La marcheuse – Samar Yazbek

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« En lisant ces mots, tu dois penser que ce qui c’est passé ressemblait à un basculement dans l’abîme. Eh bien, c’est exactement ça ! Je sombrais et sombrais encore, chutant sans fin dans un gouffre qui n’en finissait pas, tandis que mes yeux roulaient au plafond de la pièce. »

Rima est une jeune fille à part. Depuis toute petite, elle a une passion pour la marche. Dès qu’elle est libre de ses mouvements, elle marche sans s’arrêter et sans se retourner. Sa mère a dû prendre de grandes précautions pour ne pas perdre son enfant : Rima vit attachée au lit de leur appartement ou bien à sa mère et n’est pas scolarisée.

Ainsi coupée du monde, Rima apprend à travers les quelques livres qu’elle possède et s’invente un monde imaginaire très loin de la triste réalité de son pays la Syrie. Elle est un jour séparée de sa famille par un triste événement et après un séjour traumatisant en prison, elle survit dans une cave, d’où elle raconte son histoire.

Samar Yazbek raconte le quotidien de tous ces civils endeuillés par la guerre et contraints de vivre dans la peur, la faim et la maladie. Lire la suite de « La marcheuse – Samar Yazbek »

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En nous beaucoup d’hommes respirent – Marie-Aude Murail

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Marie-Aude Murail entreprend de raconter l’histoire de sa famille, ce qui passe par les histoires amoureuses de ses aïeux. Pour cela, elle prend son temps et fouille parmi les trésors trouvés dans la maison familiale. Elle découvre notamment des lettres et des photos, sur lesquels elle s’appuie pour raconter leurs histoires.

Elle commence par l’histoire romantique et passionnée de Raoul et Cécile, raconte leur coup de foudre grâce aux courriers de ceux-ci mais aussi grâce au goût de Raoul pour la littérature. Quelle histoire incroyable que la leur, coupée par la Première Guerre mondiale. Marie-Aude Murail arrive à redonner vie à leur amour et à l’atmosphère tragico-romantique de celui-ci.

Elle agrémente son récit des matériaux bruts qu’elle a trouvé : des photos de famille, des poèmes, des lettres, des textes, etc. Cela fait de ce livre un bel objet, avec une jolie mise en page. Marie-Aude Murail arrive à faire de ce travail de mémoire familial une saga qui classe cette famille à part tout en rappelant à quel point elle vécut beaucoup d’événement similaires à toutes les familles françaises.

Au bout de cette lecture, on comprend l’héritage créatif que lui ont légués ses ancêtres, et notamment son père et son grand-père. Bien qu’à une dose plus petite, on retrouve dans ce livre l’humour parfois moqueur de Marie-Aude Murail.

Référence

Marie-Aude Murail, En nous beaucoup d’hommes respirent, éditions L’iconoclaste, 440 pages

Tenir jusqu’à l’aube – Carole Fives

FIVESUne jeune femme a emménagé il y a peu à Lyon, où elle élève seule son fils qui a un peu moins de deux ans. Elle est graphiste free-lance et n’ayant pas trouvé de solution de garde, elle passe toutes ses journées et ses nuits avec son garçon. Elle travaille dès qu’il se met à dormir et use progressivement la corde.

En plus de la fatigue, elle ressent un sentiment d’emprisonnement qui la fait souffrir. Depuis qu’elle est à Lyon, elle n’a fait aucune connaissance, ne voit plus ses anciens amis et n’arrive pas à nouer de nouveaux contacts amicaux ou amoureux. Elle se crée des parenthèses, comme des temps de respiration, en sortant quelques minutes seule le soir quand son fils dort. Petit à petit, elle prolonge ses temps de sortie, tout en étant consciente du risque qu’elle prend si jamais il arrivait quelque chose à son enfant.

Par une écriture introspective, Carole Fives livre les émotions de cette mère célibataire tout en développant un rythme et un dynamisme qui servent à maintenir un certain niveau de tension dans la narration. Le lecteur est immédiatement happé par la solitude de cette femme qui ne peut plus vivre autrement qu’accompagnée en permanence. Elle cherche à tout prix des solutions, que l’Administration ne sait pas lui proposer. Elle essaie alors internet, afin de bénéficier des conseils des autres mères dans sa situation mais se heurte à des jugements péremptoires.

