Bibliomaniacs #42

Voici enfin arrivée notre émission consacrée à la rentrée littéraire ! Nous avions hâte de commencer à vous parler de nos trouvailles. Vous verrez que nos avis divergent beaucoup, excepté pour un roman qui fait l’unanimité !

Au programme :

  • Les fantômes du vieux pays de Nathan Hill
  • Sciences de la vie de Joy Sorman
  • Une histoire des loups d’Emily Fridlund

Bonne écoute !

Un jour, tu raconteras cette histoire – Joyce Maynard

MAYNARD« Je n’ai compris tout le sens du mariage que lorsque le mien était sur le point de s’achever. J’ai découvert ce qu’était l’amour quand le mien quittait le monde. Voici notre histoire » (page 12)

Alors qu’elle ne s’y attend plus, Joyce Maynard rencontre le grand amour, l’amour de sa vie à cinquante-cinq ans. Elle vécut une grande partie de sa vie mariée et eut de ce mariage plusieurs enfants. Lorsqu’elle commence le récit de sa dernière histoire d’amour, Joyce Maynard enchaîne les conquêtes masculines depuis quelques années, sans jamais avoir réussi à établir une relation profonde et de longue durée avec l’un de ces hommes.

Ses trois premières années de relation avec Jim sont une renaissance : grâce à l’expérience de leurs échecs amoureux passés, ils apprennent à se découvrir et à vivre leur amour sans contrainte. Malgré le travail prenant de Jim, qui est avocat, et le besoin de Joyce Maynard de se consacrer des jours/semaines à l’écriture, ils savent se retrouver pour savourer ce qu’ils aiment ensemble : la musique, le vin, la cuisine, les escapades dans la nature…

Leur insouciance prend fin en 2014 lorsque Jim apprend qu’il est atteint d’un cancer du pancréas, c’est-à-dire d’un cancer dont il est extrêmement difficile de guérir et qui est connu pour la souffrance qu’il occasionne. Joyce Maynard raconte cet avant et cet après, en les distinguant schématiquement de la sorte. L’avant, c’est le temps de la légèreté, de leur quasi ignorance de leur bonheur. Ce chapitre est évidemment particulièrement lumineux. L’après, c’est le temps de la lutte et de l’espoir. Lire la suite de « Un jour, tu raconteras cette histoire – Joyce Maynard »

Mémoires d’une fleur – Jacques Pimpaneau

SAXIFRAGEChine, dynastie Tang (618-907).

Saxifrage est fille unique, orpheline de mère depuis que celle-ci a quitté son père pour un autre homme. Son père l’élève comme un fils, en lui fournissant une éducation lettrée. Elle apprend le taoïsme et aime particulièrement la poésie. Cela l’amène à passer quelques temps dans un couvent, avant de mener une vie totalement différente, une vie de courtisane.

« Cette existence, je l’ai choisie et ne regrette rien. » (page 95)

Dans ce roman écrit à la première personne, du point de vue de Saxifrage, le lecteur découvre les pensées de celle-ci lorsqu’elle était au couvent puis courtisane. C’est une manière intelligente de faire découvrir la pensée taoïste et les débats sociaux et artistiques de l’époque.

« Lorsque je peins un paysage ou tout autre sujet, ce n’est finalement pas le paysage que je peins, je peins ce que je pense au lieu de le dire par des mots. Une peinture est l’union d’une réalité et d’une pensée. » (p.82)

La narration est faite de plein d’anecdotes et de petites histoires, racontées par les hommes fréquentés par Saxifrage à l’occasion des dîners. Jacques Pimpaneau fait de ce personnage non pas une prostituée mais une femme libre de son corps et sûre d’elle-même. Elle fit ce choix de vie, préférant ni se tuer au travail ni vivre enfermée chez un époux ou concubin.

Mémoires d’une fleur est un court roman plein de sagesse et de douceur, que je recommande aux lecteurs qui aiment les récits contemplatifs.

Référence

Jacques Pimpaneau, Mémoires d’une fleur, éditions Philippe Picquier, 143 pages

Un grand merci aux éditions Philippe Picquier, qui m’ont non seulement fait découvrir ce beau roman, mais aussi leur maison d’édition à travers ce roman. Il est certain que je lirai beaucoup d’autres romans de cet éditeur à l’avenir !

