Je te dois tout le bonheur de ma vie – Carole D’Yvoire

dyvoireVirginia Stephen et Leonard Woolf ont formé un couple mythique dans l’histoire de la littérature. Virginia est née à Londres en 1882 d’une famille d’intellectuels. Leonard est quant à lui né deux ans plus tôt dans la capitale anglaise et est issu d’une famille d’immigrés juifs. Ils se rencontrent dans leur jeunesse, alors qu’ils font partie du fameux groupe de Bloomsbury. Virginia et Stephen se marient en 1912, à 30 et 32 ans.

La biographie écrite par Carole D’Yvoire s’attache à raconter leur histoire jusqu’à leur mariage. Pour Virginia, cela revient à raconter les différents chocs qu’elle dut encaisser et qui contribuèrent nécessairement à installer sa maladie mentale : décès de sa mère, de sa sœur, son frère, son père. Toutes les vies qu’elle vit passer sous ses yeux l’amenèrent également à développer son talent d’écrivain. Pendant ce temps, Leonard profita d’une éducation à Cambridge et d’un premier poste à Ceylan. A son retour, il intégra le Groupe de Bloomsbury et y noua des relations avec Virginia, petit à petit.

Ce petit livre a le mérite de raconter de manière très synthétique et claire l’enfance et la jeunesse de ces deux écrivains anglais, jusqu’à leur première année de mariage et la création de leur maison d’édition, la Hogarth Press. Ce format court et synthétique ne conviendra pas aux connaisseurs de Virginia Woolf, qui n’apprendront probablement pas grand chose mais le livre leur permettra de se plonger dans un grand nombre de photographies d’époque.

La mise en page et les choix photographiques font de ce livre un très bel objet. Il est rare qu’un livre contienne de jolis dessins en début et fin de chapitre et cet effort est à souligner. Des photos de famille et d’amis viennent illustrer les propos de Carole D’Yvoire tout au long du récit, ce qui rend cette époque et ce petit groupe d’amis bien plus proche. Enfin, deux nouvelles de Virginia et Stephen concluent l’ouvrage et permettent de mettre en avant la plume de Stephen, bien souvent oubliée face à la qualité de celle de Virginia.

 

Référence

Carole D’Yvoire, Je te dois tout le bonheur de ma vie, éditions Livre de Poche, 224 pages

Merci aux éditions Livre de Poche pour cette lecture.

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Epépé – Ferenc Karinthy

karinthyDubaï est un linguiste hongrois qui s’envole en avion afin de participer à une conférence à Helsinki. Mais ce n’est qu’une fois arrivé à l’hôtel qu’il se rend compte que son avion n’est pas arrivé à bon port : sous le coup de la fatigue, de la foule et de l’empressement, il ne s’est pas rendu compte qu’il était dans une ville inconnue, qu’il était monté dans un bus par mécanisme et qu’on lui avait pris son passeport et gardé ses valises.

A l’hôtel, il se rend compte qu’il est incapable de comprendre un seul mot de la langue parlée dans cette ville. Il n’est pas plus capable de déchiffrer l’écriture de cette langue alors même qu’il est linguiste et qu’il en parle deux douzaines ! Dubaï erre dans la ville, impuissant et en colère : non seulement il n’arrive pas à obtenir de l’aide des habitants de cette mystérieuse cité mais il ne sait pas non plus se débrouiller pour arriver à commander un repas au restaurant. Comment se sortir de ce cauchemar linguistique ?

Il est rare d’être touché par un livre au point de savoir au bout de cinq pages ce que nous en penserons tout du long. Ce fut le cas avec celui-ci, qui m’a profondément ennuyée dès le début.

L’idée d’un linguiste perdu parmi des personnes dont il ne comprend pas la langue est une idée brillante mais l’histoire est racontée de manière bien trop plate pour que j’y trouve un quelconque intérêt. La tâche est bien évidemment difficile puisque les dialogues sont pratiquement absents, du fait de la nature de l’intrigue. Or, les dialogues ont toujours constitué pour moi un outil de dynamisme et de vie dans un livre. Dubaï n’arrivant pas à communiquer, il est l’unique personnage de ce roman, les autres personnes constituant un groupe incompréhensible dont peu se détachent et dont on ne sait absolument rien. Dès lors, l’identification est impossible.