La tension et le réalisme de ce roman sont tels qu’il se lit d’une traite et sans voir le temps passer. Les personnages secondaires sont peu nombreux et les caractères de l’ensemble des personnages sont peu développés, le choix étant fait de se focaliser sur le ressenti de cette femme, ce qui fonctionne très bien.

Voici un roman de cette nouvelle rentrée littéraire que je recommande !

Références

Carole Fives, Tenir jusqu’à l’aube, éditions l’arbalète Gallimard, 177 pages

L’enfant perdue – Elena Ferrante

FERRANTE3« Je conduisais et répondais aux questions des filles tout en ayant en tête cette vision d’un Nino composé de deux parties : une qui m’appartenait et une autre qui m’était étrangère. » (page 269)

Elena vit une histoire d’amour fusionnelle avec Nino, qui la rend totalement aveugle à ses défauts et mensonges. Elle est prête à tout abandonner pour vivre sa passion amoureuse. Elle retourne de plus en plus fréquemment à Naples et renoue avec Lila. Elle qui est devenue une écrivaine à succès, profite de sa notoriété pour écrire sur des sujets d’actualité politique et dénonce ainsi la société napolitaine, restée aux mains d’une mafia très violente.

J’ai repoussé la rédaction de ma chronique, ne sachant trop comment l’aborder. J’ai très rapidement eu une énorme déception en lisant ce dernier tome. La saga prodigieuse prend fin, ce qui me rendait nostalgique dès l’ouverture du roman. Mais très vite, je me suis rendue compte que le livre n’était absolument pas à la hauteur de mes espérances. Pendant les 200 premières pages, je me suis forcée à le lire, ne pouvant me résigner à abandonner Elena Ferrante ! Cette première moitié m’a profondément ennuyée, je l’ai trouvée trop bavarde et il lui manquait un minimum de péripétie, de recul, de réflexion.

Et soudain, à la moitié du roman, la grâce est revenue, comme par magie. On retrouve subitement une Elena plus humaine, qui fait des erreurs, qui a des défauts, mais qui cherche à s’en sortir et à être heureuse. Lila reste insaisissable et je n’ai pu m’empêcher de l’aimer tout en la détestant parfois. Bref, je me suis totalement réconciliée avec Elena Ferrante à la fin de ce dernier tome.

Référence

Elena Ferrante, L’enfant perdue, éditions Gallimard, traduction d’Elsa Damien, 550 pages

L’incessant bavardage des démons – Ashok Ferrey

FERREY3Sonny est un jeune sri lankais parti faire ses études à Oxford en 2002. Il y rencontre une riche américaine, Luisa. Tous deux vivent des moments difficiles, se quittent mais très amoureux malgré tout, vivent de nouveau ensemble. Clarice Mahadewala Kumarihamy est la mère de Sonny et suit ses études depuis le Sri Lanka, où elle dirige d’une main de fer la grande demeure où elle vit désormais seule, entourée de ses domestiques.

Sonny devient écrivain et se fait entretenir par sa femme pour pouvoir financer son temps d’écriture. Lorsque Luisa tombe enceinte, le couple décide de partir au Sri Lanka quelques semaines, sans savoir qu’ils ne sont pas les bienvenus chez Clarice…

Mon avis sur ce roman est très mitigé, au point que je n’arrive absolument pas à savoir si je le recommanderais ou non. J’ai été particulièrement intéressée par le début, la thématique de l’immigration et le contexte des études à Oxford me passionnant assez facilement. Lire la suite de « L’incessant bavardage des démons – Ashok Ferrey »

Betty Boob – Véro Cazot & Julie Rocheleau

BETTYBOOB2Afin de soigner Elizabeth d’un cancer de son sein gauche, elle doit subir une mastectomie. A son retour au domicile, elle tente tant bien que mal de se réapproprier son corps et sa féminité. Elle fait face au désarroi de son conjoint et aux remarques irrespectueuses de son employeur, jusqu’au jour où elle décide de tout quitter pour se développer dans un nouveau milieu, celui du spectacle burlesque.

Au sein de la troupe qui travaille sur une péniche parisienne, elle se réapproprie ce corps dont elle avait honte, réapprend à s’aimer et tombe amoureuse.

Les dessinatrice/scénariste savent utiliser suffisamment d’humour pour traiter de la thématique de la maladie et de la reconstruction avec légèreté et douceur. Le travail artistique autour des couleurs est particulièrement réussi et donne à la BD beaucoup de vie, paradoxalement au sujet traité.

