue de la loi. La seule qui fait que l’histoire est ce qu’elle est. » (page 9)

Alexandria Marzano-Lesnevich choisit de réaliser son premier stage de droit dans un cabinet d’avocats qui défend des personnes risquant la peine de mort. Lors de son premier jour de stage, elle découvre l’histoire d’un client du cabinet, celle de Ricky Langley, qui a 26 ans en 1992 quand il tue Jeremy Guillory, un petit garçon de 6 ans. Alexandria Marzano-Lesnevich raconte l’histoire familiale de Ricky Langley, cet homme né dans une famille déséquilibrée et pauvre, et qui est lui même conscient de son propre déséquilibre psychologique. Pendant des années, Ricky Langley a en effet atouché et violé des enfants, jusqu’au jour où il assassina Jeremy.

L’écrivaine raconte également sa propre histoire personnelle et familiale, celle d’une petite fille aimée de ses parents et grand-parents. La construction de la narration est particulièrement adroite et intelligente Lire la suite de « L’empreinte – Alexandria Marzano-Lesnevich »

Dans les angles morts – Elizabeth Brundage

brundage« Maintenant elle était morte, et il lui en voulait terriblement. Il faisait des efforts pour se souvenir d’elle, de sa beauté dans ses vêtement du dimanche, de sa grimace quand elle fumait, mais les images dans sa tête ne réussissaient qu’à l’attrister. » (page 60)

La famille Clare a emménagé dans une ancienne ferme de l’Etat de New-York à la fin des années 1970. Catherine Clare, la jeune mère de famille, est retrouvée assassinée à la hache dans sa chambre un soir. Sa fillette de trois ans a passé la journée seule dans la maison avec sa mère morte à proximité.

Cette ferme appartenait aux Hale, des fermiers extrêmement pauvres, dont les vaches avaient été saisies et qui n’arrivaient plus à payer leurs factures. Les parents ont fini par se suicider ensemble, laissant ainsi leurs trois garçons adolescents orphelins. Ils sont recueillis par leur oncle, et ne peuvent s’empêcher de retourner sur les lieux de leur enfance. Sans connaître leur passé, Catherine Clare les embauche pour des petits travaux et noue des liens amicaux voire maternels avec le plus jeune, Cole.

Elizabeth Brundage a l’idée brillante de commencer sa narration par le meurtre de son personnage principal, Catherine Clare. De là, débute véritablement le roman, emmenant le lecteur dans la jeunesse de Catherine. Lire la suite de « Dans les angles morts – Elizabeth Brundage »

The hate U give – Angie Thomas

THOMAS2Star Carter est une jeune noire américaine de 16 ans, qui vit dans une banlieue très défavorisée. Alors qu’elle vient de quitter une soirée avec son ami Khalil, leur voiture est arrêtée par un agent de police. Au cours du contrôle d’identité, celui-ci perd ses moyens et il tue par balle Khalil. Dans les semaines qui suivent, cette tragédie prend une ampleur de plus en plus importante pour Star puisqu’elle lui échappe en étant rendue largement médiatisée. Star est alors contrainte de prendre des décisions qui l’empêcheront de protéger son anonymat, ce qui impliquera de prendre beaucoup de risques pour elle et sa famille.

« […] les gens comme nous dans des situations comme ça deviennent des hashtags mais obtiennent rarement justice. Et pourtant, je crois qu’on attend tous ce jour. Le jour où ça finira bien » (page 69)

J’ai été immédiatement aspirée dans l’histoire triste de Star, qui fait écho à tous les cas de violences policières aux Etats-Unis, symptome du racisme persistant. La force de ce roman est de raconter une tragédie nationale à travers l’histoire individuelle de cette adolescente. Lire la suite de « The hate U give – Angie Thomas »

Une prière pour Owen – John Irving

IRVING« Comment aurais-je pu savoir qu’Owen Meany était un héros ? »

En 1987, Johnny Wheelwright vit au Canada depuis plusieurs années et y enseigne la littérature dans une école pour jeunes filles. Il ne peut passer une journée sans penser à son grand ami d’enfance, Owen Meany. Grand par le caractère et la destinée, Owen Meany était pourtant un tout petit garçon, qui ne dépassa pas 1.52 mètre une fois adulte. Sa taille était la source de beaucoup de moqueries de ses camarades, dont il arrivait pourtant à faire fi. Sa voix le différenciait également des autres enfants puis des adultes : non seulement il n’avait jamais mué mais il émettait un son aigu très particulier.