Que reste-t-il alors pour plaire au lecteur ? Il ne reste plus que les tribulations d’un homme sans aucun intérêt dans une ville dont on ne comprend rien. Ne cherchez pas d’humour ou de second degré pour vous rendre la lecture agréable, il n’y en a pas. J’ai abandonné cette lecture au bout d’une centaine de pages, avec la frustration de ne pas comprendre ce que d’autres grandes lectrices comme Léo ou Coralie lui trouvaient et la sensation d’être peut-être passée à côté de quelque chose.

Référence

Ference Karinthy, Epépé, éditions Zulma, traduction de Judith et Pierre Karinthy, 285 pages

Quels livres offrir à Noël ? #2

Après un premier article introductif où je me demandais comment choisir un livre à offrir, voici quelques idées de lectures, par thématique. Alors, quels livre(s) offrir à…

 

…quelqu’un qui aime les autobiographies ?

 

…quelqu’un qui aime l’Histoire et l’actualité ?

 

 

…quelqu’un qui aime les grandes sagas ?

 

…quelqu’un qui aime les beaux albums, BD et romans graphiques ?

 

 

…quelqu’un qui aime la nature ?

 

…quelqu’un qui aime les romans légers ?

 

…quelqu’un qui aime les gros pavés ?

 

…quelqu’un qui aime les romans qui font pleurer ?

 

Et vous, quels livres aimeriez-vous qu’on vous offre ?

 

 

Heather, par-dessus tout – Matthew Weiner

WEINERMark et Karen se sont rencontrés un peu par hasard, par amis interposés. Karen avait retenu le conseil de ses amies mariées, à savoir à quel point il était important d’épouser un homme avec un minimum de moyens financiers ou bien avec beaucoup de potentiel en la matière. Mark travaillait pour une société financière new-yorkaise et était particulièrement bien placé pour évoluer vers les postes les plus convoités. Leur couple s’est construit sans grande passion et sans qu’ils se posent vraiment de questions sur leur amour… un peu par opportunisme. Mais ils étaient bien, ensemble. Lorsqu’ils eurent leur fille Heather, Karen en fit une excuse pour se désinvestir de sa relation avec Mark. Son unique préoccupation fut l’éducation de celle-ci.

Bobby est un jeune homme qui vécut dans la misère financière et la tristesse affective : enfant d’une junkie, il n’avait que très peu de chance de sortir de ce milieu, fait de violences quotidiennes. Un jour, alors qu’il travaille sur un chantier dans l’immeuble de Mark et Karen, son regard est attiré par Heather, cette adolescente dont le corps le rend fou de désir.

Karen et Mark constituent le parfait exemple du couple malheureux qui vit dans le déni et pour qui il est de plus en plus difficile de défaire des années de malheur au fur et à mesure que le temps passe, comme si chaque année supplémentaire était un argument de plus dans le maintien de leur médiocrité amoureuse. Lire la suite de « Heather, par-dessus tout – Matthew Weiner »

Quels livres offrir à Noël ? #1

Le livre constitue bien souvent une très bonne idée de cadeau, encore faut-il ne pas se tromper… Lorsque je choisis d’offrir un livre, dans quelque occasion que ce soit, j’essaie d’appliquer quelques règles, afin de m’assurer que ce cadeau plaise bien.  Je les applique également pour les personnes qui me demandent conseil sur des lectures car je considère qu’un livre ne pourra pas plaire à tout le monde, aussi brillant soit-il – malheureusement.

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Choisir un livre pour un grand lecteur

Le livre est un cadeau qui devrait facilement faire plaisir à un grand lecteur. Toutefois, cela reste un cadeau risqué si on ne connaît pas la constitution de sa bibliothèque ou de sa PAL, ni ses dernières lectures. Le risque est en effet grand de lui offrir quelque chose qu’il possède déjà ou qu’il a déjà lu.