Bien que j’ai apprécié ces touches d’humour, je n’ai pas eu le coup de cœur auquel je m’attendais, alors même que je Lire la suite de « Betty Boob – Véro Cazot & Julie Rocheleau »

Mon bilan de mars

Après quelques semaines d’absence sur le blog (mais pas sur instagram), me voici de retour avec mon bilan des lectures du mois de mars !

Mon seul coup de cœur du mois

Et quel coup de coeur ! Ce roman m’a fait voyager et m’a passionnée pour l’histoire de ces deux femmes, Mary Anning et Elizabeth Philpot.

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Mes autres lectures

Sans être ni tout à fait emballée ni totalement déçue par ces lectures, je ne pense pas en garder un souvenir bien longtemps. Ou bien je m’attendais pour certaines à un coup de coeur qui ne vint pas, ou bien je les ai trouvées trop fades à mon goût.

 

Mes lectures en cours et à venir

 

Entrez dans la danse – Jean Teulé

TEULE2« Depuis presque une semaine, relate le quatrième adjoint, ils sont de plus en plus nombreux à se lancer dans des rondes, des farandoles, sans s’arrêter jour et nuit. Beaucoup en tombent d’épuisement, se blessent. »

Au XVIème siècle une étrange obsession se répand parmi les habitants de Strasbourg : ils sont de plus en plus nombreux à sortir de chez eux pour danser sur la place publique pendant des heures, des jours et des nuits sans s’arrêter. Les pouvoirs politique comme religieux n’y comprennent rien et cherchent des solutions pour éviter la propagation de cette lubie. On parque les danseurs et on les nourrit mais cela ne fait qu’inciter les affamés non malades à les rejoindre. Rien ne marche alors ils sont exclus de la ville, au-delà des remparts.

Jean Teulé a choisi un sujet historique très original, dont je n’avais pas connaissance. Pour autant, il n’a pas réussi à développer ma curiosité, Lire la suite de « Entrez dans la danse – Jean Teulé »

Le poids de la neige – Christian Guay-Poliquin

GUAY POLIQUIN« Je veux revoir ma femme ! […] Je veux la retrouver, je veux être à ses côtés. C’est tout ce qui m’importe. Je me fiche du reste. » (page 198)

Un jeune homme s’est fait secourir suite à un accident de voiture qui s’est passé sur une petite route au fin fond des forêts canadiennes. Grièvement blessé, il est placé sous la garde d’un vieil homme qui n’attend qu’une chose : l’opportunité de partir pour aller retrouver sa femme qui est hospitalisée dans une maison médicalisée bien plus loin, dans une grande ville. Mais la situation n’est pas des plus simples car tous les habitants de la région (et vraisemblablement du pays) sont coupés d’électricité depuis longtemps et survivent comme ils le peuvent.

L’hiver arrive et le village est de plus en plus coupé du monde. Les deux hommes sont petit à petit enfermés dans un huis clos dont les murs et le toits de la maison qu’ils occupent forment la limite. Tous deux doivent apprendre à vivre ensemble, à se faire confiance et à guérir.  Lire la suite de « Le poids de la neige – Christian Guay-Poliquin »

Un autre Brooklyn – Jacqueline Woodson

WOODSON2August est arrivée du Tennessee avec son père et son frère dans les années 1970. Ils se sont installés à Brooklyn après la mort de sa mère. Ce quartier de New-York fascina d’abord le frère et la sœur, qui le découvrirent à travers la fenêtre de la cuisine de leur appartement. Petit à petit, les deux enfants en firent la découverte rue après rue, bloc après bloc, au fur et à mesure qu’ils gagnèrent en liberté. C’est ainsi qu’August se lia d’amitié avec Gigi, Sylvia et Angela.

August raconte leur amitié, ainsi que leurs amours et leur adolescence. L’amitié de ces quatre fillettes constitua leur force mais la question au cœur du roman de Jacqueline Woodson est celle de la capacité de résistance de cette amitié face aux liens familiaux, à la jalousie et à l’ambition de chacune.

Comme j’ai aimé ce court roman sur la soif de liberté d’August ! La jeune fille a rapidement compris qu’elle ne gagnerait sa liberté qu’en restant indépendante vis-à-vis des hommes, qu’en réussissant ses études et en sortant de Brooklyn. Cela pourrait ressembler à un cliché mais cela a très bien fonctionné sur moi. Lire la suite de « Un autre Brooklyn – Jacqueline Woodson »