 

Les sables de l’Amargosa – Claire Vaye Watkins

IMG_20170809_185246_612La Californie est ravagée par la sécheresse. Un désert fait de dunes de sables envahi petit à petit le territoire nord-américain, ce qui a poussé des millions d’entre eux à immigrer dans des Etats plus humides.

Luz et Ray forment un couple atypique, qui tente de survivre à Los Angeles : il n’y a plus d’Etat de droit et il faut ruser pour pouvoir se nourrir et boire. Ils croisent une petite fille étrange puis décident de partir de la Californie, alors même que toutes les frontières entre Etats sont désormais fermées.

Je me faisais une joie de lire cette dystopie, ayant adoré toutes celles lues dernièrement. J’avais d’ailleurs gardé en tête le merveilleux roman de Jean Hegland, Dans la forêt. C’est certainement une des raisons qui expliquent ma déception.

Il m’a été très difficile de croire à cette histoire. La problématique de sécheresse posée dès le départ est très intéressante et je l’ai acceptée facilement. Mais j’ai régulièrement relevé des incohérences au cours de ma lecture, ce qui m’a perturbée. Pour ne pas spoiler ceux qui voudraient lire ce roman, je ne peux malheureusement pas expliquer pourquoi. Lire la suite de « Les sables de l’Amargosa – Claire Vaye Watkins »

L’ascension du Mont Blanc – Ludovic Escande

ESCANDE LudovicLudovic Escande est en pleine procédure de divorce le soir où il dîne avec Sylvain Tesson. Il n’a jamais osé parler de ses problèmes personnels avec les écrivains qu’il fréquente en tant qu’éditeur chez Gallimard. Mais ce soir là, il s’ouvre à Sylvain Tesson et lui explique à quel point il l’envie de pouvoir décider de partir escalader une montagne sur un coup de tête. Il a toujours rêver de faire l’ascension du Mont Blanc. Ni une ni deux, Sylvain Tesson le convainc que cet exploit est à sa portée, à condition qu’il s’y prépare physiquement plusieurs mois à l’avance.

Après une visite chez le médecin, du jogging et un rééquilibrage alimentaire, Ludovic Escande part dans les Alpes avec Daniel Du Lac, Sylvain Tesson et Jean-Christophe Ruffin. Ce dernier les héberge dans son chalet alpin pour la préparation de Ludovic Escande avant leur grande ascension.

Ludovic Escande raconte les mois de préparation à la parisienne, les quelques jours intenses avant l’ascension du Mont Blanc et bien évidemment l’escalade de celui-ci. Au-delà d’un récit d’aventure alpine, il s’agit aussi d’une histoire d’amitiés et d’un récit sur le dépassement de soi et la reconstruction après une période de doutes. Lire la suite de « L’ascension du Mont Blanc – Ludovic Escande »

La petite danseuse de quatorze ans – Camille Laurens

DegasMarie Van Goethem est née à Paris le 7 juin 1865. Elle ne fut jamais connue sous ce nom et l’Histoire n’aurait rien retenu d’elle si Edgar Degas ne s’en était pas inspirée comme d’un modèle pour réaliser sa sculpture très connue exposée aujourd’hui à la National Gallery of Art de Washington.

« Savait-elle, quand elle posait dans son atelier, que grâce à lui elle mourrait moins que les autres petites filles ? Stupide question, comme si l’oeuvre comptait plus que la vie. »

Camille Laurens a toujours été très touchée par cette sculpture en cire, qui fut pourtant source de polémique et de nombreuses critiques lors de son exposition en 1881. En effet, elle ne correspondait absolument pas aux normes de beauté de l’époque et choqua la bourgeoisie. L’écrivaine se pose la question des intentions d’Edgar Degas en choisissant ce sujet et en le modelant de la sorte : cherche-t-il à donner foi aux théories physionomistes de l’époque, à dénoncer les conditions de travail des petits rats de l’opéra qui finiront pour la plupart prostituées ?  Lire la suite de « La petite danseuse de quatorze ans – Camille Laurens »

Un bruit de balançoire – Christian Bobin

« Les livres sont des âmes, les librairies des points d’eau dans le désert du monde. »

IMG_20170728_000916_844Christian Bobin a découvert Ryokan, un poète japonais du début du XIXème siècle. Habité par sa lecture de ce moine japonais, il écrit des lettres poétiques destinées à un inconnu, à sa mère, à un ami…