Si vous-même vous n’êtes pas un grand lecteur et que vous n’y connaissez pas grand chose, plusieurs manières d’enquêter s’offrent à vous : vous pouvez évidemment vérifier sur ses réseaux sociaux « classiques » ce qu’il a lu (ou sur son blog s’il en a un), mais vous pouvez surtout regarder ses listes de lectures et sa PAL sur son compte Goodreads ou Babelio. Cela peut s’avérer très utile !

Et bien évidemment, j’aurais plutôt tendance à vous conseiller de ne pas offrir un livre qui a obtenu un prix littéraire à quelqu’un qui lit beaucoup : il y a de très fortes chances pour qu’il l’ait déjà lu…

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Cerner le profil de lecteur de la personne à qui l’on souhaite faire un cadeau

Personnellement, je ne conseille jamais un livre à quelqu’un sans savoir ce qu’il a l’habitude de lire ou quels ont été ses derniers coups de cœur. Ce qu’il y a dans un roman et la manière dont il est écrit sont trop subjectifs pour considérer que même un grand chef-d’oeuvre plaira dans l’absolu à tout le monde – snif.

Pour quelqu’un qui lit très peu, il vaut mieux offrir un livre d’un auteur qu’il a l’habitude de lire et éviter d’offrir le Goncourt par principe…

Et sinon, j’ai tendance à offrir des livres en fonction de l’intérêt de la personne pour une thématique (Histoire, autobiographie, fantasy, etc.) ou pour un auteur (commencer par le premier livre d’une saga est une bonne idée puisque cela permet les années suivantes d’avoir des idées assez facilement…).

Peut-on offrir un livre à quelqu’un qui ne lit pas du tout ? C’est certain, c’est plutôt risqué mais je pense que cela vaut le coup de prendre le risque de jeter quelques euros à la poubelle. La meilleure solution pourrait être de se tourner vers un roman graphique, une BD, qui sont un genre probablement plus accessible.

Cortex

Dans un prochain article, j’essaierai de proposer quelques idées de livres à offrir, en fonction des différents goûts et de ce que j’ai moi-même apprécié de mes dernières lectures.

Et vous, vous offrez souvent des livres ?

Underground railroad – Colson Whitehead #MRL17

whiteheadAu XIXème siècle, Cora est une esclave de la propriété de la famille Randall. A l’âge de 16 ans environ, elle s’enfuit avec Ceasar, qui réussit à la convaincre de fuir malgré les risques que cela signifie. Cora est une jeune femme qui dut apprendre à se débrouiller seule dès l’âge de 10 ans, lorsque sa mère réussit à prendre la fuite de la propriété Randall. Cela fit d’elle une personne forte, au caractère indépendant.

Ceasar fait découvrir à Cora le chemin de fer clandestin qui les mènera jusqu’au Nord des Etats-Unis. Un commerçant les guide jusqu’à l’unique gare souterraine de Géorgie, première étape de leur voyage. En Caroline du sud, ils doivent changer d’identité pour survivre et échapper à ceux qui les traquent. Cora prend le nom de Bessie Carpenter et devient la propriété des Etats-Unis. Elle est nourrie et logée, on lui apprend à lire et écrire. Elle découvre la liberté : la sensation du coton sur la peau, la douceur de dormir dans un lit, le respect des blancs pour elle… Mais tout cela ne cacherait-il pas quelque chose ? Pourra-t-elle réellement vivre dans ce rêve toute sa vie ? Ses traqueurs ne finiront-ils pas par arriver jusqu’à elle ?

J’ai été immédiatement emportée dans l’histoire de Cora. Lire la suite de « Underground railroad – Colson Whitehead #MRL17 »

Les passeurs de livres de Daraya, une bibliothèque secrète en Syrie – Delphine Minoui

MinouiAhmad est un jeune homme de 23 ans, ancien étudiant en génie civil à Damas, il vit dans la banlieue de cette ville, à Daraya. Après avoir découvert l’existence d’un groupe Facebook de résistants pacifiques, Delphine Minoui prend contact avec lui pour la première fois en octobre 2015. Ahmad fait alors partie des 12 000 derniers survivants de Daraya, une ville encerclée par l’armée de Bachar Al-Assad. Leurs premiers contacts se font sur Skype puis via WhatsApp.

