Hadamar – Oriane Jeancourt Galignani

HADAMAR« Hadamar, c’est le lieu où l’autre chose a commencé. » (page 127)

En 1945, Franz est libéré de Dachau où il a passé plusieurs années en tant que détenu politique. Cet allemand ordinaire fut emprisonné dans ce centre de concentration pour avoir écrit des articles critiques à l’égard des changements sociaux et politiques en train de s’opérer dans sa ville. Bien qu’il avait à l’époque parfaitement conscience de la révolution politique en marche, il ne jugea pas pertinent de fuir son pays et continua à vivre comme tout un chacun.

Lorsqu’il sort de Dachau et rentre dans son village, son unique préoccupation est de retrouver son fils Kasper. Ce dernier a une vingtaine d’années mais n’est pas un jeune ordinaire : il a toujours été plus doux et plus lent que la moyenne.

Dans son enquête pour retrouver son fils, Franz croise la route de Wilson, un gradé américain qui lui ouvre les yeux sur les horreurs qui ont été commises au sein de l’hôpital psychiatrique d’Hadamar par les nazis, sous les yeux et avec l’aide de la population locale. Wilson accepte d’aider Franz à retrouver son fils à condition qu’il promette d’écrire un article qui établira la vérité sur Hadamar :

« Un texte qui leur remettra de la fumée dans les narines. » (p.180)

Oriane Jeancourt Galignani s’empare d’un sujet historique peut traité et peu connu, l’Aktion T4. Il s’agit de la campagne nazie d’extermination des personnes handicapées. L’hôpital d’Hadamar servit de lieu pour ce crime contre l’humanité, qui visait également les enfants dont l’un des deux parents était juif.  Plutôt que de raconter cet épisode monstrueux de l’Histoire allemande sous la forme d’un essai historique, l’écrivaine choisit le roman. Elle reprend certains faits historiques (notamment certains « personnages ») et les utilise pour raconter l’histoire d’un homme qui vient de vivre l’une des expériences les plus atroces. Alors même que cet homme a souffert mille maux physiques et psychiques, il doit faire face au jugement de Wilson.

J’ai apprécié cette lecture car elle aborde plusieurs thèmes qui sont finalement peu soulevés par les romans sur les crimes nazis et la Seconde Guerre mondiale. Oriane Jeancourt Galignani montre à quel point les libérateurs américains étaient mal vus de la population allemande, qui était profondément blessée dans son orgueil. Elle parle également de la nécessité d’apprendre à vivre dans un lieu qui a toujours été le sien mais dont on a été chassé, et d’y vivre parmi des personnes qui furent des bourreaux.

Elle écrit de la manière la plus factuelle qu’il soit et ne cherche pas à faire pleurer son lecteur. Les sentiments de ses personnages ne sont pas livrés tels quels, et c’est au lecteur de se les représenter. J’ai aimé ce parti pris de raconter cette histoire en pesant chaque mot, sans essayer d’en faire trop. Cela fait d’Hadamar un bon livre à mi-chemin entre le roman et le documentaire historique.

 

Référence

Oriane Jeancourt Galignani, Hadamar, éditions Grasset, 283 pages

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Lu dans le cadre du Prix Orange du Livre 2017

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Wake up America – John Lewis, Andrew Aydin, Nate Powell

couv_206316En 2009, le député américain John Lewis assiste à la cérémonie d’investiture de Barack Obama. Il a dû affronter d’immense batailles pour en arriver jusque-là.

A la fin des années 1950 et au début des années 1960, John Lewis a fait des études à l’université mixte de Nashville pendant la ségrégation. A cette époque, il voulait en faire plus pour le mouvement des Civil Rights. C’est ce qui le poussa à écrire à Martin Luther King, en lui demandant de l’aider à être transféré à l’université de Troy dans l’Alabama. Mais sans le soutien de ses parents, il dut rester à Nashville, où il fit son éducation politique grâce à sa rencontre avec Jim Lawson. C’est ce dernier qui l’initia à la pratique de la non-violence. Ils s’organisèrent en un groupe et firent des sit-in dans des restaurants qui refusaient de servir des noirs ou des blancs accompagnant des noirs.

13934Le deuxième tome de cette biographie graphique raconte l’implication de John Lewis dans le mouvement des Freedom riders : ces « voyageurs de la liberté » montaient dans des bus à destination du sud des Etats-Unis alors même que la compagnie qui les gérait pratiquait la ségrégation. Ce tome est beaucoup plus sombre puisqu’il traite d’événements sanglants. Il met en lumière la prise de conscience du gouvernement Kennedy, qui commence à intervenir sur la question de la discrimination raciale.

Ce que j’ai surtout apprécié dans ce deuxième tome est qu’il met en avant les débats des militants ainsi que les risques d’éclatement du SNCC. Lire la suite de « Wake up America – John Lewis, Andrew Aydin, Nate Powell »