Owen Meany fut un véritable leader dans chaque classe et chaque école où il est passé. Il était profondément respecté par les professeurs, malgré ses nombreuses critiques. Il fut comme un maître pour Johnny et le guida dans bien des matières et sur bien des sujets. C’était un enfant puis un adulte hors norme, dont la vie était régie par de grands principes auxquels il ne dérogeait pas et qui l’empêchaient de profiter de son enfance et de poursuive le bonheur qu’il méritait.

« C’est Owen Meany qui m’apprit que tout bon livre évolue continuellement, du général au particulier, du détail à l’ensemble, et ainsi de suite. Une bonne lecture et une bonne interprétation de la lecture doivent évoluer de façon identique. »

Et même si Owen Meany est à l’origine d’un grand drame pour Johnny, ils restèrent toujours amis. Quand ils avaient la vingtaine et qu’ils étaient étudiants, la guerre du Vietnam devenait de plus en plus intense et meurtrière. Owen étant persuadé que son destin l’appelait à s’y battre, il fit tout son possible pour être intégré dans l’armée et s’y faire une place lui permettant d’être envoyé au combat, malgré l’opposition farouche de son entourage.

« Quand meurt, de façon inattendue, une personne aimée, on ne la perd pas tout en bloc ; on la perd par petits morceaux, et ça peut durer très longtemps. Ses lettres qui n’arrivent plus, son parfum qui s’efface sur les oreillers et sur les vêtements. Progressivement, on additionne les pièces manquantes. Puis vient le jour où l’un de ces petits manques fait déborder la coupe du souvenir ; on comprend qu’on l’a perdue, pour toujours… Puis vient un autre jour, et une nouvelle petite pièce manquante. »

Voici l’un des plus forts et bouleversants roman que j’ai lu à ce jour. J’ai rarement eu le sentiment qu’un personnage de fiction était aussi réel, au point qu’il me manque cruellement à la fin du roman, comme si j’avais moi aussi perdu un ami.

J’ai retrouvé le ton moqueur de John Irving, cette façon de raconter une histoire avec un brin d’humour, que j’avais tant aimée dans Le monde selon Garp. Il a un vrai don pour donner vie à des personnages, maniant parfaitement les dialogues et sachant raconter une scène à merveille. Comme je me suis amusée en lisant les scènes de vengeance d’Owen vis-à-vis de son directeur d’école ! Certaines scènes, comme celles des spectacles de Noël, sont exquises de drôlerie et de sérieux en même temps.

Bien que je sois totalement étanche à la thématique religieuse et que je ne comprenne pas toutes les subtilités de celle-ci, leur lecture n’en fut pas pour autant désagréable puisqu’on y retrouve la liberté de ton de John Irving.

A aucun moment on ne voit passer les pages de ce gros pavé, rien n’y est superflu, toutes les anecdotes et toutes les scènes y ont leur importance. C’est un roman parfaitement maîtrisé, sur tous les aspects et au sein duquel la tension monte petit à petit, à mesure que le destin tragique d’Owen approche. Je suis persuadée qu’il fait partie de ces romans dont chaque relecture apporte une nouvelle vision, fait découvrir de nouveaux éléments et il est certain que j’en ferai une relecture d’ici quelques années.

Je n’ai absolument aucune réserve à émettre sur ce coup de cœur et je ne peux que le conseiller aux gros lecteurs. Comme je regrette de ne pas l’avoir découvert plus tôt !