Delphine Minoui apprend par Ahmad qu’il fait partie d’un réseau d’hommes ayant fondé une bibliothèque de plusieurs milliers de livres récupérés parmi les gravas des immeubles. Ce lieu, ouvert de 9h à 17h tous les jours sauf le vendredi, est fréquenté quotidiennement par 25 hommes environ. Les livres qui ont le plus de succès sont L’alchimiste de Paulo Coelho, les livres sur la démocratie et notamment ceux du philosophe tunisien du XIVème siècle Ibn Khaldoun, ainsi que les livres de développement personnel américains qui procurent une vision positive de l’avenir.

La fonction de ces livres est multiple pour ces hommes et femmes contraints à se terrer dans des caves pendant que des dizaines de bombes sont larguées par hélicoptère chaque jour : s’évader, s’enrichir, s’instruire, poursuivre des études qui ont été stoppées, préparer leur prochain systèmes politique, se divertir, se maintenir en vie.

« Face aux bombes, la bibliothèque est leur forteresse dérobée. Les livres, leurs armes d’instruction massive. » (page 12)

Bien évidemment, Delphine Minoui ne peut pas raconter l’histoire et le quotidien de cette bibliothèque secrète sans parler de ce à quoi ressemble la vie des habitants de Daraya. Ils ne sont plus qu’un peu plus de 8 000 quand la ville est totalement coupée et assiégée. Les habitants vivent dans la faim et la peur constante, conscients qu’ils risquent de mourir dans leur sommeil. Se réunir à la bibliothèque constitue une parenthèse de vie : Lire la suite de « Les passeurs de livres de Daraya, une bibliothèque secrète en Syrie – Delphine Minoui »

La serpe – Philippe Jaenada

la serpe« […] mon but, mon idée de départ, c’est d’écrire un roman policier, un truc sanglant, de résoudre une énigme. »

Dans la nuit du 24 au 25 octobre 1941, un triple meurtre sanglant est commis au château d’Escoire dans le Périgord. Le propriétaire du château, Georges Girard, sa sœur Amélie et leur bonne Louise sont retrouvés assassinés au petit matin, tués à coups de serpe et baignent dans leur sang. Amélie est allongée sur le ventre dans le petit salon, la chemise remontée sur le dos tandis que Louise et Georges sont étendus parterre dans la chambre de ce dernier. Il n’y a qu’un seul rescapé à ce massacre, Henri Girard, le fils unique de la famille, qui a dormi dans une autre aile du château et n’a rien entendu de la nuit. Très rapidement, il est considéré comme le principal et unique suspect et les résultats de l’enquête soulignent sa culpabilité. Après 19 mois d’enquête et d’instruction, Henri Girard est acquitté des charges qui pesaient contre lui : à la surprise générale, il est déclaré non coupable. Pour autant, il est bien considéré comme le coupable dans la mémoire collective périgourdine.

« […] faut que je reste modeste, mais tout de même : amis périgourdins qui ne vous doutez de rien, bientôt, parmi vous, incognito, s’avancera Philippe Colombo, Hercule Jaenada, et on va voir ce qu’on va voir. »

Avant de partager mon ressenti sur cette lecture, il me semble important de préciser que j’avais volontairement repoussé du bout des doigts toutes les critiques le concernant, ne souhaitant pas être spoilée. Ainsi, lorsque j’ai commencé cette lecture en apprenant que Henri Girard avait été acquitté lors de son procès, je me suis imaginée –sans savoir pourquoi- que Philippe Jaenada allait prendre le parti d’expliquer pourquoi il n’aurait pas dû l’être. Lire la suite de « La serpe – Philippe Jaenada »