Dans un monastère zen chaque moine, à la fin du repas, laisse quelques grains de riz dans son assiette pour les oiseaux. L’écriture est ce geste. » (page 14)

Ce recueil de poèmes est une source d’émerveillements constants, au point où on en viendrait presque à recopier tout le livre à force de noter des citations. J’ai été surprise par la justesse et la finesse de ces textes alors même que je connaissais ce poète. Il me surprend systématiquement au travers de mes lectures. J’ai dégusté la centaine de pages d’Un bruit de balançoire, le sourire aux lèvres… Lire la suite de « Un bruit de balançoire – Christian Bobin »

« Je me promets d’éclatantes revanches » – Valentine Goby

IMG_20170723_211929_859Lorsqu’elle eut le projet d’écrire le roman qu’elle intitula Kinderzimmer, Valentine Goby ne connaissait pas Charlotte Delbo. Elle entendit son nom pour la première fois en écoutant la femme dont la vie lui inspira Kinderzimmer.

Valentine Goby se mit alors à lire toute l’oeuvre de Charlotte Delbo à la médiathèque. En effet, elle fit immédiatement le constat qu’il était difficile de se procurer ses livres, d’autant plus qu’il n’ont jamais été publiés au format poche. Elle est immédiatement happée par son écriture, tout en étant incapable de s’expliquer cette fascination.

Charlotte Delbo est une rescapée des camps de concentration et d’extermination nazis, où elle fut envoyée pour faits de résistance. Après son retour de Pologne, elle écrivit une quinzaine de textes, allant du récit au théâtre, sur ces terribles années.

Trois ans après la publication de Kinderzimmer aux éditions Actes Sud, Valentine Goby publie cet essai littéraire, où elle raconte sa découverte de cette écrivaine et s’interroge sur sa propre réception de cette oeuvre littéraire.

« Charlotte Delbo incarne évidemment une page d’histoire, mais surtout l’incroyable capacité de la langue à se renouveler, à révéler les mondes invisibles, à faire entendre les voix muettes. » (page 81)

Valentine Goby transmet à ses lecteurs cette fascination pour les textes de Charlotte Delbo avec un très grand soin et une émotion très forte. Elle raconte la façon dont certains textes l’ont touchée, Lire la suite de « « Je me promets d’éclatantes revanches » – Valentine Goby »

Le jour d’avant – Sorj Chalandon

ChalandonMichel Flavent raconte l’histoire de sa famille, marquée par la tragédie. Son frère Joseph est entrée à la mine dans les années 1960, alors qu’il n’avait que 20 ans. Il aurait pu être mécanicien ou bien agriculteur comme son père mais par fierté, par besoin de prouver sa virilité et d’appartenir à une communauté avec une identité forte, il est devenu mineur malgré l’avis de ses parents.

« Tu sais quoi ? disait mon père. Tu n’iras pas au charbon, tu iras au chagrin. »

Michel raconte le décès de son frère, alors qu’il n’a que 30 ans, des suites d’un coup de grisou qui tua 42 mineurs en 1974. Il vécut avec le souvenir douloureux d’un jeune homme plein de vie qui n’eut pas le temps de construire sa propre famille. Michel érigea un mausolée pour son frère et les mineurs de Liévin, en transformant son garage en un musée où il rassemblait tous les documents et pièces relatifs à la mine de Liévin et à cette catastrophe.

Pendant des décennies, il vécut avec l’idée que les coupables n’avaient jamais été punis, encore moins le véritable coupable : Lucien Dravelle, l’agent de maîtrise qui était notamment en charge de la sécurité des mineurs. Pour des raisons de rendement, la sécurité de la fosse n’avait pas été assurée au retour des vacances de Noël 1974. En 2014, à la mort de sa femme Cécile des suites d’une maladie, Michel décide de retourner à Liévin et de retrouver Lucien Dravelle. Lire la suite de « Le jour d’avant – Sorj Chalandon »

C’est la rentrée ! #RL2017

De retour après une grosse coupure d’un mois, je vous présente en image tous les livres que j’ai repérés pour cette rentrée littéraire. J’en ai déjà lu une partie, avec des coups de cœur et des déceptions. Je vous en ferai un bilan en images dans quelques jours…

Ceux déjà lus…

 

…et ceux mis au programme des prochaines semaines

 

Et vous, en avez-vous repéré d’autres ?