Forêt obscure – Nicole Krauss

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Un vieil homme extrêmement riche du nom d’Epstein disparaît subitement. Cela faisait quelques temps qu’il effectuait des donations en bien ou en valeur à son entourage, comme s’il était devenu accro au don.

Une écrivaine américaine dont le mariage est en train de pérécliter décide de partir quelques temps à Tel-Aviv, où elle espère trouver un je-ne-sais-quoi, peut-être l’inspiration pour écrire. Elle retourne dans le grand hôtel dans lequel elle passait ses vacances estivales quand elle était enfant, ce qui éveille en elle beaucoup de souvenirs.

J’ai eu énormément de mal à lire ce roman que j’ai trouvé très bavard, essentiellement la partie de la narration faite par l’écrivaine. Ce personnage entremêle ses souvenirs d’enfance et son récit présent de discours abstraits et pompeux. Il y a dans sa narration beaucoup de références philosophiques et religieuses que je n’ai pas saisies et dans lesquelles je n’ai trouvé aucun intérêt. Lire la suite de « Forêt obscure – Nicole Krauss »

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Un monde à portée de main – Maylis de Kerangal

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« Elle apprend à voir. » (p. 54)

Paula, Kate et Jonas sont tous les trois étudiants au sein d’une école bruxelloise qui leur ouvrira les portes du métier de peintre en décor. Ce qu’ils apprennent à peindre, ce sont des trompe-l’oeil, que ce soit pour la décoration intérieure classique mais aussi pour des décors artistiques. Leur année d’études est intense intellectuellement puisqu’ils apprennent en peu de temps énormément de techniques mais aussi physiquement car leur corps subit les heures passées debout, pinceau à la main.

Maylis de Kérangal m’a replongée dans mes années d’études, celles de la découverte d’une nouvelle ville, de nouveaux amis, de nouvelles matières. Elle raconte avec beaucoup de simplicité et de réalisme la vie étudiante, à la fois faite d’amusement mais surtout d’engagement et d’abnégation pour Paula.

Dans Un monde à portée de main, j’ai retrouvé son talent pour parler du corps, Lire la suite de « Un monde à portée de main – Maylis de Kerangal »

Swing Time – Zadie Smith

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Deux petites filles deviennent amies et ont un point commun qui scelle cette amitié : leur passion pour la danse. Alors que Tracey est la plus talentueuse, la narratrice excelle en chant. Elles rêvent devant les comédies musicales américaines et s’imaginent devenir un jour de grandes stars elles aussi.

Zadie Smith ponctue sa narration d’aller-retours dans le présent et le passé des deux jeunes filles/femmes. La narratrice devient l’assistante personnelle d’une grande chanteuse américaine et participe au développement d’un projet caritatif de celle-ci en Afrique, lui permettant ainsi de se rapprocher de ses origines. Quant à Tracey, elle semble essayer de vivre de la danse. Mais des événements ont mystérieusement séparés les deux jeunes femmes.

Le début de Swing Time est particulièrement prometteur car ce roman nous plonge dans la construction d’une amitié féminine autour d’une passion artistique qui met les deux enfants en concurrence. Lire la suite de « Swing Time – Zadie Smith »

Ma dévotion – Julia Kerninon

kerninonHelen est très âgée lorsqu’elle croise Frank à Londres. Cela fait 23 ans qu’ils ne se sont pas vus malgré le fait qu’ils aient vécu ensemble pendant des décennies, à Amsterdam puis en Normandie. Helen ne peut plus garder pour elle tout ce qu’elle n’a jamais dit à Frank. Elle déverse alors en pleine rue toute leur histoire d’amour, que ce soient les moments heureux mais surtout ceux de solitude qu’elle connut.

Racontée par Helen, cette narration est à la fois addictive et un brin agaçante. S’adressant à un homme qui connaît tous les épisodes de leur vie et notamment ceux tragiques, Helen les masque volontairement tout en laissant entrapercevoir au lecteur un drame. Elle construit sa narration par des flash-backs tout en créant beaucoup tout un mystère sur ce qui leur est arrivé et qui est la source de sa culpabilité depuis des années. Le fait qu’elle raconte son récit en disant « tu » n’est pas source d’agacement en soi mais ce fut plutôt le contexte de la narration qui m’a beaucoup dérangée pour croire à ce roman. Il me semble que si j’ai eu autant de mal à y entrer, c’est certainement à cause de ce biais de départ introduit par cette narration. Lire la suite de « Ma dévotion – Julia Kerninon »

La révolte – Clara Dupont-Monod

dupont-monod« Dans les yeux de ma mère, je vois des choses qui me terrassent. Je vois d’immenses conquêtes, des maisons vides et des armures. Elle porte en elle une colère qui me condamne et m’oblige à être meilleur. »

Aliénor d’Aquitaine a une trentaine d’années en 1152 lorsqu’elle épouse le roi d’Angleterre, Henri II. Elle amène au Royaume d’Angleterre les terres d’Aquitaine, pensant pouvoir continuer à gouverner de manière autonome cette région. Il lui faut deux ans pour se rendre compte de la main mise de son époux sur ses terres.