Référence

John Irving, Une prière pour Owen, éditions du Seuil, traduction de Michel Lebrun, 761 pages

La fille du fermier – Jim Harrison

HARRISON2« Les premières montagnes que voit une fille de l’Ohio habituée au plat pays sont mentalement inacceptables. » 

Sarah est adolescente quand ses parents décident de changer de vie et de partir vivre dans le Montana, au fin fond de la campagne. Elle se retrouve totalement isolée et ses seuls amis sont Tim, le vieillard propriétaire de la maison louée par la famille, et son chien. Elle s’occupe en faisant de longues balades dans la nature et en dévorant les livres.

Sarah subit un jour un acte d’une violence traumatisante. Sa manière d’apprendre à guérir cette blessure est l’attente de la vengeance, qu’elle laisse mûrir en elle. Jusq’au jour où vient l’amour…

« Elle pleura un peu, puis comprit que ses larmes ne la feraient pas avancer d’un iota. Elle pensa au mal qu’on pouvait faire à quelqu’un, un mal parfois incalculable, et puis il y avait aussi le mal qu’on se faisait parfois à soi-même, en s’endurcissant. Tout en jouant, elle se dit que la femme la moins dure du monde, Emily Dickinson, était l’une de ses poétesses préférées. Il lui semblait malgré tout qu’elle n’avait pas d’autre choix que de devenir prématurément âgée et austère. Elle allait vivre dans ce chalet comme une religieuse cloîtrée, puis elle finirait par quitter la région pour tenter de trouver une autre vie. »

J’ai été subjuguée par ce personnage lumineux, Lire la suite de « La fille du fermier – Jim Harrison »

L’origine des autres – Toni Morrison

MORRISON« La race est la classification d’une espèce et nous sommes la race humaine, point final. Alors quelle est cette autre chose : l’hostilité, le racisme social, la fabrication de l’Autre ? » (page 25)

La race est une idée et non un fait. Pour l’instaurer, il a donc fallu développer l’idée d’une altérité : fabriquer l’Autre. Ce processus est notamment passé à travers la littérature. La case de l’oncle Tom n’a ainsi pas été écrit pour les noirs mais pour les blancs. Cette littérature a permis aux blancs de cautionner des actes inhumains en les justifiant par le fait que les noirs avaient besoin de cette domination du fait de leur infériorité.

En réalité, les noirs furent indispensables à une définition blanche de l’humanité. En fabriquant un Autre noir, les blancs américains créaient leur propre identité.

« La nécessité de faire de l’esclave une espèce étrangère semble une tentative désespérée pour confirmer que l’on est soi-même normal. » (p.34)

Ce livre de Toni Morrison est extrêmement riche car il puise à la fois dans l’Histoire américaine mais aussi dans la sociologie, afin de comprendre comment et pourquoi le racisme est né aux Etats-Unis. Lire la suite de « L’origine des autres – Toni Morrison »

D’acier – Silvia Avallone

AVALLONE« Elle n’y arriverait jamais, à s’enfuir. Il l’en empêcherait, il la retrouverait partout. » (page 57)

Francesca et Anna sont deux amies inséparables qui vivent leur adolescence dans les années 2000 à Piombino, dans la province de Livourne. Cette ville de la côte toscane est loin d’être un paradis, contrairement à l’île d’Elbe, située juste en face. A Piombino, il n’y a nul tourisme, l’économie de la ville étant entièrement tributaire des hauts fournaux de la grande aciérie. Chaque famille a au moins l’un de ses membres qui y travaille. Le quotidien des habitants de cette ville populaire est fait de dur labeur, de violence, et de défonce. Cette misère ne s’est pourtant pas inflitrée dans les coeurs de Francesca et Anna, qui commencent à profiter du peu de liberté laissée par leurs parents pour sortir, rencontrer des garçons et s’amuser à la plage.

Malgré la tristesse de leur quotidien, les deux amies ont foi dans leur avenir, qu’elle imaginent fait d’amour et de succès professionnel. L’une espère s’en sortir grâce à sa beauté et l’autre grâce à son intelligence. Leur amitié m’a énormément rappelé celle d’Elena et Lila (L’amie prodigieuse d’Elena Ferrante), faite d’un profond amour au sein duquel une faille grandit peu à peu. Tout du long, les éléments de ressemblance avec la saga prodigieuse étaient Lire la suite de « D’acier – Silvia Avallone »