La grande arche – Laurence Cossé

COSSE

Dans les années 1980, un grand concours d’architecture est lancé afin de redonner un nouvel élan à La Défense. Spreckelsen, un architecte danois gagne le concours sur la base des plans qu’ils a dessiné et de son concept de cube légèrement désaxé par rapport à la ligne Louvre-Place de l’étoile. Jusqu’à présent, il n’avait construit que quelques églises dans son pays et est totalement inconnu en France. La mise en oeuvre de son projet fut pour lui d’une vraie difficulté, puisqu’il n’avait pas imaginé la complexité des différences culturelles avec la France ni celle de l’administration française.

Laurence Cossé raconte les stratégies et machinations politiques derrière ce choix de cube, ainsi que la manière dont certains s’y sont pris pour influencer Mitterrand. Spreckelsen n’était pas prêt à cela, de la même manière qu’il n’était pas prêt à devoir affronter toute cette complexité administrative et règlementaire, lui qui ne pensait qu’à mettre en oeuvre ce dont il avait rêvé.

Ce récit est le parfait équilibre entre politique, architecture, administration et Histoire française. Lire la suite de « La grande arche – Laurence Cossé »

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La révolte – Clara Dupont-Monod

dupont-monod« Dans les yeux de ma mère, je vois des choses qui me terrassent. Je vois d’immenses conquêtes, des maisons vides et des armures. Elle porte en elle une colère qui me condamne et m’oblige à être meilleur. »

Aliénor d’Aquitaine a une trentaine d’années en 1152 lorsqu’elle épouse le roi d’Angleterre, Henri II. Elle amène au Royaume d’Angleterre les terres d’Aquitaine, pensant pouvoir continuer à gouverner de manière autonome cette région. Il lui faut deux ans pour se rendre compte de la main mise de son époux sur ses terres.

« Sur ce parvis se tiennent deux fauves et chacun est sûr de son ascendant sur l’autre. En réalité, parce qu’ils se ressemblent trop, parce qu’ils se valent, ils deviendront ennemis mortels. »

Elle élève alors ses fils pour en faire de futurs rois et elle les ligue contre leur père. Elle leur ordonne de participer à une grande révolte visant à détrôner le roi et à le remplacer par leur fils aîné. L’histoire de cette révolte et de ses conséquences est racontée à travers la voix de son fils Richard, qui brûle d’amour et de respect pour cette mère exceptionnelle. Avec tout le panache et le charisme d’un futur roi, Richard raconte les années de guerre puis celles de la réconciliation avant son départ pour la croisade.

La narration très rythmée et puissante de Richard donne au roman un caractère particulièrement adictif. Lire la suite de « La révolte – Clara Dupont-Monod »

Le Paris des curieux – Michel Dansel

PARIS CURIEUXDans le Paris des curieux, Michel Dansel nous emmène en balade dans des lieux parisiens renommés et dans des petits coins plus intimistes. Il dévoile l’Histoire d’un lieu, son rapport avec le passé de Paris et met en lumière la vie culturelle et artistique parisienne à travers d’autres endroits. Chacun y apprendra plus ou moins de secrets, en fonction de son niveau de connaissance de Paris.

Le livre pourra donner des idées de sorties pour boire un verre ou manger (au Train bleu par exemple, ou à la Closerie des Lilas..) tout comme des idées de balades originales (le Pont Caulaincourt, ou encore les cimetières…). Illustré par des dessins très fins et avec une jolie mise en page, le Paris des curieux est un livre agréable à feuilleter. Je n’ai qu’un regret, le peu d’exactitude historique de certaines considérations qui m’ont parfois semblé assez simplistes. Mais là n’est pas l’objet de ce livre, dont la vocation est de donner envie de découvrir Paris différemment.

Référence

Michel Dansel, Le Paris des curieux, éditions Larousse, 320 pages

Merci aux éditions Larousse pour ces découvertes parisiennes.

Hadamar – Oriane Jeancourt Galignani

HADAMAR« Hadamar, c’est le lieu où l’autre chose a commencé. » (page 127)

En 1945, Franz est libéré de Dachau où il a passé plusieurs années en tant que détenu politique. Cet allemand ordinaire fut emprisonné dans ce centre de concentration pour avoir écrit des articles critiques à l’égard des changements sociaux et politiques en train de s’opérer dans sa ville. Bien qu’il avait à l’époque parfaitement conscience de la révolution politique en marche, il ne jugea pas pertinent de fuir son pays et continua à vivre comme tout un chacun.