« Sur ce parvis se tiennent deux fauves et chacun est sûr de son ascendant sur l’autre. En réalité, parce qu’ils se ressemblent trop, parce qu’ils se valent, ils deviendront ennemis mortels. »

Elle élève alors ses fils pour en faire de futurs rois et elle les ligue contre leur père. Elle leur ordonne de participer à une grande révolte visant à détrôner le roi et à le remplacer par leur fils aîné. L’histoire de cette révolte et de ses conséquences est racontée à travers la voix de son fils Richard, qui brûle d’amour et de respect pour cette mère exceptionnelle. Avec tout le panache et le charisme d’un futur roi, Richard raconte les années de guerre puis celles de la réconciliation avant son départ pour la croisade.

La narration très rythmée et puissante de Richard donne au roman un caractère particulièrement adictif. Lire la suite de « La révolte – Clara Dupont-Monod »

La marcheuse – Samar Yazbek

 

YAZBEK2« En lisant ces mots, tu dois penser que ce qui c’est passé ressemblait à un basculement dans l’abîme. Eh bien, c’est exactement ça ! Je sombrais et sombrais encore, chutant sans fin dans un gouffre qui n’en finissait pas, tandis que mes yeux roulaient au plafond de la pièce. »

Rima est une jeune fille à part. Depuis toute petite, elle a une passion pour la marche. Dès qu’elle est libre de ses mouvements, elle marche sans s’arrêter et sans se retourner. Sa mère a dû prendre de grandes précautions pour ne pas perdre son enfant : Rima vit attachée au lit de leur appartement ou bien à sa mère et n’est pas scolarisée.

Ainsi coupée du monde, Rima apprend à travers les quelques livres qu’elle possède et s’invente un monde imaginaire très loin de la triste réalité de son pays la Syrie. Elle est un jour séparée de sa famille par un triste événement et après un séjour traumatisant en prison, elle survit dans une cave, d’où elle raconte son histoire.

Samar Yazbek raconte le quotidien de tous ces civils endeuillés par la guerre et contraints de vivre dans la peur, la faim et la maladie. Lire la suite de « La marcheuse – Samar Yazbek »

En nous beaucoup d’hommes respirent – Marie-Aude Murail

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Marie-Aude Murail entreprend de raconter l’histoire de sa famille, ce qui passe par les histoires amoureuses de ses aïeux. Pour cela, elle prend son temps et fouille parmi les trésors trouvés dans la maison familiale. Elle découvre notamment des lettres et des photos, sur lesquels elle s’appuie pour raconter leurs histoires.

Elle commence par l’histoire romantique et passionnée de Raoul et Cécile, raconte leur coup de foudre grâce aux courriers de ceux-ci mais aussi grâce au goût de Raoul pour la littérature. Quelle histoire incroyable que la leur, coupée par la Première Guerre mondiale. Marie-Aude Murail arrive à redonner vie à leur amour et à l’atmosphère tragico-romantique de celui-ci.

Elle agrémente son récit des matériaux bruts qu’elle a trouvé : des photos de famille, des poèmes, des lettres, des textes, etc. Cela fait de ce livre un bel objet, avec une jolie mise en page. Marie-Aude Murail arrive à faire de ce travail de mémoire familial une saga qui classe cette famille à part tout en rappelant à quel point elle vécut beaucoup d’événement similaires à toutes les familles françaises.

Au bout de cette lecture, on comprend l’héritage créatif que lui ont légués ses ancêtres, et notamment son père et son grand-père. Bien qu’à une dose plus petite, on retrouve dans ce livre l’humour parfois moqueur de Marie-Aude Murail.

Référence

Marie-Aude Murail, En nous beaucoup d’hommes respirent, éditions L’iconoclaste, 440 pages

Tenir jusqu’à l’aube – Carole Fives

FIVESUne jeune femme a emménagé il y a peu à Lyon, où elle élève seule son fils qui a un peu moins de deux ans. Elle est graphiste free-lance et n’ayant pas trouvé de solution de garde, elle passe toutes ses journées et ses nuits avec son garçon. Elle travaille dès qu’il se met à dormir et use progressivement la corde.

En plus de la fatigue, elle ressent un sentiment d’emprisonnement qui la fait souffrir. Depuis qu’elle est à Lyon, elle n’a fait aucune connaissance, ne voit plus ses anciens amis et n’arrive pas à nouer de nouveaux contacts amicaux ou amoureux. Elle se crée des parenthèses, comme des temps de respiration, en sortant quelques minutes seule le soir quand son fils dort. Petit à petit, elle prolonge ses temps de sortie, tout en étant consciente du risque qu’elle prend si jamais il arrivait quelque chose à son enfant.

Par une écriture introspective, Carole Fives livre les émotions de cette mère célibataire tout en développant un rythme et un dynamisme qui servent à maintenir un certain niveau de tension dans la narration. Le lecteur est immédiatement happé par la solitude de cette femme qui ne peut plus vivre autrement qu’accompagnée en permanence. Elle cherche à tout prix des solutions, que l’Administration ne sait pas lui proposer. Elle essaie alors internet, afin de bénéficier des conseils des autres mères dans sa situation mais se heurte à des jugements péremptoires.

La tension et le réalisme de ce roman sont tels qu’il se lit d’une traite et sans voir le temps passer. Les personnages secondaires sont peu nombreux et les caractères de l’ensemble des personnages sont peu développés, le choix étant fait de se focaliser sur le ressenti de cette femme, ce qui fonctionne très bien.

Voici un roman de cette nouvelle rentrée littéraire que je recommande !

Références

Carole Fives, Tenir jusqu’à l’aube, éditions l’arbalète Gallimard, 177 pages

L’enfant perdue – Elena Ferrante

FERRANTE3« Je conduisais et répondais aux questions des filles tout en ayant en tête cette vision d’un Nino composé de deux parties : une qui m’appartenait et une autre qui m’était étrangère. » (page 269)

Elena vit une histoire d’amour fusionnelle avec Nino, qui la rend totalement aveugle à ses défauts et mensonges. Elle est prête à tout abandonner pour vivre sa passion amoureuse. Elle retourne de plus en plus fréquemment à Naples et renoue avec Lila. Elle qui est devenue une écrivaine à succès, profite de sa notoriété pour écrire sur des sujets d’actualité politique et dénonce ainsi la société napolitaine, restée aux mains d’une mafia très violente.

J’ai repoussé la rédaction de ma chronique, ne sachant trop comment l’aborder. J’ai très rapidement eu une énorme déception en lisant ce dernier tome. La saga prodigieuse prend fin, ce qui me rendait nostalgique dès l’ouverture du roman. Mais très vite, je me suis rendue compte que le livre n’était absolument pas à la hauteur de mes espérances. Pendant les 200 premières pages, je me suis forcée à le lire, ne pouvant me résigner à abandonner Elena Ferrante ! Cette première moitié m’a profondément ennuyée, je l’ai trouvée trop bavarde et il lui manquait un minimum de péripétie, de recul, de réflexion.

Et soudain, à la moitié du roman, la grâce est revenue, comme par magie. On retrouve subitement une Elena plus humaine, qui fait des erreurs, qui a des défauts, mais qui cherche à s’en sortir et à être heureuse. Lila reste insaisissable et je n’ai pu m’empêcher de l’aimer tout en la détestant parfois. Bref, je me suis totalement réconciliée avec Elena Ferrante à la fin de ce dernier tome.

Référence

Elena Ferrante, L’enfant perdue, éditions Gallimard, traduction d’Elsa Damien, 550 pages

L’incessant bavardage des démons – Ashok Ferrey

FERREY3Sonny est un jeune sri lankais parti faire ses études à Oxford en 2002. Il y rencontre une riche américaine, Luisa. Tous deux vivent des moments difficiles, se quittent mais très amoureux malgré tout, vivent de nouveau ensemble. Clarice Mahadewala Kumarihamy est la mère de Sonny et suit ses études depuis le Sri Lanka, où elle dirige d’une main de fer la grande demeure où elle vit désormais seule, entourée de ses domestiques.

Sonny devient écrivain et se fait entretenir par sa femme pour pouvoir financer son temps d’écriture. Lorsque Luisa tombe enceinte, le couple décide de partir au Sri Lanka quelques semaines, sans savoir qu’ils ne sont pas les bienvenus chez Clarice…

Mon avis sur ce roman est très mitigé, au point que je n’arrive absolument pas à savoir si je le recommanderais ou non. J’ai été particulièrement intéressée par le début, la thématique de l’immigration et le contexte des études à Oxford me passionnant assez facilement. Lire la suite de « L’incessant bavardage des démons – Ashok Ferrey »