Lorsqu’il sort de Dachau et rentre dans son village, son unique préoccupation est de retrouver son fils Kasper. Ce dernier a une vingtaine d’années mais n’est pas un jeune ordinaire : il a toujours été plus doux et plus lent que la moyenne.

Dans son enquête pour retrouver son fils, Franz croise la route de Wilson, un gradé américain qui lui ouvre les yeux sur les horreurs qui ont été commises au sein de l’hôpital psychiatrique d’Hadamar par les nazis, sous les yeux et avec l’aide de la population locale. Wilson accepte d’aider Franz à retrouver son fils à condition qu’il promette d’écrire un article qui établira la vérité sur Hadamar :

« Un texte qui leur remettra de la fumée dans les narines. » (p.180)

Oriane Jeancourt Galignani s’empare d’un sujet historique peut traité et peu connu, l’Aktion T4. Il s’agit de la campagne nazie d’extermination des personnes handicapées. L’hôpital d’Hadamar servit de lieu pour ce crime contre l’humanité, qui visait également les enfants dont l’un des deux parents était juif.  Plutôt que de raconter cet épisode monstrueux de l’Histoire allemande sous la forme d’un essai historique, l’écrivaine choisit le roman. Elle reprend certains faits historiques (notamment certains « personnages ») et les utilise pour raconter l’histoire d’un homme qui vient de vivre l’une des expériences les plus atroces. Alors même que cet homme a souffert mille maux physiques et psychiques, il doit faire face au jugement de Wilson.

J’ai apprécié cette lecture car elle aborde plusieurs thèmes qui sont finalement peu soulevés par les romans sur les crimes nazis et la Seconde Guerre mondiale. Oriane Jeancourt Galignani montre à quel point les libérateurs américains étaient mal vus de la population allemande, qui était profondément blessée dans son orgueil. Elle parle également de la nécessité d’apprendre à vivre dans un lieu qui a toujours été le sien mais dont on a été chassé, et d’y vivre parmi des personnes qui furent des bourreaux.

Elle écrit de la manière la plus factuelle qu’il soit et ne cherche pas à faire pleurer son lecteur. Les sentiments de ses personnages ne sont pas livrés tels quels, et c’est au lecteur de se les représenter. J’ai aimé ce parti pris de raconter cette histoire en pesant chaque mot, sans essayer d’en faire trop. Cela fait d’Hadamar un bon livre à mi-chemin entre le roman et le documentaire historique.

 

Référence

Oriane Jeancourt Galignani, Hadamar, éditions Grasset, 283 pages

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Lu dans le cadre du Prix Orange du Livre 2017

Wake up America – John Lewis, Andrew Aydin, Nate Powell

couv_206316En 2009, le député américain John Lewis assiste à la cérémonie d’investiture de Barack Obama. Il a dû affronter d’immense batailles pour en arriver jusque-là.

A la fin des années 1950 et au début des années 1960, John Lewis a fait des études à l’université mixte de Nashville pendant la ségrégation. A cette époque, il voulait en faire plus pour le mouvement des Civil Rights. C’est ce qui le poussa à écrire à Martin Luther King, en lui demandant de l’aider à être transféré à l’université de Troy dans l’Alabama. Mais sans le soutien de ses parents, il dut rester à Nashville, où il fit son éducation politique grâce à sa rencontre avec Jim Lawson. C’est ce dernier qui l’initia à la pratique de la non-violence. Ils s’organisèrent en un groupe et firent des sit-in dans des restaurants qui refusaient de servir des noirs ou des blancs accompagnant des noirs.

13934Le deuxième tome de cette biographie graphique raconte l’implication de John Lewis dans le mouvement des Freedom riders : ces « voyageurs de la liberté » montaient dans des bus à destination du sud des Etats-Unis alors même que la compagnie qui les gérait pratiquait la ségrégation. Ce tome est beaucoup plus sombre puisqu’il traite d’événements sanglants. Il met en lumière la prise de conscience du gouvernement Kennedy, qui commence à intervenir sur la question de la discrimination raciale.

Ce que j’ai surtout apprécié dans ce deuxième tome est qu’il met en avant les débats des militants ainsi que les risques d’éclatement du SNCC. Lire la suite de « Wake up America – John Lewis, Andrew Aydin, Nate Powell »